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mardi 29 septembre 2015

Elle emménage

Va falloir
laver, frotter, briquer,
fair' briller de la cave au grenier,
réparer, recoller,
des bois, blessés, froissés,
par des pas dissipés...

elle doit arriver

Enlevez vos idées noires
rengainez vos rancoeurs
balayer devant vos portes,
du propre, et du net,
elle emménage.

Bannir, traquer, piéger
sulfate et nitrate
Chasser de nos zones l'ozone
ranger, cribler, trier nos déchets,
Elle emménage.

Et puis nos mers et nos océans
brillants de nos huiles frelatés,
de nos dégazages sauvages,
lessivez, récurez,
elle emménage.

Ces oiseaux collés au rivage,
animaux mourant de nos pestes :
nettoyer, épurer nos us nos usages
de tous nos ravages,
elle emménage.

Et nos violences, nos disputes,
nos guerres juste à nos frontières,
et ces gens sans argent,
ces enfants sans parents,
atténuez rassurez,
elle emménage.

Va falloir bricoler,
arranger puis lustrer
plein de vies amochées,
mal barrées et cassées,
Elle va s'installer.

Rapiécer raccommoder, coudre recoudre
un monde trop endommagé,
et j'ai si peu de temps,
elle emménage.

Il reste un peu d'amour,
quelques rares rires
qu'il faut dépoussiérer,
des oh et des ah surprenants,
des plages et des oiseaux,
poissons et autres animaux
à aimer et bercer...

Va falloir lui dire,
dire et redire :
ce monde est sale, mal rangé
ce monde les hommes l'ont abîmé,
il va falloir le réparer,
le consoler le dorloter,
le briquer le lustrer
de la cave au grenier.

C'est déjà son monde,
et j'ai un peu honte
de tout ce désordre
que je laisse en partant.




vendredi 12 juin 2015

Tigres de papier




Je joue l'eau, la forêt, je joue les arbres et les animaux, je joue la fleur que le printemps ravivera, je joue la douceur de mon climat. Je mise sur la vie et sur la mort aussi, je joue avec la vie, je joue, je me joue de tout.

J'achète du sourire, du fer, du poumon, du cuivre, des corps, des bras. Je prends je vends des hommes, des terres,de l'eau, de l'air, du vent.

Je prends.

Combien pour le risque, le dommage, les ravages, combien pour fermer les yeux, combien pour la vie des uns et la mort des autres.

Jouer pour le vertige du gain immédiat, pour un peu plus de monnaie, de verts tigres de papier qui effeuillent nos arbres plus fort que l'hiver. Vert de l'illusion, produit de la terre, papier contre nature, contre partie de ce que j'engage mais qui ne m'appartient pas.

Dans les coulisses de nos marchés, les tigres de papier, l'envers des sourires rassurants qui me parlent sur un ton joliment dit poli, la vibration d'une langue qui ruine nos âmes comme science sans conscience. 

Je joue je mise j'amasse ou je perds sur ce grand tapis vert où ma roulette est une terre bleue dans son univers silencieux.

Texte, © Joël Carayon

samedi 25 avril 2015

Bonheur.


Bonheur.
Luë, forêt de pins © Radio France - 2013

Ma pinède, 
ses pins qui montent comme des ratures, 
son souffle de dedans, vers moi qui le recueille. 






photo : Leonardo Amaro Rodrigues


Bonheur.

Aujourd'hui je n'ai pas eu mal,
aujourd'hui je n'ai pas eu faim,
je n'ai pas été seul,
je n'ai pas eu de folies ni fait de crises.





Texte, © Joël Carayon 

lundi 16 février 2015

Fumet de culture

Je hume. Je hume l'air, je hume un fumet dans cet air. 
Ça sent l'homme, le brut, à plein nez, fort comme une gifle.
Le musc s'infiltre, le musc s'invite, s'empare de nos papilles. 
Ça sent l'homme sauvagement, une volée d'hormones, un concentré de masculin, un précipité au féminin, une tannée à brûler les sinus. 
Je me prépare, je me pare du fumet d'un corps trop en odeur, trop en odeur d'homme. J'hume, j'humanise l'odeur. Je me parfume, je me cultive.

lundi 19 janvier 2015

Espoir


Des notes gouttes à gouttes, partition de ce matin, matin d'hiver. Pluie de gris et de chagrin.

Des notes gouttes à gouttes s'engrossent puis tombent de feuilles en feuilles.

Entre elles le silence, le silence du froid, du froid immobile. 
 
Des notes gouttes à gouttes s'égouttent.

La pluie grève l'espoir, l'espoir notes après notes perle de nos vies et la vie que le désir déserte s'affaiblit gouttes après gouttes.

Et la boucle s'enroule petite coquille vide, colimaçonne dans son gris ni de jour ni de nuit.

La vie étale s'affale sur son étal de nuages fades,

goutte à goutte pluie de gris et d'argent ruisselle en ce matin, matin d'hiver,
mélodie de cristal humide où nos yeux se vident de leur plainte,

Notes et gouttes unies dans la profondeur d'une symphonie où je me perds,
un très bref moment livré au respir d'une infinie profondeur d'où j'entends battre, lointain et sourd, le rythme de toute chose.

La lumière en jets épars gagne sur l'ombre et la grisaille, l'argent du deuil embelli de l'or d'un jour meilleur.

jeudi 8 janvier 2015

Déjeuner























Aujourd'hui il fait beau,
quelle banalité.
La pie jacasse sa gaieté dans son pin
la colombe en roucoule.

Et moi je trempe ma tartine du matin
dans ce bain de lumière, dans ma rage de bonheur,
je mords dans ma tranche de vie
de tout mon bleu d'azur, de toute la virginité d'un air à peine né,
jusqu'au débordement, jusqu'à l'épidémie,
jusqu'au désespoir.
J'en pleure de rire
j'en ris de bonheur,
je m'enduis de joie...

je m'ennuie de toi,
le calice de mon vertige
la cerise sur mon bonheur.
Que mon virus se propage
sur tes lèvres,
hilarant exubérant,
sur tes yeux,
beaux comme l'or de ce matin.

Texte, © Joël Carayon
Photo Martin Beek , le déjeuner sur l'herbe de Manet



mardi 6 janvier 2015

Enigme

D'abord le regard s'enthousiasme des couleurs et des volumes -or et argent en fusion, puis suit le chemin d'un ciel à vif à l'aplomb de l'eau. Vient ensuite l'énigme posée par l'immensité de ce qu'embrassent les yeux, le mystère immobile des rouges flamboyants dans la froideur de l'étain. Obsédante question de l'être. Qui voit, s’émerveille ou se tait, pense celui qui contemple l'écho, l'éclair réfléchi du miroir de l'eau vers le ciel à son image. Le vertige d'un abîme où je pose un quelque part pour échapper à la folie.

Texte et photo : © Joël Carayon

lundi 5 janvier 2015

Ouragan ou table rase

Photo : flickrhivemind.net. Inondations Montpellier 2014
 

Tout va à vau l'eau.
Et tant va l'eau à l'eau qu'à la fin elle inonde de son flot boueux les champs et les rues, déborde de son lit sinueux sur nos vies et nous noient.

Va.
Va t'en rouler ta boue ailleurs.
Ici la vie tangue
l'eau gifle
et le vent siffle.
Dans sa voix le fond du chaos.

Le ciel trop lourd de nos erreurs rampe à même le sol
heurte nos toits, accroche nos forêts,
dans les coulisses du chaos le pas des dieux qui résonne
et le souffle des anges qui couche nos vies comme des fétus de paille.

Le ciel obscurcit nos pensées,
ébranle nos certitudes.
Le déluge appelle Noé
et l'homme se rappelle de Dante...

Quand le ciel touche la terre,
qu'il se déleste de notre crasse
comprimée dans le bleu de son humeur
jusqu'à la tempête, 
l'ouragan lessive, l'ouragan soulage...

Le vent se calmera, l'eau se retirera
et l'azur allégé de nos déchets rejoindra les sommets.
Nous sans voix consternés désarmés nus, pleurerons nos morts,
demanderons pourquoi une telle clameur.

Et nous baisserons les yeux,
et nous jaugerons notre faiblesse
à l'ampleur du carnage dans le champs des batailles,
la terre des hommes immense décharge de bois disloqués, maisons éventrées,
tôles tordues, cadavres flottant dans leur misère.

Et dans ce malheur immense, je te tends la main mon frère,
pour un très court instant réconcilié avec toi-même.

Texte, © Joël Carayon

mercredi 5 novembre 2014

C'est comme cela que les hommes vivent.

L'automne brûlante encore au seuil de novembre s'endeuille d'un été finissant.

Humeur encombrée de gris contre sautillement léger aspirant à l'envol. Chant tourné vers le jour et dedans la plainte des heures graves. Mélancolie contre allégresse, douceur ternie contre éclats des voix, vol lourd pressé de regrets, voltes et virevoltes tout prés du soleil ;
chants, contre chants entremêlés se contredisent, s'harmonisent, s'enlacent, s'embrassent.

http://www.languedoc-locations.fr
Les mains s'ouvrent vers cet endroit du ciel où l'on dit qu'un dieu s'y trouve avec les yeux qui suivent le geste des bras et sur les lèvres les mots qui disent la tristesse planent un peu sur leur parole puis meurent doucement embellis d'un reflet de contre jour.

Les mains légères brassent l'air comme des battements d'ailes et le regard s'envole, étincelant des larmes qui le font rire et les lèvres se fendent sur des dents blanches. Agitation enivrante, vertige des sens, le désir à fleur de peau.

Chants et contre chants à jamais entrelacés, chants et contre chants parce qu'il y a la vie et puis la mort et la vie encore et puis et puis c'est comme cela que les hommes tournent avec le monde.
©  texte propriété Joel Carayon

vendredi 31 octobre 2014

Si j'osais



Un printemps vert et dur comme du bois,
avec sous l'écorce l'amour qui circule,
roule ses eaux chargées des glaces de l'hiver...
Si j'osais !

Mon printemps fouille tous les recoins de sa vie,
gazouille et rit.
Gazouille...
si j'osais !.

Sa peau juteuse et généreuse s'ouvre en chants fleuris,
sa sève éclate en bourgeons épais,
mouille...
si j'osais !

L'amour, quel vacarme !
les regards s'appellent,
les chairs se cherchent,
violemment se serrent,
se pénètrent, grouillent...
si j'osais!

Ouille, fouille, rouille 
et pourquoi pas vert-bois ou bois dur...
Si j'osais !

Mouillent grouillent,
fouillent gazouillent...
amour plein…les poches.
Si j'osais !
©  texte propriété Joel Carayon

jeudi 16 octobre 2014

Oasis


Là-bas devant nos pas gonflés
par nos souhaits les plus secrets,
là-bas laborieusement retenue,
serrée contre nos rêves,
désespérément bâtie d'un espoir fragile,

faites qu'elle existe.

Là-bas, dans sa posture sauvage
l'écriture d'un vertige,
l'envers de nos blessures

faites qu'elle existe. 
 
Pied à pied défendue,
portée haut dans nos voix.
Dans nos paroles en creux, 
 
faites qu'elle existe
 
et faites qu'elle survive
au travail du doute,
à nos passages répétés,
nos longues tergiversations.

Faites qu'elle survive,
faites, faites
que ma prière ne se perde
dans un silence sans bornes.

Faites ...

à quoi bon supplier le vide.

©  texte propriété Joel Carayon

samedi 4 octobre 2014

Lettre à l'oubli

http://pavillondulacdelouest.hautetfort.com/lettres-art/.
Pleure enfant triste repu de lune grise.
Larme après larme, note après note
construis l’îlot que ton pas foulera
au soir de ta nuit bleue. 
Joue, joue la chanson de nos pas perdus
et vous les pâles violons
aux sons travaillés dans la texture des ans,
portez sous l'archer ce chant lactescent. 
 
Regarde, enfant de lune,
là sous ma plume le reflet d'argent
caresser tes joues brûlées
au soleil radiant.

Regarde le nacre du lait au sein
que seule la sorgue te dévoile;
et danse et pleure et crie à pleine voix,

la mer, toujours elle,
glissera sous ton feu la paix de l'iode,
le tempo propice au repos.

Tu dormiras d'un sommeil blanc.

Enfant de nulle part,
vierge de toute racine,
file avec le vent nocturne
et fuis le jour qui naît dans sa lumière crue. 

©  texte propriété Joel Carayon
 

vendredi 3 octobre 2014

On n'a jamais vu ça!

Les arbres en parlent dans les courants du vent.
Ils ont tremblé sur leur racines détrempées et certains sont tombés.

La roche a roulé sous les trombes d'eau.
Et le fleuve s'est invité dans la ville à grands flots de colère.

De l'eau dans les cieux, de l'eau sur la terre qui regarde les eaux du ciel.
De l'eau à plein torrents.

De mémoire d'hommes, on n'avait jamais vu un tel assaut.
Et la pierre sourit et les arbres aussi
et le fleuve qui retourne chez lui hausse les épaules.

Ah petit homme à courte vue !

/www.tuxboard.com

mercredi 24 septembre 2014

Méditations

Au fond le monde se passe indifférent et l'homme s'inquiète du peu de place que les choses de la nature lui font.
Il imprègne la terre de sa rage. En vain! Le temps froidement gomme ses marques, arase la pierre qu'il a taillée jusqu'à la rendre pareille aux autres galets!
La forêt comme une marée verte se retire des espaces qu'il urbanise puis se répand dès qu'il s'éloigne.
La terre se venge de ses excès.
Transforme son délire de grandeur en menace pour sa destinée.

A coup de sermons ou de prêches il cherche dans le passage des ombres, un signe de son élection.
Victime de sa mégalomanie délirante en accuse les temps,
Quelques diables furibonds ou hasard statistique.
Ou bien il partira vers sa propre découverte saccageant et tuant tous ceux qui ne chantent pas la même partition.
Il y a comme de la dictature dans cette souffrance des hommes.
Un aveuglement coupable parce qu'ignorance.

©  texte propriété Joel Carayon

mardi 23 septembre 2014

La mer et ses miroirs (extrait)

Calme elle respire, caresse nos pensées, soulève sur sa vague bleue des visages et des paysages. Et la ribambelle des souvenirs entre deux eaux nage offrant au soleil ses reflets d'argent. Bientôt les voix se mêlent à son clapotis, bientôt sa respiration liquide discrètement, imperceptiblement accueillera le souffle régulier des vies, là-bas. A sa surface onctueuse, au soir qui apaise, l'orange pénétrant d'un soleil à son couchant dévoile la profondeur et le mystère de sa nudité juste un instant avant de s'immerger. Elle, faite de brume et de songe trouble l'histoire de nos doubles multiples où je me plais à nager entre les mondes.

©  texte propriété Joel Carayon

vendredi 22 août 2014

Utopathes


L’enfant se perd dans une heure,
le vieux se sent à l’étroit dans sa décennie.

mardi 19 août 2014

Aube.

 
Point d’orgue où la clarté côtoie l’ombre, la nuit quitte à regret le jour naissant. Derniers songes surpris par le réveil. Devant les yeux, un voile de brume grise sous un soleil apâli de doutes. Juste une respiration calme et sereine. Murmures de sable et d’onde. Avec au loin un ciel, une mer fondus dans un silence clair.
Instant suspendu où chaque élément retient son souffle.
Bientôt tous se sépareront.

©  texte et photo propriété Joel Carayon

vendredi 15 août 2014

ombre et lumière


Un pont noyé de lumière, son ombre par dessus la rivière, deux ponts où nous passerons ombre ou lumière...


©  texte et photo propriété Joel Carayon

Symphonie d’une tempête de bord de mer

Ami
Je t’envoie mon rêve ourlé d’écume de mer parce que je suis tout près d’elle qui déroule majestueuse et fière sa colère du jour. Un chant de galets dans le fracas des lames et le souffle puissant d’un vent venu de l’est.

Ma mer ruisselle brillante de pluie d’argent. Promène mes pensées chargées d’embrun où le gabian moqueur caresse la vague du bout de son aile. Musique d’une violente indifférence. Choc de l’eau contre la terre.

Entre elles mes yeux naviguent solitaires. Dans le cœur les remous, les crues des jours d’amour. Le silence plat des jours sans.
jour de tempête

Une musique de sel et de sable.

©  texte et photo propriété Joel Carayon