Affichage des articles dont le libellé est résistance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est résistance. Afficher tous les articles

mercredi 27 juillet 2016

Il y a ceux qui se taisent

Il y a ceux qui se taisent, baissent les yeux, vivent dans le silence de leur tristesse, le lendemain se lèvent, se douchent, se regardent dans leur miroir, sourient au monde un peu gris qui se réveille avec eux, dans l'odeur d'une amertume triste ; ils se saluent, se tiennent par la main, se soutiennent d'un regard prolongé, cherchent dans la femme ou l'homme qu'ils croisent, le signe d'un encouragement ; ils marchent avec le souvenir douloureux d'une blessure à cicatriser.

Ils ne parleront de rien, éviteront de revenir sur le drame, d'en retenir la fascination lancinante, s'attacheront religieusement à répéter des gestes quotidiens comme se promener avec le moins d'arrière pensée qu'ils le peuvent, s'aimeront avec un peu plus de force, celle qu'on puise dans la douleur, la crainte. Jamais se disent-ils on ne pourra nous dérouter, jamais on ne pourra nous séparer. La mort n'est rien quand on est juste avec soi même, quand on s'abstient de détourner son regard devant l'étranger.

Ils parlent avec leur voisin de tout et de rien parce que chacun sait que l'essentiel est de briser le silence, ils boivent un café à leur terrasse habituelle parce qu'il faut maintenir à tout prix, le fil ténu et sacré qui nous lient ; ils rient de la blague douteuse d'un collègue à l'humour grossier parce que chacun sait que l'on doit résister, ils vont flâner dans les ruelles d'un jour inondé de lumière ou dans la saveur tiède d'une nuit réparatrice; ils se retournent pour suivre la danse d'une robe légère avec le soleil complice et la dame sourira parce qu'elle sait où vont les regards des jeunes mâles. Comme d'habitude, elle en sera avantageusement outrée. Ils s'ennuieront comme d'habitude, s'émerveilleront comme d'habitude, ils se chamailleront comme d'habitude, se rassembleront dans les fêtes estivales, tendront la main – mais pas l'autre joue, plus que de coutume.

Plus que de coutume, une pesanteur nouvelle en mémoire, dont ils ne peuvent s'alléger.
Et tous ensemble ils couvriront de leur voix, les chants désespérants.


samedi 14 novembre 2015

Comme si


Aujourd'hui je saluerai le soleil
le jour qui se lève, comme si,

je tremperai mes tartines beurrées 
dans la quiétude des heures ordinaires 
comme si, comme si,

je parlerai de la pluie et du beau temps, 
des saisons qui s'en vont,
de la nuit d'avant avec le silence des mots 
je dirai les banalités du quotidien,
comme si, comme si,
 
Comme si le temps avait sauté des heures, 
la mémoire gommé vos traces 
comme si, comme si,  

puis l'épicerie ouvrira,
la vieille cliente entrera,
dira bonjour madame, vous avez vu, mon dieu.

A la boulangerie l'enfant du dimanche 
trois croissants s'il vous plaît,
la vendeuse lui sourira avec un mot gentil 
et dans leurs yeux le comme si, le comme si

parce que nous n'avons rien de mieux à offrir
pas d'autres armes pour vous rendre hommage
et je n'en réclamerai pas de nouvelles
parce que nous ne plierons pas
parce que la vie qui coule n'est pas faite
pour remplir de sang les rigoles et les trottoirs.

Alors je vivrai comme si, comme si
pour résister, sans oublier, sans me taire,
sans fermer les yeux sur les errements
de ceux qui gouvernent.

Comme si, comme si
sans me compromettre
dans des confusions faciles
comme si comme si.

lundi 27 juillet 2015

Cause, because

Qu'est qu'il dit à la radio ?...
Madinin-art.net
Qu'es' i dit dans le poste ?...
Cause ?...
Cause du peuple ? ...
La cause du peuple ? ...
Bin quoi le peuple, 
qu'es' il a fait encore le peuple ? ...

Aaah... la cause du peuple !
Défendre le peuple,
la révolution,
les ouvriers,
éradiquer la pauvreté !

Bin oui tiens !
Cause
la cause du peuple...
Cause toujours, oui !

Texte, © Joël Carayon

mercredi 14 janvier 2015

Liberté

Belle de bitumeDans la terre asséchée, dans ses douves remplies du sang des prométhées, une fleur, de pissenlit, de chardon, une pâquerette, un liseron, une fleur de terrain vague mais fleur quand même. Une fleur sans terreau, sans engrais, sans eau additionnée, fleur de caniveau, fleur de Gavroche, fleur des gravats, jaune ou blanche, sans noblesse de corolle, fleur discrète et simple qui s'accroche à la vie, vivace et rustique.

jeudi 8 janvier 2015

Charlie

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”. Voltaire.


Ils t'ont assassiné Charlie parce que tu parlais et dessinais envers et contre toute menace et ça ils n'aiment pas. A leur décharge il faut dire que tu étais lourdement armé avec ta plume et ton crayon trempés dans l'ironie et la liberté d'expression. Ça fait un grand trou dans ton journal et dans mon présent, avec de la colère autour, des envies de vengeance peut-être.

Alors je prends mon petit stylo bricolé maison et je leur tire dessus de toute mon encre noire, la plus noire possible parce que je suis en deuil. Je les mitraille avec mes mots d'homme ordinaire mais libre.

Je ne me soumettrai pas et je ne céderai pas à la peur. Je ne ferai pas l'amalgame, je ne prendrai pas le chemin facile et confortable du racisme et de la violence. Charlie, je n'ai pas le droit de te décevoir pour ce que tu m'as donné avec tes dessins, ta verve au vitriol, la plus redoutable des bombes apparemment.

Tu m'as accompagné, tu m'as rassuré quand je me sentais bien marginal avec mes idées de gauche, mon désir d'humanité et de partage, ma révolte devant l'injustice. C'était réconfortant quand ça chauffait trop fort sous mon capot de prof. Tu dessinais l'endroit de ma révolte. Aujourd'hui je suis orphelin de conviction et je pleure.

Charlie je ne te laisserai pas tomber. Avec toi c'est ma liberté qu'on assassine. 

 

lundi 5 janvier 2015

Ouragan ou table rase

Photo : flickrhivemind.net. Inondations Montpellier 2014
 

Tout va à vau l'eau.
Et tant va l'eau à l'eau qu'à la fin elle inonde de son flot boueux les champs et les rues, déborde de son lit sinueux sur nos vies et nous noient.

Va.
Va t'en rouler ta boue ailleurs.
Ici la vie tangue
l'eau gifle
et le vent siffle.
Dans sa voix le fond du chaos.

Le ciel trop lourd de nos erreurs rampe à même le sol
heurte nos toits, accroche nos forêts,
dans les coulisses du chaos le pas des dieux qui résonne
et le souffle des anges qui couche nos vies comme des fétus de paille.

Le ciel obscurcit nos pensées,
ébranle nos certitudes.
Le déluge appelle Noé
et l'homme se rappelle de Dante...

Quand le ciel touche la terre,
qu'il se déleste de notre crasse
comprimée dans le bleu de son humeur
jusqu'à la tempête, 
l'ouragan lessive, l'ouragan soulage...

Le vent se calmera, l'eau se retirera
et l'azur allégé de nos déchets rejoindra les sommets.
Nous sans voix consternés désarmés nus, pleurerons nos morts,
demanderons pourquoi une telle clameur.

Et nous baisserons les yeux,
et nous jaugerons notre faiblesse
à l'ampleur du carnage dans le champs des batailles,
la terre des hommes immense décharge de bois disloqués, maisons éventrées,
tôles tordues, cadavres flottant dans leur misère.

Et dans ce malheur immense, je te tends la main mon frère,
pour un très court instant réconcilié avec toi-même.

Texte, © Joël Carayon

dimanche 30 novembre 2014

Ne machez pas vos mots


Imaginez, bricolez, fabriquez. Brevetez vos dérives, susurrez, chantez, bercez nous de la lie de la langue, des exclus du dico, des parias du Bon Goût

Parlez gros, parlez gras, bouffez du mot qui tache, glisse sur la langue et puis s'échappe.

L'époque est au light

aux précautions d'emplois,
au lavé, délavé, essoré, essuyé, emballé, désodorisé, reparfumé, recoloré.

L'époque est à manier avec des gants.


Ôtez vos gants,  jetez vos pincettes,  prenez à pleine main.

Jetez la guimauve, le sirupeux, les pas trop, juste un peu, les trop tôt ou trop tard pour moi.

laissez vous glisser, laissez vous aller,
           
            à la dérive,
            au vagabondage, 

laissez vous surprendre.


Inventez la vie qui vous va,
prenez à bras le corps,
embrassez sans peur et sans reproche.

          Dépliez vous

          allez ailleurs.















Texte, © Joël Carayon

vendredi 14 novembre 2014

Profil bas

Low profile comme on dit en anglais, foodiste comme on dit en anglais. L'anglais, la langue anglaise, la langue à l'aise dans le monde entier. Et ma française se rétrécit, grogne assiégée, enfumée délogée.

Smile comme on dit en anglais, smile ma langue smile de tout son cœur. Moi qui ne sait penser qu'en elle, ma langue, où je baigne depuis mon liquide amniotique jusqu'à mon verre de vin -rouge évidemment, serai-je... amputé, de tes façons de me dire ?

Profil bas comme on dit en anglais, comme on dit, comme, come on, come on petite française que je te tamise, que je te chekspirise, que je te trade, que je te traîne en ma city, que je te carnabystruite à la cornouaille, à l'écossaise, à l'irlandaise, que je te file à l'anglaise, la langue à l'aise.
Come on mon cher diminué dans ta langue contrainte circonscrite au petit hexagone exigu.
Je te phone, je te shoote, je te smile encore, je me selfixe dans tous les corners.
Iha Iha ! Hurray, hourra! Bébé, je te love dans tous tes coins de peau.

Comme on dit en anglais ? Comme on dit en français ?
Comme on dit
come on, come on.

Texte, © Joël Carayon

jeudi 13 novembre 2014

Indigne nous

Pour ce que nous ne crierons pas
Pour les mains sales que l'on blanchira
Pour l'amour que l'on ne donnera pas

Indigne nous, indigne nous

Pour nos yeux et leurs œillères
Nos motus et bouches cousues
Nos oreilles et leur bouchon

Indigne nous, indigne nous

Pour nous en remettre à nos dieux
Nous en être lavés les mains
Pour le sort qui en est jeté

Indigne nous, indigne nous

Pour nos phrases toutes faites
Nos excuses les plus plates
Nos calendes grecques
Nos regrets éternels

Indigne nous, indigne nous

Pour le ciel et sa terre
Indigne nous

Indigne nous toi qui es homme à ne pas nous laisser faire

Indignons nous,
Photo Thierry Erhmann
Indignons nous. 

©  texte propriété Joel Carayon







 

jeudi 23 octobre 2014

Femmes

Nus, les bras nus et les épaules aussi et votre corps.
On ne les veut que nus, nus pour nous.
Femmes vous voilà nues, nuées de seins, de jambes, de sexe, nus.
Vous portez si bien le nu.
Nues et belles aussi,
pour nous offertes à nos regards qui déshabillent vos nus,
qui parcourent courent à l'essentiel de votre chair exposée admirée désirée,
couchée sur des divans de rêves, haletantes dans nos nocturnes divagations,
ouvertes, soumises, ou succombantes à nos charmes hypnotiques.
Sur nos pupilles plus nues que nues et si guerre il y a, vous devez la perdre.

Femmes découvertes pour nous et nues pour nos démons.
Femme nue -pécher dans l'oeil du mâle- comme une poussière irrite.
Femmes recouvertes de la tête au pied par notre désir d'homme,
femmes nous Vous chassons, nous Vous repoussons.
Femmes sous votre voile anonymement nues, dangereusement nues, cachez, cachez jusqu'à votre nom, cachez jusqu'à l'ombre de nos fantasmes.

Mais.

Femmes Mères, grosses de nos inquiétudes, gardez sur votre Sein Maternel la trace de notre passage, de notre Humanité, nous accrochés à votre peau, à votre Maternelle Nudité.

Femme ta fonction crée l'organe.
Mère nue n'est pas nue.
Femme mère, sans organe sans orgasme ;
amante -vierge d'enfants- darde notre sexe d'un appétit coupable.

Odalisque, photo

©  texte propriété Joel Carayon

 

mercredi 22 octobre 2014

Ombre découpée dans un carré de soleil…

Ombre découpée dans un carré de soleil à contre-jour. Double inconsistant d’un corps brillant de lumière. Les yeux qui passent dans son champ sont capturés. Et là tout bascule.
L’ombre s’approche et le corps se dessine. Les avant- cœurs dansent leur vie de charme au rythme des jambes. Ils appellent le regard de leur mécanique ondulatoire. Appel convaincant. Au-dessus - si tes yeux arrivent à se détacher- un visage avec le sourire dans un coin des lèvres pour dire ce que la bouche tait.
L’ombre marche – sur un trottoir ?- poussée par un été généreux dans sa robe de jeunesse.
Tes yeux voudraient bien la toucher du bout des cils, glisser discrètement sur sa peau. Tes yeux secoués par une déferlante qui s’enroule puis se déroule comme une danseuse espagnole. Avec tout au fond, le claquement des talons qui éclaboussent la rue.
Ils voudraient bien que deux mains les prolongent, enveloppent le corps puis doucement se posent sur ses hanches. Mais les mains voudraient bien d’une bouche avec deux lèvres pour jouer leur partition dans la chanson, d’une peau qui dise oui de toute sa chair et son esprit aussi.
Là-bas. Le regard se pose sur les hanches. Les bras renversent délicatement le corps sur les cuisses, le serre un peu contre la poitrine. Les doigts affleurent la peau. La voix vibre de toutes ses cordes et le chant sonne d’arpèges langoureux.
Lui pose la mélodie et elle la joue de tout son être de bois. Leurs yeux ne voient qu’un fond d’ombre où sourd une cascade d’effervescence. Ils étancheront leur soif musicale à l’âme de cette eau. Puis elle se figera dans sa posture de guitare. Il l’étendra dans sa couche recouverte de velours rouge et ils s’effaceront dans l’ombre épaisse de la scène.
Fin de concert. A demain.

©  texte propriété Joel Carayon

vendredi 17 octobre 2014

Vieux

Un vieux ça baise?
Ça aime un vieux,
ça se tient par la main, un vieux,
ça s'embrasse dans la rue avec dans les yeux toute la jeunesse du monde?



Ça aime la peau d'autres vieux,
ça titube en marchant sans avoir bu,
ça se dénude et ça montre ses ventres qui tombent en cascades rebondissantes de plis en plis?

Ça serre sa vieillesse contre d'autres vieillesses ?

Ça sent la mort, ça pue,
et ça ose vivre encore ?

C'est dégoûtant, un vieux !
C'est dégoûtant !

jeudi 25 septembre 2014

Quelque chose comme un homme

La lame faite pour trancher par le fil de son acier trempé.
La lame froide avec une main ferme pour la guider, un bras déterminé pour animer la main qui tient la lame qui tient la vie sous son fil d'acier trempé.

Vie chaude qui voudrait crier.

La vie sous la gorge d'un homme étranger qui marchait dans les montagnes de ce pays où vit la lame d'acier rougie au sang de cet étranger qui aimait ce pays où vivent le bras, le torse, les jambes, le corps tout entier engagé dans un mouvement où le fil d'acier froid, va trancher le cou de cet homme qui aimait ce pays, marchait dans les montagnes avec des amis qui vivent ici.

Cet homme avec une femme, des enfants, petits enfants peut-être, qui-lui, pouvait pleurer, rêver, rire, aimer.

Vivre.

Tranché.
Dans un mouvement de haine ?

Par un corps sans tête sans pensées d'homme qui ne peut aimer rire pleurer, sans père ni mère enfants ni femme.

Une ombre gorgée de sang.

Ce soir quelque chose comme un homme a volé la vie d'un homme.

©  texte propriété Joel Carayon

mercredi 24 septembre 2014

Méditations

Au fond le monde se passe indifférent et l'homme s'inquiète du peu de place que les choses de la nature lui font.
Il imprègne la terre de sa rage. En vain! Le temps froidement gomme ses marques, arase la pierre qu'il a taillée jusqu'à la rendre pareille aux autres galets!
La forêt comme une marée verte se retire des espaces qu'il urbanise puis se répand dès qu'il s'éloigne.
La terre se venge de ses excès.
Transforme son délire de grandeur en menace pour sa destinée.

A coup de sermons ou de prêches il cherche dans le passage des ombres, un signe de son élection.
Victime de sa mégalomanie délirante en accuse les temps,
Quelques diables furibonds ou hasard statistique.
Ou bien il partira vers sa propre découverte saccageant et tuant tous ceux qui ne chantent pas la même partition.
Il y a comme de la dictature dans cette souffrance des hommes.
Un aveuglement coupable parce qu'ignorance.

©  texte propriété Joel Carayon

lundi 8 septembre 2014

Sacré Lapin


Le Magicien s'approche ; dans la main gauche le mystère et dans l'autre un morceau de sucre. Dans la troisième c'est à dire ce petit tabouret qu'on ne voit pas parce que recouvert du mystère de la main gauche, un verre rempli à moitié d'une eau qu'on ne voit pas non plus. C'est pour cela qu'il y a un trait au milieu sinon... le mystère s'épaissit.
Le Magicien jette le morceau de sucre dans l'eau du verre, l'eau qu'on ne voit pas et heureusement qu'il y a ce trait au milieu pour signaler le mystère. Du bout de sa baguette noire sortie de nulle part- certainement de son chapeau me souffle Le Lapin, du bout de sa baguette noire qu'il tient délicatement entre le pouce et l'index d'une de ses mains, je ne me souviens plus laquelle, il tourne tourne. Dans le verre ça fait un joli tourbillon où le sucre peu à peu disparaît !
Bravo, bravo !
Et devant mes yeux ébahis, mon voisin Le Lapin de me glisser à l'oreille : avec un peu de poudre de perlin pin pin, les promesses sont rondes en bouche, sucrées puis salées, amères au final.
Promesses qui lavent plus blanc que blanc pour un monde meilleur. Ici-bas ou dans l'au-delà , selon le magicien.

Sacré Le Lapin !

©  texte propriété Joel Carayon

http://loniriumillustre.files.wordpress.com/2012/05/lapin-magicien

lundi 1 septembre 2014