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dimanche 12 mars 2017

Duel

Il fait beau. Je respire à pleins poumons la fraîcheur d'un jour nouveau né. Il est tôt. Il est ce point d'orgue où la nuit touche le jour. Vous savez, cet instant de trêve où l'on achève son rêve, où le noctambule rencontre l'insomniaque, où la ville abandonne sa tenue de fête et n'a pas encore revêtu ses habits diurnes. Elle est nue. J'aime la surprendre quand elle est sans fard. C'est un moment précieux et si fugitif. Alors je l'enferme délicatement dans l'album de mes souvenirs.

Je marche les mains dans les poches. Je suis américain, français, canadien ou maghrébin ou brésilien. Peu importe. Quand on marche, on met les mains dans les poches, machinalement, parce qu'on a tous des mains. On dévore des yeux ce qu'on aime parce qu'on a tous des yeux et qu'on aime tous quelqu'un ou quelque chose, une aube, un souvenir, une mère, un père. On aime la brise légère qui passe son souffle dans nos cheveux, parce qu'on a tous des cheveux qu'ils soient blonds ou noirs, crépus ou plats, abondants ou rares. On aime sa famille parce qu'on est frère, sœur, ami, femme de quelqu'un qui est comme soi, je veux dire avec deux pieds qui nous soutiennent, un cœur qui bat, parce qu'on est homme, homme de la ville sûrement, de la campagne plus rarement, homme du nord au sud, homme respectable me semble-t-il, semblable à des millions d'autres qui se lèvent en ce moment, se penchent à leur fenêtre, se mettent sur leur balcon ou dans la rue, sur un chemin, aspirent l'air avec plénitude, également, pareillement. J'aime l'odeur du goudron mouillé après le passage des éboueurs, j'aime le cris des martinets dans le ciel lavé des excès nocturnes. je me ballade le nez en l'air, l'oreille aux aguets, j'hume l'odeur du pain chaud, j'écoute les premiers moteurs encore endormis, je souris aux passants qui passent sans me voir avec sur la joue et dans les yeux la marque du sommeil. Tout à l'heure je préparerai le café pour ma petite chérie et quelques tartines. On déjeunera au lit comme deux jeunes mariés. Je suis heureux, enfin presque je suis chômeur et ça me gâte la vie. Je fais un peu de black, faut bien vivre et ma chérie fait des ménages. Les gens du dehors ne nous aiment pas trop. InshAllah.

Je roule dans la rue au volant de ma voiture. J'ai mis ma tenue de policier sur la peau, avec à la ceinture une arme qui me rassure. Je patrouille et j'ai un peu la trouille, je surveille un quartier de New York, de Paris ou de Londres, de Bombay ou de … peu importe. Un de ces quartiers qu'un policier n'aime pas fréquenter avec des ombres plus sombres qu'ailleurs, des mains et des corps pas tout à fait blancs, vous voyez ? Je ne suis pas tranquille. Je suis impatient. Dans une heure ou deux je rentre au commissariat et je poserai mes habits bleus. Je vois déjà ma femme et mes enfants qui déjeunent. Je les embrasse. Ils sont heureux de me voir. Alors pas de bavures hein, tout se passera bien, il le faut. Je suis un policier comme les autres que certains détestent, un policier plus exposé dans ce quartier avec des gens armés peut être et que je n'aime pas, c'est comme ça. Je dois assurer la sécurité de mes semblables mais eux, sont-ils mes semblables ? Ils sont des personnes à risques. Mon métier est de les contrôler. Il sont voleurs, dealers ou tueurs en puissance, en pleine puissance, ils ne sont pas contents de me voir. Celui là marche les mains dans ses poches, que cache-t-il, sur quoi ses mains se referment elles à l'intérieur ? Il est armé, c'est sûr, à cette heure il rentre chez lui, peut-être a-t-il rendez vous ? Il doit être dealer ou bien ... il a la tête de l'emploi comme moi, son costume le dénonce, mais moi je le quitterai dans une heure ou deux, lui a la noirceur dans l'âme. Potentiellement dangereux, il est potentiellement dangereux. 

Il faudrait que je le contrôle mais dans une heure ou deux… ma femme me sourit, mes enfants sont déjà éveillés, j'ai trente sept ans et je veux vivre heureux, je mesure 1m 90, je suis en forme, quand j'aurai dormi un peu, je ferai mon footing dans le parc de mon quartier… avec mon pistolet sous mon jogging parce qu'on ne sait jamais… pour l'instant je suis ici et j'observe un suspect au volant de ma voiture de police.

Il me suit, il va m'arrêter, me demander mes papiers, je devrais peut être lever les mains, écarter mes jambes, il me fouillera pour s'assurer que je ne suis pas armé. Avec ma gueule de métèque, dans une cité pleine de métèques et à cette heure ci, entre chiens et loups… je suis le chien, errant. Je ne suis plus tranquille et le jour naissant prend des airs menaçants. Il m'arrêtera nécessairement. Il est policier et je suis suspect… il a peur, peur de moi et moi de lui… il est sur le qui vive et moi aussi… il a une arme et j'ai les mains dans mes poches. L'air se trouble. Dans ma tête ou dans la sienne un film, un western, un duel au revolver, le shérif et le vaurien. J'ai vu ça quand j'étais gamin, ça me plaisait bien. Là, maintenant c'est différent. Deux hommes face à face comme ce matin, dans la rue, se regardent les yeux dans les yeux, la main sur la gâchette, l'un d'eux tire plus vite que l'autre, le shérif bien entendu, l'autre s'écroule, c'est bien fait pour lui. Le Bien triomphe toujours du Mal. 

Ce matin dans cette ville, un policier est passé, il a longé un trottoir, dévisagé un homme qui marchait les mains dans les poches. Ils avaient très peur l'un de l'autre. Mais ce matin le policier ne s'est pas arrêté et l'homme sur le trottoir n'a pas enlevé les mains de ses poches.

mercredi 6 janvier 2016

nuits noires

Il regarde par dessus les eaux,
convoite un horizon nouveau,
rêve d'empire, d'or et de domination.
Il s'arme, s'envole, appareille, pilonne,
il atterrit, accoste puis arraisonne
Il envahit et dévaste sans rémission,
Il occupe, exploite, réquisitionne.

Il désire, dévore, détruit, déchire
arrache, arase, abat, assassine
puis se détourne des terres qu'il a brûlées,
des océans qu'il a vidés,
des montagnes qu'il a rasées,
des plaines qu'il a épuisées.

Il vole et viole, jusqu'à rendre folles
celles qui pourraient être ses soeurs,
il torture et broie insensible à leurs pleurs
ceux qui pourraient être ses frères.
Il séduit ou soudoie, conspire et noie
trahit le sourire aux lèvres.

Trois petits tours trois petites morts puis s'en va
laissant derrière lui silence et vide,
des nuits, noires où sonne le glas,
blanches pour ceux qui lui survivent.

Toi tu cries c'est un blanc,
il a les yeux bleus des mers qu'il a dévastées,
des mains faites pour serrer et nous étrangler
Il n'aime que l'argent
Blanc c'est un homme blanc,
il asservit colonise vend
organise le monde à sa main,
assoie sa puissance sur nos reins,
de nos peaux de couleur il ne laissera rien
Trois petits tours et puis s'en va,
Trois petits tours et puis voilà.

Blanc, c'est un homme blanc
mais comme toi homme
toi qui approches la haine
et voudrait sa mort prochaine
tu attends son heure et quand il faiblira
tu t'avanceras, tu l'achèveras, tu te vengeras
pour toutes les guerres que tu as perdues,
pour toutes les tortures dont tu as souffert.

Quand il sera perdu, que tu l'auras vaincu,
asservi, avili, acheté, accablé,
quand tu auras vidé les mers et les terres,
que tu auras rasé l'ultime montagne,
anéanti la dernière campagne,
il dira : tu es blanc,
tes yeux ont le bleu des mers que tu as mises à sang.
Quand il n'y aura pour nous qu'une nuit noire
noire de notre désespoir,
il se soumettra, te servira, attendra
il attendra et quand tu faibliras...

jeudi 29 octobre 2015

Face à face

photo letra calma
Un visage devant toi, une peur qui l'anime
et s'il n'y avait pas de double mine,
saurais tu dire ce que tu es.

Face contre face
ce reflet sombre dans ton regard blanc.
Blanc contre noir.
Qui est l'un et qui est l'autre.
L'autre ?
Cela ne peut pas être toi mais lui
parce qu'il est de nuit,
simplement étrange.

Et les sons qu'il émet,
langue contre langue,
sont perfides bien sûr
pour toi blanche colombe
que sa différence blesse.

Œil pour œil
vos regards croisent leur fer
mais forcément
la couleur d'une des deux mains
cache le crime qui la noircit.

mercredi 28 octobre 2015

Homme en fuite

Haletant, je cours les yeux vissés sur l’arrière et la route s’inquiète de la précarité de ma course.
Derrière. Les voix claquent comme des balles. Tout près. Derrière, un goût de sang partout qui les rend fous.
Le cœur panique devant l’ardeur des traqueurs. Terreur !
Mes jambes ont pris le risque de me ralentir. De toute façon, le feu brûle le peu d’air que mes poumons essoufflés libèrent. Enfer !

Eux :
- Voleur ! Violeur ! Assassin !
A mort piégeur d’âmes, à mort ! Pour les crimes que nous avons commis ou non et qui cognent à nos tempes, à grands coups de haine. Libère nous de la honte. Rend- nous pour un instant le costume des braves gens. Porte notre noirceur et nous blanchis.

Moi :
- Hier Je marchais solitaire sur des chemins loin des hordes sauvages et rumeurs urbaines. Je cultivais mes images et mes mots sous le couvert de mes rêves, à l’écart des rings et des masses exaltées par le spectacle des rivalités, des combats acharnés!
Je passais affublé de mes ritournelles. Mais j’ai dû chanter trop fort, trouer leur plainte. Ils m’ont vu. Ils ont flairé le colporteur d’un étrange langage. Celui -qui-sent-le-bizarre. Le descendant de tous les mal faiseurs. Porteur des virus d’une peste nouvelle, réplique des grandes épidémies galopant dans tous les moyens âges. Il faut éradiquer les mécréants! 
 
Et je fuis haletant, le destin sur mes traces
- un horizon barré par des circonstances aggravantes –
Vers plus loin que quatre barreaux.
Le vacarme de mon cœur contre mes tempes.
Je fuis.
Avec au tréfonds de ma mémoire, l’image obsédante d’un ancien entendu… 
 
Mais lui, était resté droit face à nous. Il avait endossé nos humeurs bileuses et nos relents cholériques. IL croyait en nous disait-il. IL avait versé son sang pour nous et nous nous y étendrions !
Moi je voudrais vivre ! Hors de vos routes ! Vous n’aimez pas sans doute. Aller de mon pas en compagnie du doute. Quelques fois vous rejoindre dans vos auberges. Ou vous accompagner le long de vos berges, comme familier de votre cité.
Vous me diriez combien vos enfants ont changé. Je raconterais les idées que j’ai chassées au fil de traces à peine marquées. J’envierais votre bonheur douillet et vous ma liberté de voyager.
Stop !
Derrière, la peur nourrit la meute de toute sa hargne ! Qui voudrait qu’on m’épargne ?

mardi 29 septembre 2015

Elle emménage

Va falloir
laver, frotter, briquer,
fair' briller de la cave au grenier,
réparer, recoller,
des bois, blessés, froissés,
par des pas dissipés...

elle doit arriver

Enlevez vos idées noires
rengainez vos rancoeurs
balayer devant vos portes,
du propre, et du net,
elle emménage.

Bannir, traquer, piéger
sulfate et nitrate
Chasser de nos zones l'ozone
ranger, cribler, trier nos déchets,
Elle emménage.

Et puis nos mers et nos océans
brillants de nos huiles frelatés,
de nos dégazages sauvages,
lessivez, récurez,
elle emménage.

Ces oiseaux collés au rivage,
animaux mourant de nos pestes :
nettoyer, épurer nos us nos usages
de tous nos ravages,
elle emménage.

Et nos violences, nos disputes,
nos guerres juste à nos frontières,
et ces gens sans argent,
ces enfants sans parents,
atténuez rassurez,
elle emménage.

Va falloir bricoler,
arranger puis lustrer
plein de vies amochées,
mal barrées et cassées,
Elle va s'installer.

Rapiécer raccommoder, coudre recoudre
un monde trop endommagé,
et j'ai si peu de temps,
elle emménage.

Il reste un peu d'amour,
quelques rares rires
qu'il faut dépoussiérer,
des oh et des ah surprenants,
des plages et des oiseaux,
poissons et autres animaux
à aimer et bercer...

Va falloir lui dire,
dire et redire :
ce monde est sale, mal rangé
ce monde les hommes l'ont abîmé,
il va falloir le réparer,
le consoler le dorloter,
le briquer le lustrer
de la cave au grenier.

C'est déjà son monde,
et j'ai un peu honte
de tout ce désordre
que je laisse en partant.




lundi 28 septembre 2015

Ouvrez moi

Ouvre moi, ouvrez moi la porte. J'entends votre souffle derrière ce bois clos qui me cache à vos yeux. Vous avez peur je sais mais je ne suis pas un voleur, juste un homme qui rêve de plein sommeil, de maison d'eau pure et de lumière, juste un homme et les siens sur votre seuil. Je sais nous sommes trop nombreux et nos cheveux trop bruns, notre peau trop brune, notre accent trop lointain.

Ouvrez moi, ouvrez moi vos bras je ne viens pas chasser vos pauvres...juste une porte entre ouverte, un sourire sur vos lèvres, juste un coin pour vivre, juste le temps de vous montrer ce que je sais faire, juste un peu d'air qui ne sente pas la mort, juste un peu d'une liberté tant espérée.

Ça coûte si peu une once de bonheur, un pas léger.

Ouvrez, ouvrez moi votre cœur je ne suis pas voleur, une heure le temps de souffler, de poser mes douleurs. Je rêve d'une vie vierge de tout ombre, d'une échoppe où vous viendriez madame sans arrière pensée. Vous me diriez bonjour, vous ne changeriez pas de trottoir quand vous me croiseriez, mes pas se fondraient dans les vôtres madame et vous n'auriez pas peur.

Ouvrez, ouvre moi la porte, ouvrez moi sans crainte j'ai dans mes mains de la chaleur à vous donner ; ma force de travail, mon courage à partager, ce que je ne peux pas dire, que l'horreur enfante, ce que j'extirpe de ma chair, que je porte au bout de mes doigts, dans les failles obscures de ma mémoire, en offrande pour vous : l'énergie que je tire de mes souffrances.

Ouvrez moi, ouvrez moi la porte, je ne suis qu'un homme après tout, comme vous, comme vous peut-être demain...

mercredi 23 septembre 2015

Politiquement correct

Ne dis pas
Ne dis pas chat pour chat
Ne dis pas
ne dis pas trop tard,
ne dis pas impossible
ne dis pas noir
ne dis pas contagion, épidémie
ne dis pas ne dis surtout pas demain
ne dis pas on n'y peut rien
ne dis pas immigrés, ne dis pas raciste.
Ces mots sont malades mais tu ne le vois pas et tu insistes lourdement.

-Ces gens qui sont dans l'eau ?
Des baigneurs, des surfeurs...
-Qui nagent tout habillés, apparaissent disparaissent, apparaissent, qu'on ne voit plus du tout ?
Des amuseurs c'est tout...


- Ces gens qui passent les frontières en masse ?
- Randonneurs, voyageurs hors des sentiers battus.
- Et ces barbelés ces murs entre eux et nous ?
- Labyrinthes, parcours de santé...

Ces mots sont malades et tu répètes, répètes, tu rabâches : pollution, réduction, contention, migrations...
ré-vo-lu-tion...

ces mots sont malades,
il faut les écarter, les mettre, en quarantaine, en camp de réfugiés ou bien les repousser,
il faut cacher ces maux que je ne saurais voir.

Distrayez moi, parlez moi d'amour dites moi des choses sirupeuses des choses qui collent à mes doigts...sentent bon la rose sur son fumier...
soit : on n'engraisse pas les cochons à l'eau claire soit, mais je ne veux pas voir le lisier qui me nourrit.

Sécurité, surveillance, malveillance,
montez le son je ne veux pas entendre,
de la musique dans tous les rayons,
acheter, acheter pour combler le vide entre les mots,
parler, parler logorrhée, log-errer, débiter,
mais surtout évacuer le silence où l'on pense,
expulser nos idées,
exposer nos rires forcés,

les mots sont malades de nos peurs.

Sauvez moi en douceur, ne faites pas mon malheur,
laissez moi vivre dans ma matrice,
mes bulles de savon,
mes petits plats amoureusement bichonnés,
mes jardins potagers
ou mes comment-dois-je-faire,
mes astuces mes tours de main.

Demain sera bien assez tôt,
demain arrive bien vite,
demain arrive trop vite,
vivons dans le présent, l'instant qui nous est programmé.

-Du calme monsieur, du calme madame, l'amour est dans nos prés , dans la rosée préservée, dans ce prochain qui ne m'est pas tout à fait familier, mon voisin de palier, ce jeune et sa musique... et si ce n'est pas de l'amour ce sera de la rage...
il faut choisir.

Tous droits réservés JCarayon.
Photos JPSorgue

vendredi 18 septembre 2015

Et pourtant

La mer, la mer si calme, si douce la mer, si paisible et pourtant...
et pourtant tu te souviens...
les vagues, les plaintes, les grincements de la coque du bateau...
la crainte, la peur sur les visages, et pourtant.
Ici la mer déroule son eau sur des visages tranquilles.
Et pourtant la traversée avec les grondements bavant d'écumes et le vent et les voix des marins, les hurlements sur le pont.
Ici nous sommes enfin de l'autre côté.
Oui de l'autre côté des choses,
du bon côté.
Et pourtant hier nos regards tendus, nos yeux braqués sur le rêve et sa destination, la mort autour.
Et là sur la plage, un corps...
un homme...
comme nous?
Un homme comme nous, et différent pourtant . Il dort, vraiment, il dort.
Je n'aime plus voir ces corps immobiles ni ces bois qui flottent, passifs.
Ce corps est un homme d'ici. Tout à l'heure il va s'animer, il se lèvera puis s'en ira sans doute, l'esprit libre de nos frayeurs.
Plus jamais je ne saurai distinguer le sommeil et la mort.
Tu devrais sourire... pense au pays, aux nôtres sur l'autre rivage. Nous sommes leurs yeux, nous sommes leur espoir.
Et pourtant nous voilà libérés d'une peur mais une autre loge dans sa vacance...
dans les regards d'ici où je lis la bonté ou la méfiance.

mardi 12 mai 2015

Voisinages

Le radeau de la Méduse, © Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Il faut avoir peur, peur de tout. Peur de sa propre peur. Et j'ai peur de ma peur.
 
Je suis peureux comme d'autres sont heureux mais je ne suis heureux qu'avec mes frères peureux.
J'ai peur, peur... peur...de, sans rien au bout qui désigne ma peur, rien derrière le de, peur de ? Eux. Peur d'eux, j'ai peur d'eux ! C'est mieux, beaucoup mieux.

J'ai peur d'eux !
D'eux d'où d'ailleurs?
J'ai peur d'eux qui sont d'ailleurs!

Mon ventre mes tripes, j'ai la peur au ventre, viscérale. J'ai mal aux tripes, mal à cause, à cause de ? A cause d'eux ! A cause d'eux d'ailleurs qui traversent nos flots sur le corps noyé de leurs aînés.

J'ai peur d'eux qui rôdent derrière mon ciel bleu, qui triment de l'autre côté de mon miroir bleu, côte à côte de chaque coté. Et là bas sur l'autre face leurs voiles noires, et dedans l'envers de nos vies.

Ils rôdent sur l'autre bord de ma mer bleue aux îles d'or ensoleillées. Ils cherchent un passage pour leur rêve, une faille dans ma vigilance, une once d'apitoiement, le véhicule d'une larme, l'usage d'une faiblesse.

Eux et nous, face à face, double face.

Texte, © Joël Carayon 


mercredi 6 mai 2015

Voisinades


Un deux trois n'allons plus au bois
quatre cinq six, loup y es tu, que fais tu ?
Cessez vos rires charmants enfants
Les loups ouh sont entrés dans nos vies.

Un deux trois ils sont passés par là,
quatre cinq six repassent par ici.
Ils courent ils courent
et remplissent nos rues.

Ils sont là teint mat et cheveux noirs
dans leur bouche un miel qui cache mal leur fiel.

Et puis leurs voiles et puis leurs voix 
dans la légende de nos siècles,
voix trouées de bombes,
dix onz' douz' et nos corps, brisés dans les tombes.

Un deux trois eux qui connivencent
quatre cinq six eux qui manigancent
sept huit neuf qui peste, et choléra
et bourrent et bour et ratatam.

Tremblez charmants enfants, ils viennent par la mer
pavée des corps noyés de leurs frères aînés.

Eux l'étrange miroir nous déformant si mal.

Texte, © Joël Carayon 

mardi 13 janvier 2015

Surdose


photo sur le site lafargue.langevin.free.fr
Ensemble, quel mot, putain quel mot, je n'y croirai jamais tout à fait.
Ensemble tu peux pas imaginer,
quand ça arrive ça te fait pleurer.
Et tu te dis c'est un rêve,
seulement un rêve, bien trop beau pour la vie, la rue, la besogne quotidienne,
je vais me réveiller...

Et tu te réveilles en effet 
avec une sacrée gueule de bois.
Derrière les yeux le pays de l'Ensemble.

Ça y est je suis mordu,
j'ai la dope dans mes veines
qui circule et qui me brûle.
Envie d'une dose encore et encore
jusqu' à l'over, l'overdose.

jeudi 23 octobre 2014

Femmes

Nus, les bras nus et les épaules aussi et votre corps.
On ne les veut que nus, nus pour nous.
Femmes vous voilà nues, nuées de seins, de jambes, de sexe, nus.
Vous portez si bien le nu.
Nues et belles aussi,
pour nous offertes à nos regards qui déshabillent vos nus,
qui parcourent courent à l'essentiel de votre chair exposée admirée désirée,
couchée sur des divans de rêves, haletantes dans nos nocturnes divagations,
ouvertes, soumises, ou succombantes à nos charmes hypnotiques.
Sur nos pupilles plus nues que nues et si guerre il y a, vous devez la perdre.

Femmes découvertes pour nous et nues pour nos démons.
Femme nue -pécher dans l'oeil du mâle- comme une poussière irrite.
Femmes recouvertes de la tête au pied par notre désir d'homme,
femmes nous Vous chassons, nous Vous repoussons.
Femmes sous votre voile anonymement nues, dangereusement nues, cachez, cachez jusqu'à votre nom, cachez jusqu'à l'ombre de nos fantasmes.

Mais.

Femmes Mères, grosses de nos inquiétudes, gardez sur votre Sein Maternel la trace de notre passage, de notre Humanité, nous accrochés à votre peau, à votre Maternelle Nudité.

Femme ta fonction crée l'organe.
Mère nue n'est pas nue.
Femme mère, sans organe sans orgasme ;
amante -vierge d'enfants- darde notre sexe d'un appétit coupable.

Odalisque, photo

©  texte propriété Joel Carayon

 

mardi 21 octobre 2014

Voisinages





Pas sûr.
Non, sûr de rien!
On ne peut être sûr de rien.
Aujourd'hui ni demain... et que sera demain?

La mort la misère,
l'épidémie la contagion,
la contamination, la cont...le contact. Ne pas avoir de contact. 
Ne plus toucher la main de mon voisin. Se laver les mains, se laver l'esprit. 
Et ne pas toucher le monde. 
Ou alors avec des gants … Mettre un masque? 
Ne pas toucher le monde de ses mains nues.

Bizarre,
tout est bizarre.
Pas catholique mon voisin ni blanc comme neige.
D'ailleurs... serait-il d'ailleurs? 
 
Menace,
qui me menace?
Mon voisin, l'air de rien avec ses mains sales, ses idées étranges, son visage, 
sa couleur, son sang.
Menaçant voisin avec dans ses bagages, virus, chômage, cotisations, dette, crise, crises, vol, viol. Voile, voilé.

Attention !
Contact, Ne pas toucher.

ATTENTION. 
 
Fermer les portes et les frontières
Fermer les yeux. sur la misère, la mort, l'épidémie.
Leur misère, leur épidémie! Trouble misère, trouble fête, trouble voisin.
Troubles, terreur, terrorisme.
Mon voisin, sombre voisin.
Sa langue qui racle, dit des choses que je ne comprends pas. 
Dit du mal, maudit.
Maudit voisin!
Blind suspicions de David Goehring

©  texte propriété Joel Carayon
 

vendredi 17 octobre 2014

Vieux

Un vieux ça baise?
Ça aime un vieux,
ça se tient par la main, un vieux,
ça s'embrasse dans la rue avec dans les yeux toute la jeunesse du monde?



Ça aime la peau d'autres vieux,
ça titube en marchant sans avoir bu,
ça se dénude et ça montre ses ventres qui tombent en cascades rebondissantes de plis en plis?

Ça serre sa vieillesse contre d'autres vieillesses ?

Ça sent la mort, ça pue,
et ça ose vivre encore ?

C'est dégoûtant, un vieux !
C'est dégoûtant !

lundi 18 août 2014

Des yeux de migrants


Des yeux éblouis aux soleils d’autres mondes
Des yeux  au vent de leur rêve.
Des yeux remplis de contes et de légendes

mardi 12 août 2014

Al-Andalous

Entre l'errance gitane où sonnent les guitares altières, résonnent les voix brûlées de soleil et l'oud où s'enroule la mélopée de l'orient, se déroule le chemin des caravanes ; la terre des partages mélange les voix profondes, s'ouvre aux chants multiples, réconcilie les frères aux croyances rivales. Ami ne la recherche pas, elle s'offre aux visions du voyageur qu'une longue marche accable, dans le frisson de son air que la chaleur dilate. On la raconte elle ne se vit pas.

©  texte propriété Joel Carayon

mercredi 15 janvier 2014

Conspiration!

Mon bout de crise me traîne au bout de sa laisse et je grogne contre la racaille qui traverse mon trottoir de grisaille. Adroite elle me pousse à l’extrême, m’excite :