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mercredi 18 mai 2016

Ma ville

Il faut te perdre dans la profondeur et la majesté des ruelles d'ombres que traversent des pans de lumières déchirés par le branchage léger de quelques pins. Ma ville grouille de ce mélange de campagne et de voix mais toujours respire le calme voluptueux, la délicate fragilité d'une musique douce, avec dans son port une pointe de mélancolie.
Je voudrais te dire que je l'aime même si elle est méchante dans ses nuits de beuveries ou quand une folie de meurtres s'empare d'elle sous la lune surprise. Je voudrais te dire que je l'aime même quand elle se répand fumeuse et orgueilleuse dans mes bois d'haleine fraîche.
Je voudrais te dire fièrement, voilà Ma Ville dans son habit de lumière sous son ciel pur d'un bleu tranchant avec ses avenues gorgées de nos passages réguliers, Ma Ville dans son habit de lumière- et ses excès d'ozone.
Avec sa misère qui flotte cachée dans les impasses de nos vies, ses pleurs, ses sanglots dans nos appartements, avec ses voix qui explosent, ses chants d'allégresse, ses fêtes, le flot de mes semblables qui court, danse, crie, rie, parle, bavarde, dit des mots d'amour, des mots de tous les jours, des paroles creuses, des mensonges et des songes qui la rongent, l'assaillent nuit et jour. Et puis les chuchotements, les murmures sous les lampadaires jaunes. Avec ses temples, ses cathédrales consacrés à la pratique consumériste, étalant leurs offres rutilantes à des yeux pleins d'une ferveur quasi religieuse.
Ma Ville avec ses clochards, leurs chiens, leurs chants sur sa grande place et ses allées de platanes verdoyants, l'étrange rondes des dealers et de leurs clients sous le parvis d'une église.
Avec ses essaims de jeunes qui bourdonnent à la terrasse des cafés, s'aiment, se rassemblent, se retrouvent, se touchent la main, déambulent dans leurs costumes de jeunes .
Et la clameur qui résonne, rebondit de façades en façades, éclate d'un rire joyeux, se mélange à l'accordéon roumain, la guitare classique. Toute la musique de la rue.
Ma ville avec ses attroupements de hip-hop, ses mendiants qui prennent la pose d'une infini tristesse professionnelle, son fou qui joue devant la foule des passants comme dans un concert, avec ses femmes qui ondulent dans ses rues aux regards langoureux, avec ses clandestins qui rasent ses murs à la nuit tombée, avec ses drames et ses dames de compagnies, ses tristes travestis, ses vieux et leurs orages de fin de vie.
Je voudrais te dire que je l'aime. Je voudrais te dire que je l'aime quand elle fait la belle devant les files de touristes, quand elle danse intellectuelle au mois de juin, quand elle s'affiche dans ses Festivales avec sa foule qui bestialement avale des litres et des litres de vins, se soûle allègrement sous les flonflons de quelques musicos en mal de contrats. Mais le pourrais-je ?
Je l'aime quand elle se penche sur mon épaule tendrement posée sur son rail et qu'elle glisse silencieuse vers la mer, je l'aime quand elle sourit et se met à rêver sous le couvert de ses allées, je l'aime quand il fait chaud et que ses enfants lui tendent la main, je l'aime quand elle se pare de ses bijoux nocturnes, expose sa gamme de concerts en sous bois, je l'aime quand elle s'endort paisiblement derrière ses volets fermés, je l'aime quand les autres sont couchés, que ses maisons me parlent, que ses monuments s'agitent quand minuit sonne, quand nos voix gambadent de portiques en portiques, quand ses cinémas s'éteignent, qu'il ne reste plus que toi, qu'il ne reste plus que moi à rêver de cette ville qui n'existe pas, de cette ville éparpillée dans de multiples villes et qu'un soir je construits pour toi, pour moi, ni trop belle ni trop sale pour qu'elle est l'air bien en chair.

jeudi 4 février 2016

Attendre

Anja Klauss
La mer chante sa rengaine que la plage boit de tous ses grains de sable. Il fait encore noir, il fait encore sans bruit, juste le crépitement irrégulier d'un clavier. Attendre, attendre un réveil, son réveil dans une pièce vide d'elle, entre des murs et des meubles où elle n'est pas encore là. C'est l'heure immobile. Les corps sont encore en sommeil mais il ne manque rien, tout est à sa place, il faut simplement qu'elle se réveille.

Je suis là posé sur un fauteuil l'esprit verrouillé sur elle, l'oreille tendue surveille l'étage, le bol aussi et la tranche de pain grillé et le café qui retiendra son arôme jusqu'au moment où… et la lumière à peine visible de l'extérieur qui guide la maison-bateau dans le noir d'une fin de nuit.

Rien ne respire librement. Il manque une voix qui sonne comme un éclat de soleil, il manque une parole banale comme bonjour mon … je n'ose espérer le mot qui devrait venir après ce mon…

Il viendra la danse des mots, la radio et ses infos, il viendra ses bruits de pas, il viendra la lumière, la vraie celle d'un matin déjà haut placé dans son ciel. Le soleil, il me faut mon soleil...il faut couper cet arbre qui me gâche le réveil d'hiver. Puis les bruits d'eau, puis le silence puis l'arôme du petit déjeuner jusque dans sa chambre et tous les deux sur le lit à goûter ce matin et son café, ses tartines beurrées.

La maison s'étirera, s'ouvrira au monde, secouera son couchage, la maison et sa chanson de petite cuillère qui tinte sur la paroi de la tasse avec le chant du café qu'on verse, le pain qui craque dans la bouche, le beurre qui fond avec la confiture dessus. Le moteur s'emballe, le jour s'affaire, oublie le matin, la nuit le sommeil, l'attente. Les affaires courantes courent, on ne les rattrapera pas toutes, les rires se mêlent aux déceptions, les disputes à la tendresse.

Le soir. Déjà ? Son feu de cheminée à la braise rouge, ses flammes trop à l'étroit dans leur prison de fonte et d'acier puis la chaleur, la fatigue, les corps en demi veille avachis sur le canapé, la télé et son blabla du soir et la nuit et les yeux qui se ferment, les mains qui se serrent, les corps qui s'enlacent.

Une part de lune, une mer et sa rengaine, une maison clôt ses paupières… Il fait nuit, il fait sans bruit...

samedi 16 janvier 2016

Origines

- De la poule ou de l’œuf qui vint en premier ?
- Évidemment la poule parce que sans poule pas d’œuf
- Mais d’où vient la poule alors ?
- De l’œuf parce que sans œuf pas de poule…
- On ne s'en sortira jamais.
...
- Mais j'y pense. Sans coq pas de poule et sans poule pas d’œuf...
- Ni de coq bien sûr...
- Hmm la chose se complique : d’où viendraient la poule et l’œuf, hein je vous le demande, sans une terre et son air, sans son eau sans le moindre petit vermisseau. Pas de terre pas d'air ni d'eau partant pas d’œuf ni de poule et le coq ne cocotera pas.
- Et la terre me direz vous ?
- Ne dites plus rien je vous prie. Vous ne trouvez pas ce monde assez confus ?
-Oui mais, pas de terre sans système solaire. Pardon, ça me brûlait les lèvres.
- Pas de terre sans soleil vous avez raison, pas de soleil, pas de terre, pas de terre, pas d'air ni d'eau et pas de poule ni d’œuf.
- Et le soleil.
- Chut il ne fallait rien dire, vous m’obligez de penser et penser me fatigue et la fatigue me fait dormir et quand je dors je ne peux pas réfléchir et la poule reste sans œuf et l’œuf sans poule et le monde ne tourne plus rond .
- Ah bon il n'y a plus de poules ni d’œufs de nos jours alors.
...
- Pas d'univers pas de soleil, pas de soleil pas de terre et pas de terre pas de poule ni d'oeuf.
- Oh j'ai mal à la tête...mais…
- Ne dites rien !

- Mais il faut que je le dise, c'est une question de vie ou de mort sinon qu'adviendra-t-il de nous, de la poule et de l'oeuf… et l'univers?
- Voilà c'est dit. Vous ne savez pas vous taire ? Maintenant il faut répondre … Cela demande réflexion
- L'univers vient de dieu !
- Bien sûr! Pas de dieu pas d'univers et pas d'univers pas de soleil, pas de terre pas d'air ni d'eau partant pas de coq qui cocoricocote et pas de poule ni d'oeuf.

- Ah non je vous prie ne me mêlez pas à cette histoire. Je n'y suis pour rien moi. Alors laissez moi tomber, allez gamberger dans d'autres théologies… je dirais même plus : les hommes ne devraient pas avoir de foi et pas de foi pas de dieu et pas de dieu c'est que je n'existe pas, voilà…et dans ce cas, ça m'arrange.

- Et la question on la pose à qui alors ?

- Oh vous les hommes quand quelque chose vous tracasse il faut que vous trouviez un responsable en dehors de votre sphère humaine. Le climat c'est dieu qui l'a voulu, la guerre c'est dieu, l'accident d'avion, vos petits malheurs, c'est dieu et je suis un meilleur croyant que toi, c'est dieu qui me l'a dit. Et puis c'est moi qu'il préfère et si tu continues de me contrarier je te tranche le cou… ou encore vous vous zigouillez entre vous et pour vous disculper vous déclamez à tout va : Dieu reconnaîtra les siens. Et maintenant la poule et l'oeuf, c'est dieu. Je connais le refrain : et dieu créa la terre et le ciel… et dieu créa l'homme à son image… Et dieu a tout pensé du début jusqu'à la fin des temps ! Stop je refuse d'assumer cette paternité là.
- Ne vous fâchez pas sinon ça va être le déluge et c'est nous qui allons écoper. Nous on disait ça comme ça, pour partager notre sort avec vous. On pensait que ça vous ferait plaisir, c'est tout !
- Eh bien  non. Non à tout ça. Je n'existe pas, voilà !
- Mais pas de dieu pas de poule ni d'oeuf ni de terre ni de soleil…
- Voilà si vous voulez
- Et la question alors ?
- Pas de dieu pas de réponse et pas de réponse pas de question, n'en parlons plus !
- Oui mais…
- Ne dites plus rien !

lundi 28 décembre 2015

Séance de gym

Elle est arrivée dans le gymnase vêtue de noir assez pour les conventions, nue suffisamment pour appâter le mâle par quelques rondeurs à fleur d'un juste au corps très justement ajusté, bordé pour tirer des bords au plus prés du musc animal, animale équipée pour de folles équipées de soie et de feulements. Elle est arrivée plastique, lisse avec dans son sillage l'appel du corps à corps. Elle est souriante et convenue, avenante, consciente de l'impression qu'elle laisse dans la rétine et l'imagination de ceux qui font comme s'ils ne faisaient pas attention mais dilatent leur pupille jusqu'à l'enlacer, la déshabiller un peu plus que ce qu'elle est mais sans trop. On est entre gens du monde n'est ce pas et on sait se conduire. Elle sait se conduire, entre chiens et chats elle aiguise le regard, affûte le désir. Elle surfe sur son image et son entrée.
- Bonjour.
Elle parle aussi mais ça se gâte, elle rit aussi et ça se gâte, elle se laisse aller au sport qu'elle vient pratiquer et ça se gâte par des mots, des non mots et des silences aussi. Les yeux des quarantenaires ou des trentenaires s'attendrissent un peu, excusent surtout, protègent, assistent, soutiennent la fragile panthère. Mais il manque une note dans la symphonie, un accord majeur dans la rythmique, il y a un bémol à la clé dans une harmonique qui ne jazze pas complètement et les regards se ternissent un peu ou s'accrochent sélectivement à l'ondulation du body, la compression du haut de son corps dans le mouvement. Ceux là choisissent le sens purement animal, se disent ma foi... Elle,  continue, apparemment vierge de tout pressentiment, poursuit sa partition dans la danse des bras et des jambes, des sourires, des yeux en coin, des paupières que l'on baisse. Elle fait son choix discrètement mais sûrement, élimine conserve, se détourne contourne, effleure, affleure ses charmes à bon escient. Elle vit tout simplement.

jeudi 26 novembre 2015

Quotidiens

7h : Il se réveille. Pas besoin d'alarme, son corps s'est calé sur l'horaire. Il se lève immédiatement. Il n'attend pas, il n'attend plus dans son lit…
- Pourquoi le faire quand on dort seul, que pourrait on espérer : une fée perdue ou noyée dans une mare de whisky, au mieux une compagne éphémère ? La chaleur d'un corps, une respiration ce serait bien…
Trop bien pour lui sûrement. Non, la seule chose qui respire dans cette chambre cagibi c'est lui.

7H05 : Il se douche, juste le temps de se laver, de se rincer des illusions nocturnes ou de quelque rêve coincé dans l'éveil comme une mouche prisonnière. Cinq minutes pas plus, il faut économiser l'eau. Il aime bien sa douche. Douche à l'italienne.
- Il n'est pas assez naïf néanmoins pour la dorloter comme une amie.
Il n'est pas amoureux de sa création comme de nombreux bricolos qui remplissent les heures vides par un trop plein d'agitations ingénieuses.

7H15 : Il allume la télé, programme pour enfants, s'allonge sur le canapé, se couvre d'un léger duvet, passe du mode sommeil à celui de l'éveil. Tous les matins seront pareils.
- Pourquoi, vieil automatisme du temps où sa fille était toute petite ?
Non, pas automatisme, le mot ne convient pas, il est volontairement dévalorisant parce qu'il assèche son contenu, parce qu'il fait de lui une machine à vivre plus qu'un homme qui réfléchit, aime, pleure, colère. L'automatisme est dans la répétition du geste pas dans sa teneur.
- Il allume une télé.
Non il ouvre une fenêtre sur un temps de bonheur, sur des souvenirs augmentés d'une aura de joie plus intense que vécue. Il aime les voix faussement candides d'un Titeuf – et Bérénice, ça il rajoute bien sûr, ou encore Scoobidooo .
- Il a des goûts plutôt déplacés : à son âge suivre des émissions pour enfants.
Non, il aime parce qu'il entend la vie banale des jours heureux, les petit déjeuners quand sa fille avait cinq ou six ans, qu'il était marié mais ça ce n'est pas important, il a oublié mais il n'oubliera pas sa fille, sa voix qui résonne encore dans sa mémoire, la joie, les rires, ses cheveux tout blonds à cette époque, son survêtement vert, elle, devant la télé...
Pour avoir cinq minutes de calme avant de partir sinon la télé…
il n'y tenait pas plus que ça, la maman peut-être, pas sûr. Aujourd'hui, trente années après il reste la chaleur de ce moment ranimée par quelques images intemporelles.
-Un Éden pour remplacer une vie ?
Peut- être mais il exagère, il théâtralise...
- La main sur le front, le visage qui questionne le ciel, le regard perdu, le dos tourné à son interlocuteur imaginaire qu'il repousse d'une main tendue, harassée, expression tourmentée, corps abattu.
Il n'est pas comme ça mais il en sourit et c'est déjà ça de gagné. Demain matin il y repensera et le souvenir reviendra. Ça durera un quart d'heure. C'est toujours ça de pris sur la mélancolie.

7h30 : Le moment du café. Avant il n'en buvait pas. L'habitude lui viendra avec sa femme, la mère de son enfant, grande consommatrice. Ils étaient jeunes, partaient le matin à la dernière minute, filaient à toute vitesse avec juste le temps d'avaler un express. Tout a disparu sauf la tasse qui est devenue bol puis cafetière. L'odeur revient de loin comprenez vous. Familière, enveloppante, rassurante, douloureuse également. Pas de tartines beurrées à l'époque, non pas le temps. Il mangerait mieux à midi. Aujourd'hui une cafetière quatre tasses, monument posé sur son socle de faïence rouge, attend. elle arrive directement d'Italie avec la langue qui chante à l'intérieur et l'affection de sa fille.
- Un cadeau ?
Oui. Elle vient de Rome exactement.
- Il prendra une gorgée de café, d'amour, de rêves, de souvenirs.
Son souvenir bout sur la plaque de cuisson. L'eau chauffée est contrainte de passer dans la poudre, se charge de son arôme, s'en trouve colorée. Elle circule avec un gargouillis ronchon d'une qu'on oblige, qu'on dérange dans son équilibre d'eau et elle en exprime le désagrément, fuit à travers une faiblesse du joint, s'évade, s'évapore brûlée au rouge halogène, bave coléreuse, se répand en pellicule marron. Il écoute l'habituelle complainte de la cafetière, la retire du foyer, verse le sombre nectar dans un bol jaune écaillé de noir.
-Le même depuis des années ?
Le reste d’une époque qui s'est mal terminée, un bol sans histoire sauf s'il devait se briser car tout à coup elle réapparaîtrait histoire fantomatique, brève et chaotique, violente et passionnée.
- La complainte du café.

7h40 : il se sent un peu café, les Lapins Crétins aussi derrière l'écran mais sa fille bavarde à ses côtés.
- Le train-train de l'ordinaire mi vrai, mi rêvé.
La voix de l'enfance, de toutes les enfances, la sienne, celle de sa fille, de ses sœurs et frères, de ses camarades d'antan. Enfance de campagne, enfance de nature, contre la vie des villes...
- Où l'on n'est jamais aussi seul que dans la multitude.
Silence de voisinage jamais rencontré...
- Silence de couloir, silence du soir, nocturne sans musique, pas d'échange, pas de connaissance de pallier.
Pourtant deux mètres au-dessus de lui, quelqu'un se douche, ça s'entend un peu, quelqu'un prend son petit déjeuner, peut-être du café.
- Pourtant à coté, dix centimètres au delà du mur de béton quelqu'un se lève, respire, écoute la radio ou regarde la télé. Dix ou vingt centimètres tout au plus...
- Et cela suffit pour s'ignorer les uns les autres.

8h : Il s 'habille parce qu'il le faut…
- Il ouvre ses volets roulants parce que ça se fait…
range son appartement parce qu'il n'aime ni les pièces de musée qui sentent le rigide à plein nez ni le capharnaüm qui dénonce le désordre intérieur, le laisser aller des occupants.
Il vit parce qu'il le faut, parce qu'il n'aime ni le désordre ni l'ordre impérieux. Il vit tout simplement comme il peut, les mains dans un bonheur discret avec une bonne dose de renoncement et une autre de rébellion.
- Il vit comme ça tous les matins ?
Il vit comme ça tous les matins des jours qui se déplient page après page, entre passé recomposé et présent palpable mais pas encore complètement construit. Mais...
- Mais l'autre jour…
Mais il y a aussi les week end, les petits déjeûners à deux, dans une chambre de soleil radieux…Avec de la souplesse dans l'air, des bavardages, une voix de chair, la voix d'une belle âme chère….
- Sa belle amie si chère.
Tout se mélange et cela fait une dose de légèreté à déguster dans une lampée…
- de café ?
avec le sourire s'il vous plaît
- Tous les jours ?
Non, l'autre jour… mais… non. L'autre jour il n'a pas suivi les programmes coutumiers, il n'a pas regardé la télé, sa fillette de cinq ou six années s'est tue, sa belle âme, belle amie s'est blottie contre lui. Ils avaient les pieds pris dans les mailles du quotidien mais d'un quotidien pas du tout ordinaire, un quotidien dont ils sentaient les griffes sur leur peau et les morsure sur les bras, sur les jambes, balafres vicieuses...
- Des coupures dans leur ville.

Les blessures de Paris percutent leur vie.




mercredi 11 novembre 2015

Aïe-phone


Chaque soir à la nuit tombée et quand ça sentait bon le sapin de Noël, il sortait arpentait les rues, se gavait de lumières, de jingle bells, de joyeux Noël, il s'arrêtait devant des boutiques rétroclairées comme des écrans de phone. Il se collait le nez contre leur vitre léchait leur verre avec l'envie qui lui serrait le ventre, lui vrillait les intestins. Cet Aïe Phone, le Sept, le dernier né de la gamme, avec un hochet pour les bébés, sa coque aux couleurs du Barsa, trop cool juste celui qu'il voulait, trop bon… trop con, je n'ai pas de ronds.

Petite voix malhonnête :
- tu connais pas le slogan ?
Lui :
- Quel slogan
-Si tu peux pas l'acheter...
-Je sais pas voler
- Mais t'as vu comme il est beau, il est vraiment trop chou, regarde regarde mais regarde !
- C'est vrai, j'en rêve, il irait très bien dans ma main, son écran doit être doux, ses couleurs, ses musiques, son ronronnement... Arrête, je sais pas voler, je te dis!
- Casse la vitrine...
- J'suis trop nul!
- Et les filles tu as pensé aux filles, Malika, Loane, Sue, la belle Sue avec ses yeux d'amandes, sa peau blanche, la petite vague qui agite son pull quand elle court, ses jambes longues, longues, longues… la belle Sue aussi belle que le Sept.
- La belle Sue et ses lèvres… sa peau, son parfum... et toutes ces belles Sue… c'est trop top...

Bruit de verre, sirène, alarme, vitrine, du sang, l'aïe-phone…
- Mon icône, mon aïe-cône.

Je veux, je vole, j'ai mais je veux encore. Sept, Huit, Neuf… qui vole un œuf...

lundi 2 novembre 2015

La montre

Sur la table, sa montre. Une montre donne l'heure, normalement. Celle ci devrait l'interroger puisque c'est sa fonction...à en croire la rondeur de ses lignes, elle avait non pas un mais une propriétaire... quoique, à la réflexion, elle avait un coté plutôt masculin, fait d'un métal brossé et lisse qui dégageait de la virilité dans l'épaisseur des aiguilles et l'arrondi était un peu trop massif pour une femme peut-être.

Le verre reflétait la lumière du dehors. Il y avait un peu de ciel, de feuillage et l'encoignure d'une fenêtre par où un soleil curieux mais discret se faufilait silencieusement tout en masquant partiellement les aiguilles.

Cette montre reflète le temps qu'il fait et me cache ses heures. En fait cacher n'est peut-être qu'un leurre parce que la coquine devait savoir que la meilleure façon de montrer est de dissimuler avec une légère maladresse feinte pour que l'observateur se rende compte du caractère étrange de la situation. Elle me donnait donc à voir une dimension de son temps sûrement. Il me restait à découvrir sa singularité.

Pourquoi cache-t-elle ses heures, pourquoi voudrait elle que je m'en préoccupe. Qu'est ce qui est à dire et qui ne le peut pas sinon par un détournement de sens : le temps dans son aspect climatique pour me crier le temps qui passe, ce temps qui nous file entre les doigts et que l'on émiette, fractionne sans pouvoir le maîtriser et plus on le découpe pour le retenir et plus il s'échappe à toute vitesse… ce temps qui se doit d'être productif toujours davantage avec la traque de ses moments morts ou qu'on considère comme tel parce qu'un rien s'y passe. Que veut-elle me montrer. Et si je me mettais un peu de biais pour tromper la vigilance de l'apparence, peut-être verrai-je le cœur des choses… un défaut du boitier, une maladie de son métal ?

Il faut que je l'ausculte… à l'oreille son cœur est faible, bat péniblement. Je comprends. Elle est épuisée. Le temps qu'elle compte l'essouffle trop pour qu'elle puisse en indiquer correctement le passage. Son temps ne passe plus que par petits jets compacts, très irrégulièrement. Elle a dû s'épuiser dans des courses folles, courir après les heures. J'entends d'ici la voix du poignet qui la porte : « je suis en retard, mon dieu que je suis en retard ». Il devait l'agiter sans cesse, la harceler continuellement, brusquer son mouvement délicat, sa belle horlogerie. Monsieur Je Suis En Retard a couru pour gagner du temps, parce que le temps c'est de l'argent.

Tiens c'est quoi ça…ce fil à peine visible accroché au bracelet… un duvet bleu gris, effiloché, terni… c'est plutôt bizarre. Il a l'air d'avoir bourlingué pas mal, d'avoir voyagé des jours durant, jour et nuit dans des zones noires comme un four ou un terrier… un duvet… comme un poil de lapin ! Un lapin avec une montre, ça se corse, ça se corse… quel lapin pourrait avoir besoin de lire l'heure… qui lui aurait appris – pas le chasseur bien sûr… quel lapin pourrait avoir besoin de lire l'heure au point de tuer le temps par des courses folles… sûrement pas celui de garenne, non, non il s'agit certainement d'un lapin d'affaire comme un homme d'affaire toujours à comptabiliser le temps irrationnel celui qui ne sert à rien, comprenez qui ne rapporte rien. Et si par malheur sa montre venait à perdre une fraction de seconde ce devait être le licenciement immédiat.

Je ne connais qu'un lapin susceptible de se comporter comme un homme mais celui là avait un gousset et la montre sur la table a un bracelet… mais depuis le temps qu'il dit qu'il est en retard, il a dû en massacrer des montres à gousset et Madame Je Suis En Retard lui aura conseillé une montre bracelet. Celle ci est fatiguée, trop remonté son mécanisme s'est usé, elle est bien vieille la pauvre et que fait-on de la vieillesse dans les affaires… La pauvre …et comme il n'y a pas de cotisations vieillesse chez les horloges...Pauvre petite vieille fragile tes heures sont comptées.

Finalement le mystère s'éclaircit. C'était la montre du lapin d'Alice… oui… d'Alice aux Pays des Merveilles, quel autre lapin pourrait se comporter comme un homme d'affaire ?

mardi 1 septembre 2015

Virtuose

J'aime la musique. La vraie celle que l'on fait avec ses mains, celle qu'on apprend des années durant chez son prof avec du solfège et des partitions, celle que je goûte du bout de mes doigts et me dresse les poils sur la peau . Mais j'aime pas le son numérique, le son mâché à la machine, travesti, torturé, ces sons froids, ces voix violemment tordues.
Je joue du violon. Je parle violon. Mal encore. J'apprends sol la si do, j'apprends à caresser mes quatre cordes du bout de mon archet la si do sol. J'écoute mon prof, qu'est ce qu'il est fort, et j'essaie de l'imiter sur mon bel instrument léger comme la voix de maman et si beau dans sa livrée de bois blond. 

photo David Sidoux
Je chante faux. Je déchiffre encore. Je suis tout jeune, j'ai des excuses. J'apprends, je grince . 
Mon prof :
- Ton archet, incline ton archet, soigne son attaque sur la corde sinon tu vas lui faire mal à ta musique et ton violon se plaindra douloureusement... ton poignet souple ton poignet comme si tu effleurais la peau d'une femme... oublie ça tu comprendras plus tard.

Moi je m'applique je me concentre à mort, fixe ce petit arc magicien capable de transformer un simple frottement en une mélodie d'une pureté qui me donne le vertige . Je m'applique. Cette fois ci sera la bonne, sûr et je me lance en regardant mon prof pour lui dire du bout de mes cils : 
- Écoute ça tu vas pas en revenir.
Je frotte mes cordes , un génie pourrait bien en sortir, un génie musicien j'ai vu ça dans Aladin et la lampe magique. Si ça pouvait m'arriver. Ça va m'arriver. Je frotte, frotte mes cordes et le son cristallin qui me ravit déjà, s'étouffe au fond de ma gorge, il n'en sortira pas. Le génie m'a boudé. 
Mon prof a fait la grimace :
- Ça ne fait rien, c'est déjà mieux, tu vas y arriver.
Et fort de ses encouragements généreusement hypocrites j'insiste, je fais des efforts. Ça viendra il l'a dit. Mon génie dans le corps de mon instrument sera ravi et se montrera enfin. 
Il me dira :
- Je suis Stradimachin, Fritz Kreisler, je suis le génie des violonistes qu'un musicien méchant et jaloux a enfermé dans ton violon, je suis son âme. Tu m'as appelé. Tu es mon maître. Fais un vœu, je l'exaucerai.
Pas besoin de préciser je penserais si fort qu'il comprendrait sans qu'un son ne sorte de ma bouche . Les sons, la musique c'est l'affaire de mon violon.
Ce soir la terre s'arrêterait de tourner pour écouter mon concert. Ce serait toujours le jour en France, toujours la nuit en Chine et mon violon parlerait pour moi, chanterait la pureté de ma voix. Le rideau ne serait pas encore levé... j'entends le doux brouhaha du public dans la salle. Il parle de moi :
- C'est un virtuose promis à un grand avenir.
- Ah madame j'en frissonne de plaisir, son doigté est exceptionnel. 

J'arrive sur la scène accompagné de mon orchestre. Silence dans la salle. Je coince mon génie sous mon menton, hausse mon bras l'archet prêt à faire chanter les cordes. Le chef de l'orchestre a levé sa baguette. Tout le monde attend son signal. Ça y est. La musique introduit mon solo par un chant qui invite au recueillement. La baguette se tourne vers moi :
- A toi, charme nous !

Photo Lilane Menardes
Un mouvement du corps, je ferme les yeux, j'entends déjà la pureté exacerbée de la mélodie, je sens le bois qui vibre et se répand en moi . Je suis bois, bois de violon, bois de Stradimachin. J'attaque... Couac, couac couac! Une volée de canards, un cri grinçant, des cordes soumises à la question, des dents qui grincent, un auditoire qui se bouche les oreilles et s'enfuit. La panique. Couac toujours couac ! Je m'effondre ! Je pleure. Mon génie m'abandonne. Mon génie ne veut pas sortir de mon violon. Il a honte de moi. Il est en colère. Je l'entends qui crie dans l'âme. Qui crie, qui crie :
- Tu ferais aussi bien de pisser dans ton violon ! Ça ferait un plus joli son !
Il est furieux ! Mon dieu je n'avais pas compris. Je me suis trompé. Il faut que j'urine il faut que je déverse mon art sur le bois vernis. Je sors mon tout petit archet de garçonnet et j'arrose tant bien que mal mon instrument du liquide le plus musical que je puisse. J'arrose Vivaldi pour qu'il pousse son printemps, pour qu'il pousse son été sous ma petite verge. Et la musique vient, douce et fluette, cristalline comme une source, bavarde comme un ruisseau et le public s'extasie et mon solo grandit, grandit quand soudain un hurlement :
- Mais qu'est ce que tu fais ! Qu'est ce que tu fais !
La voix de mon prof . Sursaut. Réveil brutal.
- Mais qu'est ce que tu fais ! Pourquoi tu pisses sur ton violon mon garçon ! 


Fransisco Autunes



 Texte, © Joël Carayon






lundi 24 août 2015

Jasmin


Pas un geste, les mains derrière la tête, c'est un hold-up ! Madame Perrain, la caisse vite, et n'essayez pas de m'entourlouper comme la dernière fois où… mais vous m'aviez endormi Madame Perrain, vous m'aviez endormi, alors aujourd'hui pas d'histoire la caisse et vite! ( quel con je me suis vendu tout seul, j'ai trop bu merde, je fais que des conneries ! Et merde, après tout, la taule c'est pas plus mal, je continue, je vais jusqu'au bout) La caisse, je rigole pas !

Monsieur Jasmin enlevez ce slip de votre tête vous êtes ridicule et posez cet opinel je vous prie, vous avez trop bu monsieur Jasmin, vous ne savez plus ce que vous faites. Vous croyez que vous n'avez pas assez d'histoires sur le dos comme ça sans vous rajouter un hold-up ? Allons soyez raisonnable, posez ce couteau ce sera mieux pour vous… Monsieur Jasmin ! Allons ! la police va arriver d'un instant à l'autre je l'ai prévenue, posez ce couteau !… Voilà c'est bien, je le confisque… je le donnerai aux policiers tout à l'heure. Maintenant tenez vous tranquille… Ah la police est là...

Bon je me rends, faites de moi ce que vous voulez mais avant… les toilettes ou je rends tout ce que j'ai bu sur place…
 




Putain qu'est ce que je fous là ? Maman t'aurais pu oublier de me faire ou alors fallait éviter de me bâcler. Maman !

Arrête de pleurnicher comme quand t'étais un gnard. Lâche moi la grappe Jas. L'a fallu que je te supporte pendant neuf mois et que je te nourrisse dix huit années. Alors maintenant fous moi la paix. Va voir ton père si tu le trouves. Ah ah çui là quel courageux, l'a foutu le camp dès que t'es né le Didier. Alors lâche moi les skets fiston, j'ai pas que ça à foutre.

(Ça suffit, on verra la suite demain)(suite)
  

Mais maman t'es plus qu'une voix, c'est pas cool ! Pourquoi tu me parles je t'ai pas sonné, maman si tu continues je pense à autre chose et t'existeras plus… Putain qu'est ce que je fous dans ce trou à rats, ça sent la mort à tous les coins de rues dans cette villotte bien proprette sur elle. Désolation. On aurait dû appeler ce patelin Désolation…. Y a jamais personne dans ce foutu bled merde ! Allez je prends le premier bus qui passe et je me casse, tchao ! Maman ma petite maman qu'est ce que je fous au milieu de nulle part. Juste l'abri-bus et en face, là d'où je viens, mon ancienne maison, ma prison, avec dedans ma petite cellule et puis Staga, Pinot et Mojito, mes co-loc de derrière les barreaux. Ils se foutaient toujours de ma gueule mais au moins j'étais pas seul et puis vu de l'extérieur, ils étaient pas si méchants que ça. Ça respirait le mâle à pleine narine, putain je vous regrette mes amis taulards et puis aussi les matons, le matin on te réveillait, on t'amenait un tit dèj. C'est vrai que je bouffais pas grand-chose : confisqué qu'il disait Staga. Lui c'est un coriace mais Pinot était plus gentil avec moi. Au moins j'étais pas tout seul. Ce patelin, quel cimetière ! Mais suis pas mort merde, j'ai pas envie de crever, j'ai le temps… Maman, ma petite maman..

Allez Jas, t'avais pas qu'à faire le kakou, c'est bien fait pour toi, te plains pas. Tu sais pas boire Jas et tu sais pas t'arrêter à temps et puis quelle idée de passer phares éteints devant les flics à deux heures du mat, puis tu roulais plutôt en zig zag. Nous chez l'italien quand on t'a vu partir on s'est dit : Houla ! Le Jas va pas réussir à démarrer . Tout juste s'il pourra rentrer dans sa poubelle à quatre roues. T'es rentré puis là t'as démarré. Ça nous a bluffé le Jas mais après, mort de rire, t'as dû t'endormir et la voiture est descendue tranquillement du trottoir. Tu devais être au point mort. Puis elle a hésité et enfin elle s'est barrée dans le sens de la pente d'abord lentement ensuite plus sûrement. Elle s'enhardissait et nous on était tordu chez le Rital. Mais ça s'est gâté un chouïa, ta bagnole devait avoir trinqué elle aussi parce qu'elle a enfourché le trottoir puis elle a cogné contre le mur de la maison des Ch'ti. Quel parabastar !…

Maman arrête je connais l'histoire ça suffit, j'ai pris de bonnes résolutions en taule, je bois plus que de l'eau maintenant, la bibine terminé !

Ah laisse moi rire Jas ! Des sarments d'ivrognes !

Maman, des serments pas des sarments, tu te goures tout le temps. Non c'est la vérité. En quatre mois de taule, j'ai pas touché un dé à coudre d'alcool.

Tu parles, tu pouvais pas. Tes potes taulards, ils te prenaient tout ! T'as bien été obligé. Mais je termine, le boucan que t'as fait, y a pas que les tôles qui se sont froissées, les flics aussi. Ils étaient pas loin et bien sûr ont rappliqué. Entre temps t'as réussi à reprendre la route, on sait pas comment. Enfin, reprendre c'est vite dit parce que la voiture faisait ce qu'elle voulait et comme elle avait autant bu que toi… Et là, tu te souviens peut être pas, les flics t'ont fait signe de t'arrêter mais toi, t'as continué et t'as failli en écraser un. Chais pas comment il a pu t'éviter. Nous on est venu voir... Et là crac le banc et l'abri-bus. Quel boucan quand les vitres ont explosé en mille morceaux. On aurait dit un attentat terroriste…

...
Les concierges du Net :



Carambar :



Il en tient une bonne couche et puis ses copains, gratinés..



Cravate bleue :



Sa mère devait être spéciale. Tous irresponsables là dedans et il n'y a que lui qui ait été condamné ?



Ben :



La famille ! Quelle famille il a eu Jas ! C'était écrit sous ses semelles qu'il finirait au moins alcolo.



Cravate bleue :



T'as raison ! Quel pedigree !



Anonymous



Sordide ! . On comprend qu'il se soit mis à la boisson ! Il me fait de la peine quand même.





Et il conduit en plus ?!!



Ben :

Ah bon il avait déjà été condamné pour conduite en état d'ivresse et il remet ça ! Ça fera du boulot pour les « assistance sociales » et les psy… avec nos impôts bien sûr !

A mon avis il est incurable « le Jas », 
Kangourou :



Et il conduit en plus ?!!



Ben :

Ah bon il avait déjà été condamné pour conduite en état d'ivresse et il remet ça ! Ça fera du boulot pour les « assistance sociales » et les psy… avec nos impôts bien sûr !

A mon avis il est incurable « le Jas »,


Kangourou :
Et il conduit en plus ?!!

Ben :

Ah bon il avait déjà été condamné pour conduite en état d'ivresse et il remet ça ! Ça fera du boulot pour les « assistance sociales » et les psy… avec nos impôts bien sûr !

A mon avis il est incurable « le Jas ».

... 

C'est vrai j'étais noir comme du cirage, je me souviens, le poste, le flic qui me fait souffler, deux grammes qu'il me dit et moi deux grammes de quoi et lui d'alcool le Jas, t'as fait fort aujourd'hui. T'as failli nous écrabouiller en plus. T'es un danger public ! C'est le verre qui fait déborder le vase. Allez tu passes la nuit là et demain le tribunal… J'en ai marre, j'y vais, j'suis trop seul. Je me chope une grosse déprime. Si ça continue je me tire une balle. Faut que j'y aille.

Jas, eh Jas! Tu vas te remettre à picoler ? Tu leur as promis que c'était fini. Juré craché. T'as juré sur la tête de ta mère. C'est la mienne, j'y tiens.

(Ça suffit, on verra la suite demain)

Meu non maman. Qu'est ce que tu crois ? Je vais pas re-boire. Juste un verre de Perrier, c'est tout. Mais faut que je vois du monde, ça fait une semaine que je tourne en rond dans ce foutu cagibi HLM . Je tourne et j'arrête pas de gamberger. Ça galope à deux cent à l'heure sous mon crâne, maman.
J'en peux plus de te parler. T'es morte maman, ta tête tu t'en fous, elle te sert à rien depuis déjà longtemps mais tu squattes toujours ma cervelle, t'occupes mes neurones en permanence, j'en ai assez ! T'es juste une voix que j'entretiens comme un feu pa'ce que tu me manques maman, pa'ce qu’il me manquera toujours une maman. Mais j'en ai marre maintenant de vivre avec ta voix sous le capot qu'arrête pas de me rabaisser sans arrêt.
Déjà quand j'étais petit tu pouvais pas t'empêcher de te moquer de mon nez de perroquet comme tu disais et tu rajoutais : si seulement t'avais un nez d'aigle mais non, t'as choisi un nez d'oiseau tordu mon gars.
Et puis à l'école primaire quand la maîtresse elle t'a convoquée pa'ce que j'étais le souffre douleur de tous mes copains et même de… de … comment il s'appelait déjà çui là ? Comment on l'appelait… Rachtek ! Ouais Rachtek un polonais pas plus épais qu'une feuille de papier eh bien même lui m'emmerdait maman. Ils me tapaient à la récré, ils me piquaient mon quatre heure !
Puis toi quand enfin t'es allée voir la maîtresse après que t'aies été convoquée dix fois, quand enfin t'es allée voir, sinon on te sucrait les alloc, après que t'aies vu la maîtresse, qu'est ce que t'as fait maman, hein… qu'est ce que t'as fait ? Tu t'es foutue de ma gueule, moi ton fils ! Soi-disant que j'étais même pas capable de me faire respecter par des morveux.
Et quand je me suis rebiffé , que je t'ai rétorqué : mais une maman ça doit aimer ses enfants non ? Moi je t'aime ma maman. T'as éclaté de rire , tu m'as balancé une torgnole et t'as rajouté : t'es bien le fils de ton père ! T'as vu comment t'es fichu, tout maig', une bourrasque et fft, tu fiches le camp avec les feuilles mortes… son portrait tout craché ! J'peux pas t'aimer, ton père m'a baisée sans mon consentement et t'es arrivé sans mon consentement aussi, j'peux pas t'aimer. T'es mon boulet , la mémoire sur deux jambes de cet épisode là. Je peux pas t'aimer Jas. A peine te supporter...
Alors là, maman j'ai compris que j'étais tout seul et plus seul que seul, plus orphelin qu'orphelin pa'ce que moi, j'avais une mère identifiée mais c'est comme si j'en avais pas. Je pouvais même pas rêver d'une mère, j'en avais une en chair et en os, j'pouvais même pas dire que j'étais sans parent. Alors j'ai réalisé que j'étais pire que seul, que j'étais même pas abandonné, j'étais pas aimé, même pas par une maman !

Je t'ai dit ça moi ? Oh oh j'y suis allée un peu fort ce jour là mince. Mais bof ça t'a fait la couenne, hein Jas.

T'étais déjà gorgée de pinard à dix heures du mat. Ce jour là j'étais un paria, je suis un exilé de ton cœur. J'ai appris à compter sur personne et j'ai commencé à aigrir comme une bouteille trop longtemps ouverte à l'air, j'ai commencé à aigrir bien avant l'âge et comme je suis plutôt gringalet je me suis vengé en douce maman. J'ai foutu le bronx dans ma vie rien que pour t'emmerder maman. Tu te souviens du jour où j'ai jeté une pierre dans le pare-brise de la prof de français pa'ce qu'elle m'avait mis un zéro en orthographe. C'était en sixième, devant les yeux du dirlo. Exprès pour te faire convoquer, exprès pour me faire renvoyer…

Et puis merde, disparais maman, fous le camp de ma tête, fous moi la paix une bonne fois pour toute… J'en ai marre, faut que j'y aille, suis trop seul. Là bas au moins y aura les piliers de boisson, les frères de la beuverie, les copains du 51ème degré, les vrais ivrognes qui rigolent grave et gras, gras comme leur cheveux, sales comme les verres chez le Rital, cramés comme après un incendie, sauf que là c'est l'alcool qu'a fait la razzia…
Bin voilà j'y suis… l'a jamais ravalé sa façade le Matteo, toujours la trace des balles de quarante cinq... cinquante ans… qu'est ce que je dis : 2015 – 1945, soixante dix ans après... l'a jamais refait la façade, son père est mort, il a repris l'affaire sans rien changé le bougre. Tu parles d'une bagatelle. Ici on sort de l'espace temps, Jasmin. L'alcool ça conserve, y a pas à dire. Ça conserve les délabrés ouais . Puis la porte, quelle misère… Et si je jetais un œil par la fenêtre avant de rentrer... Eh bin c'est toujours aussi dégueu à l'intérieur et les chaises braillent toujours après la retraite… et les tables de bistrot… en marbre mais y a très longtemps. Maintenant on voit même plus les nervures de la pierre tellement c'est crade là dessus… bof l'alcool ça conserve. Tiens le Rital, et le Bib... toujours au comptoir le Bib, la seule chose qui compte pour lui… Quelle gifle, ça me fait presque chialer de les voir là... Ah le Bib quelle star, un vrai gitan… mais un gitan défroqué, un naufragé lui aussi, il voulait pas faire la ferraille alors il s'est barré...faut que j'y aille… les copains j'ai que vous dans ma vie, deux ou trois siroteurs de mort lente, maigres comme des stock fishes et toujours assoiffés mais toujours rigolards quand ils ont la dose... et puis j'ai froid au cœur... allez basta...

Jasmin ! Bin dis donc ça fait une peille qu'on t'a pas vu ici mon vieux ! Où t'étais passé ? On a cru que t'étais mort depuis le temps. Penses tu, un verre d'eau cul sec ! Ça a fait rire tout le monde, pas vrai le Bib ?… Eh, tu l'as gagné ton pari mais t'étais tellement bourré qu'on a pas pu t'offrir le prix de ton exploit… Content de te revoir l'ami, pas vrai le Bib ? Le Bib, il fait déjà la sieste, l'est allé se vautrer dans les bras de Morphée, il s'est bourré au pastaga le con ! Sec. Allez jasmin un jaune, c'est ma tournée.

Non pas aujourd'hui, je fais que passer.

D'où tu sors Jas ? T'as une mine de déterré. Ils t'ont coincé les keufs la dernière fois ?

Ouais et j'en ai pris pour quatre mois. J'en sors. Ça fait une semaine. Putain, une semaine que je tourne comme une bête sauvage dans ce trou.

Allez Jas, à ta santé. Ça va te monter le moral... jusqu' à deux grammes, ah ah !

Non le rital, j'ai arrêté de picoler en taule, je veux pas recommencer.

Allez jasmin fais pas tant de manière, prends, le verre te tend les bras, je te le mets à coté de toi, il te tiendra compagnie... Tiens le Bib qui se réveille... Alors le Bib tu reviens à nous ? Regarde qui est là...

Oh Jas ! Putain ça fait un éternité qu'on t'avait pas vu par ici. Ils t'ont serré ? Oh putain ça fait plaisir Jas de te voir... raconte... Putain... j'ai un peu les cheveux crépus non ? Ah ah... J'ai chopé la pépie . Allez tu nous raconteras en trinquant, Jas. Le rital une momie pour moi... et toi Jas, la même chose ?

Non je bois plus le Bib c'est justement ce que je disais au Rital avant que t'émerges mec.

Tu veux pas trinquer Jas ? Tu fais la gueule, t'es fâché ?

Non, non pas du tout ! J'ai arrêté en taule... Je veux pas reprendre et puis j'ai pas une tune pour remettre ça, je tourne comme une bourrique dans mon cagibi à la cité... alors suis venu faire tour... vous voir... mais pas pour la bibine...

Tu t'es fait arrêté et t'as arrêté, c'est ça ? Et maintenant tu nous regardes de haut, tu veux plus trinquer avec nous, ne me dis pas ça, Jas. On en a fait des coups et on en a bu aussi... un paquet de litres de lait de tigre ensemble. Si tu trinques pas après si longtemps, c'est qu'on est plus assez bien pour toi maintenant... 

Mais non Bib putain, c'est pas ça merde ! T'as rien compris... J'ai arrêté de boire mais je vous fais pas la gueule, je vous bêche pas les copains... J'suis content au contraire de vous voir ! Vous pouvez pas savoir... Au contraire... Te fâche pas le Bib... j'ai vu personne pendant une semaine... et la meilleure bibine que je puisse avaler, c'est votre amitié les gars...

Ah j'savais bien ! Allez un petit verre pour l'amitié, tu peux pas refuser Jas. Oh mais t'as la mine d'un déterré ! Allez viens, on va te re-quinquer tu vas voir !

Sûr, si je vous suis je vais en voir défiler des jaunes et des pas mûres... mais je verrai pas tout, ça sera vite quai des brumes dans ma cervelle...

Allez Jas

Allez Jas, le rital et moi on est tes copains pas vrai... On sait ce qu'il te faut pour te remettre droit, t'inquiète on s'occupe de tout... Et puis je viens de toucher le RSA, j'ai de la tune pour deux, Jas...

T'occupe Jas, le Rital sait reconnaître ses potes, tu me paieras quand t'auras de quoi. En attendant trinque... ton verre Jas. A l'amitié bien trempée, le jaune ça conserve tout, ah ah. Puis entre nous faut se serrer les coudes, pas de femme, pas de gosses, plus de parents, on est libre !

Allez d'accord, je lève un verre à l'amitié... je trinque avec vous, mes seuls potes... un verre hein, un seul.... A la vôtre !... Ah ça réchauffe le cœur, y a pas à dire !... Au fait en parlant de femmes les potes, et la Reine Blanche qu'est ce qu'elle devient ?

Qu'est ce que je disais le Jas, à peine sorti et déjà le nez dans le verre...

Tais toi, maman, ferme là !

T'entends toujours la voix de ta mère ?

Ouais des fois, tu sais en taule... puis tout seul dans mon cagibi de la cité... alors j'ai laissé sa voix me courir sur le haricot et maintenant elle me lâche plus... mais bon elle tient pas l'alcool alors...

Ah ah le Jas on est tous aussi cramé que toi, pas vrai le Bib ?

Et la reine blanche elle est plus là ?

Bin ça fait quelque temps qu'elle vient plus, mais tu sais, elle, elle est pas très assidue. Un coup elle vient, un coup elle vient pas, son truc, c'est plutôt la Blanche, d'où son nom.

N'empêche elle est encore bien foutue malgré tout. Moi je l'aime bien la Reine Blanche, puis quand elle fait son mélange bibine et blanche elle dégomme la meuf !

Bien foutue tu trouves Jas ? Y a quelques années quand elle est arrivée oui, mais maintenant elle a bien roulé et puis sa came l'a pas arrangée pas vrai le Bib ?

Allez c'est ma tournée, on peut pas parler le verre vide ! Fais moi une ardoise le Rital

Ah le Jas on te reconnaît bien là...

Tu serais pas un peu en manque d'amour Jas, tu vois ce que je veux dire ? Elle t'a à la bonne la Reine... Si elle est shootée elle te refusera pas un peu de son corps pour une nuit... Tu sais, dans une heure ou deux elle devrait zoner du coté de chez les junkies...

Allez remets nous ça et fais moi cette ardoise, je te paierai bientôt.


...

Putain quelle nuit, j'ai perdu l'habitude...ce que je suis mal, j'avais pas besoin de ça !...

Qu'est ce que je disais hein, il a fallu que tu recommences, t'as pas pu t'en empêcher... chasse le naturel et il revient au galop...

Tu peux pas me foutre la paix maman, juste un peu. T'en profites pa'ce que j'suis affaibli, c'est ça, hein c'est ça maman ? J'ai le crâne dans un état...et de la pâte à modeler plein la langue, en plus j'ai renvie de boire... Ça me fout le moral dans ce qu'il me reste de fil aux chaussettes... Et toi tu m'assassines par derrière, suis vraiment qu'un c... c'est quoi ce boucan dans la cuisine, y a quelqu'un ?

Y a rien à becqueter chez toi, rien à boire non plus. T'es un nul Jas. Je te prête mon cul, tout juste si t'as su me faire balbutier un p'tit peu de contentement, j'te parle pas de jouir et toi t'es même pas foutu de m'alimenter, allez Jas grouille toi, tu pourrais aller chercher quelque chose à picoler, c'est déjà 14 heures et je commence à trembler Jas, il me faut quelque chose pour compenser... Jas, grouille !

J'ai pas un Copec, la reine pas une tune, pas un euro, tu comprends ça , je vis à crédit sur le Rital et le Bib !
Eh bin va leur emprunter quelque chose de buvable, pas votre jaune pisseux qu’il faut immerger dans de l'eau douce : Vodka, whisky, rhum ce serait pas mal ou un truc dans ce genre et un croissant... pour tremper dedans...

En plus tu te payes la junky de service, eh bin la classe fiston ! T'es vraiment pas difficile... en prime tu vas hériter de trucs pas bien si tu baises sans filets.

Tu peux pas arrêter maman, fous moi la paix !

T'as toujours tes voix Jas. Ah ah ta mère te harcèle ? Noie la !... Oh c'est quoi ce machin... eh fous un slibar propre quand même, çui là ça doit bien faire un mois qu'il court après le lave linge, ça se voit et ça se sent ! C'est du gratiné, ah ah ! Mets ce kangourou plutôt il est encore blanc convenable... grouille, la tremblotte me gagne... quel chantier ici... je marche sur les poubelles, carrément. Faut déblayer un peu.... grouille, grouille Jas, ça vient, ça vient !

Ouais ouais...

Manquait plus que la Reine, je m'envoie la Reine Blanche...elle s'incruste en plus...

Bravo, t'as gagné... tu voulais voir des potes pour qu'ils te dorlotent, tu les as vus, hein Jas, ah ah les potes de comptoir... Quelle biture, je boirai plus tu disais... juré-craché-j'ai promis !

Lâche moi maman tu vois pas que je suis au bord du gouffre ?... C'est quoi ces deux vélos ? On est rentré comment la Reine et moi ? On a dû emprunter ces machins… Hé la Reine faudra ramener ton vélo là où tu l'as pris. Moi je vais rendre le mien… Quelle vie putain, quelle vie, je picole comme un gouffre je suis infoutu de tenir une promesse...

Quand j'étais môme je rêvais d'une petite vie bien tranquille avec un petit boulot comme postier ou plombier, tu vois, avec une femme et des enfants qui m'aimeraient. Une vie toute simple. On aurait eu un petit jardin autour d'une petite maison sympa et j'aurai mis des rosiers, j'adore les roses, et des salades aussi, des tomates et des patates pour l'hiver. Mais pour ça il aurait fallu que j'ai autre chose comme instruction et comme parents. Moi j'ai suivi les rails de la famille. Toi maman t'as été la locomotive. Des papas y en a eu. Pas un n'est resté, les copains pareils. Les seuls avec qui j'ai accroché ce sont les éclopées du bar à Rital. Entre mutilés de la vie on se comprend et on boit pareil. J'ai passé les concours et j'ai été reçu souvent premier à « qui boira le plus de mètres de pastaga sans tomber ». Les filles pareil on s'entichait des quelques unes qui se tenaient au comptoir à cause des tempêtes qui sévissaient sur le trottoir. Y en avait pas beaucoup. Moi c'est la Reine quand elle est défoncée et que je suis cuit complet. Quelle vie ! Conduire complètement bourré, se faire arrêter par les keufs, puis conduire sans permis se refaire arrêter par les keufs et finir en taule pour 2 grammes d'alcool dans le sang…et encore j'ai dû faire mieux l'autre jour. Maman, je suis trop con, faudrait qu'un lion me saute dessus et paf d'un coup de patte, à la trappe le Jas mais je suis sûr que le lion voudrait pas de cette viande jaunie par le pastis. C'est bien ce que t'allait sortir hein maman ?
Emprunter une bouteille de whisky au Rital, un copain, avec l'ardoise que j'ai chez lui. Et un croissant en plus, pareil la boulangère elle veut plus me voir tant que j'aurais pas payé les deux baguettes de vendredi… J'ai pas un radis…. Pas fichu seulement de remplir les paperasses pour toucher le RSA… et je me soûle gratos chez les potes, j'ai plus rien à bouffer, je loge la Reine maintenant et maman n'arrête pas de foutre le bronx dans la demeure, ça fait un joli bouquet de roses ça et puis ce vélo que je trimballe, d'où il sort ? Je vais pas le pousser comme ça et je suis bien incapable de tenir en équilibre dessus… Tiens allez je te laisse contre l'arbre, vélo. Tchao. Si tu restes avec moi tu vas avoir des histoires à n'en plus finir, vaut mieux qu'on se sépare… puis suis arrivé chez le Rital tu vois et à partir de cette porte on rentre dans un autre monde, je réponds pas de ce qui va se passer au-delà. Ça te fait marrer maman ? Toi tu sais hein les risques qu'on prend quand on franchit le seuil d'un bistrot, t'as une longue expérience, la mienne est pas mal non plus. C'est pour ça, vélo, il vaut mieux qu'on se quitte ici. On se connaît plus. T'es pas trop mal pour un vélo tu te feras adopter facile… Emprunter encore une bouteille au Rital pour la boire en solo avec la Reine sans partager avec les potos, il va pas être content le Rital. D'habitude, nous, on boit en famille en quelque sorte, ça sort pas de chez lui, on a pas l'impression de squatter, c'est comme un repas entre pots à part que là on mange pas. C'est pas pareil que lui demander une bouteille et se casser avec… J'ai honte… il sera vexé le Rital… et le Bib il a pas hésité à mutualiser son RSA avec moi et moi, pour le remercier j'lui dis : non Bib aujourd'hui je bois pas là avec toi je pars m'arsouiller avec la Reine ... que tous les deux… t'es pas invité non plus… Pas class du tout Jas. Tu peux pas faire ça… Mes potes. Je peux pas leur faire ça. En plus d'être alcolo, voleur, bon à rien, j'serai un traître ? J'peux pas non décidément…




Les concierges du Net



Ben :

Sans jouer les voyantes, on sait comment ça va finir mais c'est dommage je le trouve plutôt sympa « le Jas »… sauf au volant !!



Cravate bleue :



T'as raison Ben ! Retour au point zéro de l'existence !



Anonymous :



Suicide social, Cravate bleue. Il cherche à se faire arrêter.


Bin qu'est ce que tu fous là, Jas devant la porte à tourner et bader sans rien voir, t'as l'air soucieux, qu'est ce qu'il t'arrive encore ? Rentre !

Non, non faut que j'aille faire une course d'abord le Rital. Tu diras bonjour au Bib pour moi. Je repasse… bon faut que j'essaie de trouver un peu de fric. Je retourne à la banque.

Tu sais bien qu'elle t'a déjà remballé la Perrain l'autre jour. Pourquoi tu voudrais qu'elle te fasse crédit aujourd'hui ? Pour tes beaux yeux ? Ah ah ils sont moches tes yeux, tout pochés, avec des valises grandes ouvertes… ils sont usés par tes voyages en enfer tes yeux le Jas… T'as aucune chance… à peine arrivé, renvoyé le Jas…

Maman, pourquoi tu me décourages… je pourrai lui demander un billet… elle s'en fout elle… c'est pas les siens... elles me refusera peut être pas aujourd'hui…

Peut-être que l'autre jour elle pouvait pas pa'ce qu'elle avait pas de monnaie hein c'est ça ? Sinon c'aurait été avec plaisir, non ? Y a des fois où j'en reviens pas, t'es vraiment un naïf Jas ! Un vrai naze ! Mais dès qu'ils vont te voir arriver, ils vont te rire au nez et te renvoyer dans tes foyers fiston ! T'as aucune chance, t'entends ? Aucune chance !

Maman, pourquoi tu me décourages sans arrêt ? Voilà maintenant, je sais plus quoi faire… Maman tais-toi, laisse moi une chance maman au lieu de me couper tout le temps l'herbe sous les pieds…

Mais je rêve ! Maintenant c'est moi qui t'empêche de tourner rond, je me tais Jas. Débrouille toi tout seul !

Te vexe pas maman, allez fais pas la gueule ! Je suis sûr que t'as une idée, même que je devine laquelle… Bon je retourne au bar, il me faut du remontant et du cœur à l'ouvrage… Quelques petits verres et je serai fin prêt, prêt à l'action… Hein maman, c'est bien à ça que tu penses toi aussi, maman, maman !


Pas un geste, les mains derrière la tête, c'est un hold-up ! 

Texte, © Joël Carayon