Meu
non maman. Qu'est ce que tu crois ? Je vais pas re-boire. Juste
un verre de Perrier, c'est tout. Mais faut que je vois du monde, ça
fait une semaine que je tourne en rond dans ce foutu cagibi HLM .
Je tourne et j'arrête pas de gamberger. Ça galope à deux cent à
l'heure sous mon crâne, maman.
J'en
peux plus de te parler. T'es morte maman, ta tête tu t'en fous, elle
te sert à rien depuis déjà longtemps mais tu squattes toujours ma
cervelle, t'occupes mes neurones en permanence, j'en ai assez !
T'es juste une voix que j'entretiens comme un feu pa'ce que tu me
manques maman, pa'ce qu’il me manquera toujours une maman. Mais
j'en ai marre maintenant de vivre avec ta voix sous le capot
qu'arrête pas de me rabaisser sans arrêt.
Déjà
quand j'étais petit tu pouvais pas t'empêcher de te moquer de mon
nez de perroquet comme tu disais et tu rajoutais : si seulement
t'avais un nez d'aigle mais non, t'as choisi un nez d'oiseau tordu
mon gars.
Et
puis à l'école primaire quand la maîtresse elle t'a convoquée
pa'ce que j'étais le souffre douleur de tous mes copains et même
de… de … comment il s'appelait déjà çui là ? Comment on
l'appelait… Rachtek ! Ouais Rachtek un polonais pas plus épais
qu'une feuille de papier eh bien même lui m'emmerdait maman. Ils me
tapaient à la récré, ils me piquaient mon quatre heure !
Puis
toi quand enfin t'es allée voir la maîtresse après que t'aies été
convoquée dix fois, quand enfin t'es allée voir, sinon on te
sucrait les alloc, après que t'aies vu la maîtresse, qu'est ce que
t'as fait maman, hein… qu'est ce que t'as fait ? Tu t'es
foutue de ma gueule, moi ton fils ! Soi-disant que j'étais même
pas capable de me faire respecter par des morveux.
Et
quand je me suis rebiffé , que je t'ai rétorqué : mais une
maman ça doit aimer ses enfants non ? Moi je t'aime ma maman.
T'as éclaté de rire , tu m'as balancé une torgnole et t'as
rajouté : t'es bien le fils de ton père ! T'as vu comment
t'es fichu, tout maig', une bourrasque et fft, tu fiches le camp avec
les feuilles mortes… son portrait tout craché ! J'peux pas
t'aimer, ton père m'a baisée sans mon consentement et t'es arrivé
sans mon consentement aussi, j'peux pas t'aimer. T'es mon boulet ,
la mémoire sur deux jambes de cet épisode là. Je peux pas t'aimer
Jas. A peine te supporter...
Alors
là, maman j'ai compris que j'étais tout seul et plus seul que seul,
plus orphelin qu'orphelin pa'ce que moi, j'avais une mère identifiée
mais c'est comme si j'en avais pas. Je pouvais même pas rêver d'une
mère, j'en avais une en chair et en os, j'pouvais même pas dire que
j'étais sans parent. Alors j'ai réalisé que j'étais pire que
seul, que j'étais même pas abandonné, j'étais pas aimé, même
pas par une maman !
Je
t'ai dit ça moi ? Oh oh j'y suis allée un peu fort ce jour là
mince. Mais bof ça t'a fait la couenne, hein Jas.
T'étais
déjà gorgée de pinard à dix heures du mat. Ce jour là j'étais
un paria, je suis un exilé de ton cœur. J'ai appris à compter sur
personne et j'ai commencé à aigrir comme une bouteille trop
longtemps ouverte à l'air, j'ai commencé à aigrir bien avant l'âge
et comme je suis plutôt gringalet je me suis vengé en douce maman.
J'ai foutu le bronx dans ma vie rien que pour t'emmerder maman. Tu te
souviens du jour où j'ai jeté une pierre dans le pare-brise de la
prof de français pa'ce qu'elle m'avait mis un zéro en orthographe.
C'était en sixième, devant les yeux du dirlo. Exprès pour te faire
convoquer, exprès pour me faire renvoyer…
Et
puis merde, disparais maman, fous le camp de ma tête, fous moi la
paix une bonne fois pour toute… J'en ai marre, faut que j'y aille,
suis trop seul. Là bas au moins y aura les piliers de boisson, les
frères de la beuverie, les copains du 51ème degré, les vrais
ivrognes qui rigolent grave et gras, gras comme leur cheveux, sales
comme les verres chez le Rital, cramés comme après un incendie,
sauf que là c'est l'alcool qu'a fait la razzia…
Bin
voilà j'y suis… l'a jamais ravalé sa façade le Matteo, toujours
la trace des balles de quarante cinq... cinquante ans… qu'est ce
que je dis : 2015 – 1945, soixante dix ans après... l'a
jamais refait la façade, son père est mort, il a repris l'affaire
sans rien changé le bougre. Tu parles d'une bagatelle. Ici on sort
de l'espace temps, Jasmin. L'alcool ça conserve, y a pas à dire. Ça
conserve les délabrés ouais . Puis la porte, quelle misère…
Et si je jetais un œil par la fenêtre avant de rentrer... Eh bin
c'est toujours aussi dégueu à l'intérieur et les chaises braillent
toujours après la retraite… et les tables de bistrot… en marbre
mais y a très longtemps. Maintenant on voit même plus les nervures
de la pierre tellement c'est crade là dessus… bof l'alcool ça
conserve. Tiens le Rital, et le Bib... toujours au comptoir le Bib,
la seule chose qui compte pour lui… Quelle gifle, ça me fait
presque chialer de les voir là... Ah le Bib quelle star, un vrai
gitan… mais un gitan défroqué, un naufragé lui aussi, il voulait
pas faire la ferraille alors il s'est barré...faut que j'y aille…
les copains j'ai que vous dans ma vie, deux ou trois siroteurs de
mort lente, maigres comme des stock fishes et toujours assoiffés
mais toujours rigolards quand ils ont la dose... et puis j'ai froid
au cœur... allez basta...
Jasmin !
Bin dis donc ça fait une peille qu'on t'a pas vu ici mon vieux !
Où t'étais passé ? On a cru que t'étais mort depuis le
temps. Penses tu, un verre d'eau cul sec ! Ça a fait rire tout
le monde, pas vrai le Bib ?… Eh, tu l'as gagné ton pari mais
t'étais tellement bourré qu'on a pas pu t'offrir le prix de ton
exploit… Content de te revoir l'ami, pas vrai le Bib ? Le Bib,
il fait déjà la sieste, l'est allé se vautrer dans les bras de
Morphée, il s'est bourré au pastaga le con ! Sec. Allez jasmin
un jaune, c'est ma tournée.
Non
pas aujourd'hui, je fais que passer.
D'où
tu sors Jas ? T'as une mine de déterré. Ils t'ont coincé les
keufs la dernière fois ?
Ouais
et j'en ai pris pour quatre mois. J'en sors. Ça fait une semaine.
Putain, une semaine que je tourne comme une bête sauvage dans ce
trou.
Allez
Jas, à ta santé. Ça va te monter le moral... jusqu' à deux
grammes, ah ah !
Non
le rital, j'ai arrêté de picoler en taule, je veux pas recommencer.
Allez
jasmin fais pas tant de manière, prends, le verre te tend les bras,
je te le mets à coté de toi, il te tiendra compagnie... Tiens le
Bib qui se réveille... Alors le Bib tu reviens à nous ?
Regarde qui est là...
Oh
Jas ! Putain ça fait un éternité qu'on t'avait pas vu par
ici. Ils t'ont serré ? Oh putain ça fait plaisir Jas de te
voir... raconte... Putain... j'ai un peu les cheveux crépus non ?
Ah ah... J'ai chopé la pépie . Allez tu nous raconteras en
trinquant, Jas. Le rital une momie pour moi... et toi Jas, la même
chose ?
Non
je bois plus le Bib c'est justement ce que je disais au Rital avant
que t'émerges mec.
Tu
veux pas trinquer Jas ? Tu fais la gueule, t'es fâché ?
Non,
non pas du tout ! J'ai arrêté en taule... Je veux pas
reprendre et puis j'ai pas une tune pour remettre ça, je tourne
comme une bourrique dans mon cagibi à la cité... alors suis venu
faire tour... vous voir... mais pas pour la bibine...
Tu
t'es fait arrêté et t'as arrêté, c'est ça ? Et maintenant
tu nous regardes de haut, tu veux plus trinquer avec nous, ne me dis
pas ça, Jas. On en a fait des coups et on en a bu aussi... un paquet
de litres de lait de tigre ensemble. Si tu trinques pas après si
longtemps, c'est qu'on est plus assez bien pour toi maintenant...
Mais
non Bib putain, c'est pas ça merde ! T'as rien compris... J'ai
arrêté de boire mais je vous fais pas la gueule, je vous bêche pas
les copains... J'suis content au contraire de vous voir ! Vous
pouvez pas savoir... Au contraire... Te fâche pas le Bib... j'ai vu
personne pendant une semaine... et la meilleure bibine que je puisse
avaler, c'est votre amitié les gars...
Ah
j'savais bien ! Allez un petit verre pour l'amitié, tu peux pas
refuser Jas. Oh mais t'as la mine d'un déterré ! Allez viens,
on va te re-quinquer tu vas voir !
Sûr,
si je vous suis je vais en voir défiler des jaunes et des pas
mûres... mais je verrai pas tout, ça sera vite quai des brumes dans
ma cervelle...
Allez
Jas
Allez
Jas, le rital et moi on est tes copains pas vrai... On sait ce qu'il
te faut pour te remettre droit, t'inquiète on s'occupe de tout... Et
puis je viens de toucher le RSA, j'ai de la tune pour deux, Jas...
T'occupe
Jas, le Rital sait reconnaître ses potes, tu me paieras quand
t'auras de quoi. En attendant trinque... ton verre Jas. A l'amitié
bien trempée, le jaune ça conserve tout, ah ah. Puis entre nous
faut se serrer les coudes, pas de femme, pas de gosses, plus de
parents, on est libre !
Allez
d'accord, je lève un verre à l'amitié... je trinque avec vous, mes
seuls potes... un verre hein, un seul.... A la vôtre !... Ah ça
réchauffe le cœur, y a pas à dire !... Au fait en parlant de
femmes les potes, et la Reine Blanche qu'est ce qu'elle devient ?
Qu'est
ce que je disais le Jas, à peine sorti et déjà le nez dans le
verre...
Tais
toi, maman, ferme là !
T'entends
toujours la voix de ta mère ?
Ouais
des fois, tu sais en taule... puis tout seul dans mon cagibi de la
cité... alors j'ai laissé sa voix me courir sur le haricot et
maintenant elle me lâche plus... mais bon elle tient pas l'alcool
alors...
Ah
ah le Jas on est tous aussi cramé que toi, pas vrai le Bib ?
Et
la reine blanche elle est plus là ?
Bin
ça fait quelque temps qu'elle vient plus, mais tu sais, elle, elle
est pas très assidue. Un coup elle vient, un coup elle vient pas,
son truc, c'est plutôt la Blanche, d'où son nom.
N'empêche
elle est encore bien foutue malgré tout. Moi je l'aime bien la Reine
Blanche, puis quand elle fait son mélange bibine et blanche elle
dégomme la meuf !
Bien
foutue tu trouves Jas ? Y a quelques années quand elle est
arrivée oui, mais maintenant elle a bien roulé et puis sa came l'a
pas arrangée pas vrai le Bib ?
Allez
c'est ma tournée, on peut pas parler le verre vide ! Fais moi
une ardoise le Rital
Ah
le Jas on te reconnaît bien là...
Tu
serais pas un peu en manque d'amour Jas, tu vois ce que je veux
dire ? Elle t'a à la bonne la Reine... Si elle est shootée
elle te refusera pas un peu de son corps pour une nuit... Tu sais,
dans une heure ou deux elle devrait zoner du coté de chez les
junkies...
Allez
remets nous ça et fais moi cette ardoise, je te paierai bientôt.
...
Putain
quelle nuit, j'ai perdu l'habitude...ce que je suis mal, j'avais pas
besoin de ça !...
Qu'est
ce que je disais hein, il a fallu que tu recommences, t'as pas pu
t'en empêcher... chasse le naturel et il revient au galop...
Tu
peux pas me foutre la paix maman, juste un peu. T'en profites pa'ce
que j'suis affaibli, c'est ça, hein c'est ça maman ? J'ai le
crâne dans un état...et de la pâte à modeler plein la langue, en
plus j'ai renvie de boire... Ça me fout le moral dans ce qu'il me
reste de fil aux chaussettes... Et toi tu m'assassines par derrière,
suis vraiment qu'un c... c'est quoi ce boucan dans la cuisine, y a
quelqu'un ?
Y
a rien à becqueter chez toi, rien à boire non plus. T'es un nul
Jas. Je te prête mon cul, tout juste si t'as su me faire balbutier
un p'tit peu de contentement, j'te parle pas de jouir et toi t'es
même pas foutu de m'alimenter, allez Jas grouille toi, tu pourrais
aller chercher quelque chose à picoler, c'est déjà 14 heures et je
commence à trembler Jas, il me faut quelque chose pour compenser...
Jas, grouille !
J'ai
pas un Copec, la reine pas une tune, pas un euro, tu comprends ça ,
je vis à crédit sur le Rital et le Bib !
Eh
bin va leur emprunter quelque chose de buvable, pas votre jaune
pisseux qu’il faut immerger dans de l'eau douce : Vodka,
whisky, rhum ce serait pas mal ou un truc dans ce genre et un
croissant... pour tremper dedans...
En
plus tu te payes la junky de service, eh bin la classe fiston !
T'es vraiment pas difficile... en prime tu vas hériter de trucs pas
bien si tu baises sans filets.
Tu
peux pas arrêter maman, fous moi la paix !
T'as
toujours tes voix Jas. Ah ah ta mère te harcèle ? Noie la !...
Oh c'est quoi ce machin... eh fous un slibar propre quand même, çui
là ça doit bien faire un mois qu'il court après le lave linge, ça
se voit et ça se sent ! C'est du gratiné, ah ah ! Mets ce
kangourou plutôt il est encore blanc convenable... grouille, la
tremblotte me gagne... quel chantier ici... je marche sur les
poubelles, carrément. Faut déblayer un peu.... grouille, grouille
Jas, ça vient, ça vient !
Ouais
ouais...
Manquait
plus que la Reine, je m'envoie la Reine Blanche...elle s'incruste en
plus...
Bravo,
t'as gagné... tu voulais voir des potes pour qu'ils te dorlotent, tu
les as vus, hein Jas, ah ah les potes de comptoir... Quelle biture,
je boirai plus tu disais... juré-craché-j'ai promis !
Lâche
moi maman tu vois pas que je suis au bord du gouffre ?... C'est
quoi ces deux vélos ? On est rentré comment la Reine et moi ?
On a dû emprunter ces machins… Hé la Reine faudra ramener ton
vélo là où tu l'as pris. Moi je vais rendre le mien… Quelle vie
putain, quelle vie, je picole comme un gouffre je suis infoutu de
tenir une promesse...
Quand
j'étais môme je rêvais d'une petite vie bien tranquille avec un
petit boulot comme postier ou plombier, tu vois, avec une femme et
des enfants qui m'aimeraient. Une vie toute simple. On aurait eu un
petit jardin autour d'une petite maison sympa et j'aurai mis des
rosiers, j'adore les roses, et des salades aussi, des tomates et des
patates pour l'hiver. Mais pour ça il aurait fallu que j'ai autre
chose comme instruction et comme parents. Moi j'ai suivi les rails de
la famille. Toi maman t'as été la locomotive. Des papas y en a eu.
Pas un n'est resté, les copains pareils. Les seuls avec qui j'ai
accroché ce sont les éclopées du bar à Rital. Entre mutilés de
la vie on se comprend et on boit pareil. J'ai passé les concours et
j'ai été reçu souvent premier à « qui boira le plus de
mètres de pastaga sans tomber ». Les filles pareil on
s'entichait des quelques unes qui se tenaient au comptoir à cause
des tempêtes qui sévissaient sur le trottoir. Y en avait pas
beaucoup. Moi c'est la Reine quand elle est défoncée et que je suis
cuit complet. Quelle vie ! Conduire complètement bourré, se
faire arrêter par les keufs, puis conduire sans permis se refaire
arrêter par les keufs et finir en taule pour 2 grammes d'alcool dans
le sang…et encore j'ai dû faire mieux l'autre jour. Maman, je suis
trop con, faudrait qu'un lion me saute dessus et paf d'un coup de
patte, à la trappe le Jas mais je suis sûr que le lion voudrait pas
de cette viande jaunie par le pastis. C'est bien ce que t'allait
sortir hein maman ?
Emprunter
une bouteille de whisky au Rital, un copain, avec l'ardoise que j'ai
chez lui. Et un croissant en plus, pareil la boulangère elle veut
plus me voir tant que j'aurais pas payé les deux baguettes de
vendredi… J'ai pas un radis…. Pas fichu seulement de remplir les
paperasses pour toucher le RSA… et je me soûle gratos chez les
potes, j'ai plus rien à bouffer, je loge la Reine maintenant et
maman n'arrête pas de foutre le bronx dans la demeure, ça fait un
joli bouquet de roses ça et puis ce vélo que je trimballe, d'où il
sort ? Je vais pas le pousser comme ça et je suis bien
incapable de tenir en équilibre dessus… Tiens allez je te laisse
contre l'arbre, vélo. Tchao. Si tu restes avec moi tu vas avoir des
histoires à n'en plus finir, vaut mieux qu'on se sépare… puis
suis arrivé chez le Rital tu vois et à partir de cette porte on
rentre dans un autre monde, je réponds pas de ce qui va se passer
au-delà. Ça te fait marrer maman ? Toi tu sais hein les
risques qu'on prend quand on franchit le seuil d'un bistrot, t'as une
longue expérience, la mienne est pas mal non plus. C'est pour ça,
vélo, il vaut mieux qu'on se quitte ici. On se connaît plus. T'es
pas trop mal pour un vélo tu te feras adopter facile… Emprunter
encore une bouteille au Rital pour la boire en solo avec la Reine
sans partager avec les potos, il va pas être content le Rital.
D'habitude, nous, on boit en famille en quelque sorte, ça sort pas
de chez lui, on a pas l'impression de squatter, c'est comme un repas
entre pots à part que là on mange pas. C'est pas pareil que lui
demander une bouteille et se casser avec… J'ai honte… il sera
vexé le Rital… et le Bib il a pas hésité à mutualiser son RSA
avec moi et moi, pour le remercier j'lui dis : non Bib
aujourd'hui je bois pas là avec toi je pars m'arsouiller avec la
Reine ... que tous les deux… t'es pas invité non plus… Pas
class du tout Jas. Tu peux pas faire ça… Mes potes. Je peux pas
leur faire ça. En plus d'être alcolo, voleur, bon à rien, j'serai
un traître ? J'peux pas non décidément…
Les
concierges du Net
Ben :
Sans
jouer les voyantes, on sait comment ça va finir mais c'est dommage
je le trouve plutôt sympa « le Jas »… sauf au
volant !!
Cravate
bleue :
T'as
raison Ben ! Retour au point zéro de l'existence !
Anonymous :
Suicide
social, Cravate bleue. Il cherche à se faire arrêter.
Bin
qu'est ce que tu fous là, Jas devant la porte à tourner et bader
sans rien voir, t'as l'air soucieux, qu'est ce qu'il t'arrive
encore ? Rentre !
Non,
non faut que j'aille faire une course d'abord le Rital. Tu diras
bonjour au Bib pour moi. Je repasse… bon faut que j'essaie de
trouver un peu de fric. Je retourne à la banque.
Tu
sais bien qu'elle t'a déjà remballé la Perrain l'autre jour.
Pourquoi tu voudrais qu'elle te fasse crédit aujourd'hui ? Pour
tes beaux yeux ? Ah ah ils sont moches tes yeux, tout pochés,
avec des valises grandes ouvertes… ils sont usés par tes voyages
en enfer tes yeux le Jas… T'as aucune chance… à peine arrivé,
renvoyé le Jas…
Maman,
pourquoi tu me décourages… je pourrai lui demander un billet…
elle s'en fout elle… c'est pas les siens... elles me refusera peut
être pas aujourd'hui…
Peut-être
que l'autre jour elle pouvait pas pa'ce qu'elle avait pas de monnaie
hein c'est ça ? Sinon c'aurait été avec plaisir, non ? Y
a des fois où j'en reviens pas, t'es vraiment un naïf Jas ! Un
vrai naze ! Mais dès qu'ils vont te voir arriver, ils vont te
rire au nez et te renvoyer dans tes foyers fiston ! T'as aucune
chance, t'entends ? Aucune chance !
Maman,
pourquoi tu me décourages sans arrêt ? Voilà maintenant, je
sais plus quoi faire… Maman tais-toi, laisse moi une chance maman
au lieu de me couper tout le temps l'herbe sous les pieds…
Mais
je rêve ! Maintenant c'est moi qui t'empêche de tourner rond,
je me tais Jas. Débrouille toi tout seul !
Te
vexe pas maman, allez fais pas la gueule ! Je suis sûr que t'as
une idée, même que je devine laquelle… Bon je retourne au bar, il
me faut du remontant et du cœur à l'ouvrage… Quelques petits
verres et je serai fin prêt, prêt à l'action… Hein maman, c'est
bien à ça que tu penses toi aussi, maman, maman !
…
Pas
un geste, les mains derrière la tête, c'est un hold-up !
Texte,
© Joël Carayon