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lundi 21 mars 2016

Torpille

Photo Kyra Kendall

Que tu marches ou que tu danses,
tes hanches que tu déhanches
défient le mâle en manque.

Il a la faim dans le ventre.

A l'affût il affûte son rut,
et il lance sur tes trousses
des yeux qui te détroussent.

Il a le feu dans sa cambuse.

Déjà l'ardeur de son soleil
qui n'est pas l'astre des cieux
ardemment ronge son essieu.

Il a la teub qui s'éveille

– Monsieur, monsieur, allons, monsieur
sous ces cieux sourcilleux
sachez garder tête froide.

Il a tes reins sur'l'bout des doigts

Mais tes jambes longues longues jambes
s'étirent dans la musique.

SOLOooo

Bave ta zik, file ton flow
dégain' ton gun dégueul' tes riffs
lâche ta vie oh lance ton cri.

Elle a la soif à fleur de peau

Johnny griffe, vide ton slam
tire le son, crach'ton solo
Johnny Johnny joue ta flamme

Elle a le move sous le capot


Allo, mollo, mollo de l'air!
Ceci n'est qu'un jeu de jambes
dans l'air d'un rock, jeux de rampe.

Elle a sa faim en bandoulière


Mais le rouge inonde ses yeux
mais la chaleur se fait vapeur
attise le soldat du feu.

Il est l'incendiaire sapeur !

Il a chaud et rien ne se passe
que la canicule n'écrase
et la moindre de ses raideurs,

s'évapore dans la torpeur.

Rideur, ton solo s'étrangle,
Rideur t'extirpe ta fureur
le long d'ses jambes en sueur.

Elle gimmick  mais lui sans beat.

mardi 1 septembre 2015

Virtuose

J'aime la musique. La vraie celle que l'on fait avec ses mains, celle qu'on apprend des années durant chez son prof avec du solfège et des partitions, celle que je goûte du bout de mes doigts et me dresse les poils sur la peau . Mais j'aime pas le son numérique, le son mâché à la machine, travesti, torturé, ces sons froids, ces voix violemment tordues.
Je joue du violon. Je parle violon. Mal encore. J'apprends sol la si do, j'apprends à caresser mes quatre cordes du bout de mon archet la si do sol. J'écoute mon prof, qu'est ce qu'il est fort, et j'essaie de l'imiter sur mon bel instrument léger comme la voix de maman et si beau dans sa livrée de bois blond. 

photo David Sidoux
Je chante faux. Je déchiffre encore. Je suis tout jeune, j'ai des excuses. J'apprends, je grince . 
Mon prof :
- Ton archet, incline ton archet, soigne son attaque sur la corde sinon tu vas lui faire mal à ta musique et ton violon se plaindra douloureusement... ton poignet souple ton poignet comme si tu effleurais la peau d'une femme... oublie ça tu comprendras plus tard.

Moi je m'applique je me concentre à mort, fixe ce petit arc magicien capable de transformer un simple frottement en une mélodie d'une pureté qui me donne le vertige . Je m'applique. Cette fois ci sera la bonne, sûr et je me lance en regardant mon prof pour lui dire du bout de mes cils : 
- Écoute ça tu vas pas en revenir.
Je frotte mes cordes , un génie pourrait bien en sortir, un génie musicien j'ai vu ça dans Aladin et la lampe magique. Si ça pouvait m'arriver. Ça va m'arriver. Je frotte, frotte mes cordes et le son cristallin qui me ravit déjà, s'étouffe au fond de ma gorge, il n'en sortira pas. Le génie m'a boudé. 
Mon prof a fait la grimace :
- Ça ne fait rien, c'est déjà mieux, tu vas y arriver.
Et fort de ses encouragements généreusement hypocrites j'insiste, je fais des efforts. Ça viendra il l'a dit. Mon génie dans le corps de mon instrument sera ravi et se montrera enfin. 
Il me dira :
- Je suis Stradimachin, Fritz Kreisler, je suis le génie des violonistes qu'un musicien méchant et jaloux a enfermé dans ton violon, je suis son âme. Tu m'as appelé. Tu es mon maître. Fais un vœu, je l'exaucerai.
Pas besoin de préciser je penserais si fort qu'il comprendrait sans qu'un son ne sorte de ma bouche . Les sons, la musique c'est l'affaire de mon violon.
Ce soir la terre s'arrêterait de tourner pour écouter mon concert. Ce serait toujours le jour en France, toujours la nuit en Chine et mon violon parlerait pour moi, chanterait la pureté de ma voix. Le rideau ne serait pas encore levé... j'entends le doux brouhaha du public dans la salle. Il parle de moi :
- C'est un virtuose promis à un grand avenir.
- Ah madame j'en frissonne de plaisir, son doigté est exceptionnel. 

J'arrive sur la scène accompagné de mon orchestre. Silence dans la salle. Je coince mon génie sous mon menton, hausse mon bras l'archet prêt à faire chanter les cordes. Le chef de l'orchestre a levé sa baguette. Tout le monde attend son signal. Ça y est. La musique introduit mon solo par un chant qui invite au recueillement. La baguette se tourne vers moi :
- A toi, charme nous !

Photo Lilane Menardes
Un mouvement du corps, je ferme les yeux, j'entends déjà la pureté exacerbée de la mélodie, je sens le bois qui vibre et se répand en moi . Je suis bois, bois de violon, bois de Stradimachin. J'attaque... Couac, couac couac! Une volée de canards, un cri grinçant, des cordes soumises à la question, des dents qui grincent, un auditoire qui se bouche les oreilles et s'enfuit. La panique. Couac toujours couac ! Je m'effondre ! Je pleure. Mon génie m'abandonne. Mon génie ne veut pas sortir de mon violon. Il a honte de moi. Il est en colère. Je l'entends qui crie dans l'âme. Qui crie, qui crie :
- Tu ferais aussi bien de pisser dans ton violon ! Ça ferait un plus joli son !
Il est furieux ! Mon dieu je n'avais pas compris. Je me suis trompé. Il faut que j'urine il faut que je déverse mon art sur le bois vernis. Je sors mon tout petit archet de garçonnet et j'arrose tant bien que mal mon instrument du liquide le plus musical que je puisse. J'arrose Vivaldi pour qu'il pousse son printemps, pour qu'il pousse son été sous ma petite verge. Et la musique vient, douce et fluette, cristalline comme une source, bavarde comme un ruisseau et le public s'extasie et mon solo grandit, grandit quand soudain un hurlement :
- Mais qu'est ce que tu fais ! Qu'est ce que tu fais !
La voix de mon prof . Sursaut. Réveil brutal.
- Mais qu'est ce que tu fais ! Pourquoi tu pisses sur ton violon mon garçon ! 


Fransisco Autunes



 Texte, © Joël Carayon






mardi 16 décembre 2014

mélodie

photosurrealiste Le Violon d'Ingres, 1924, Man Ray


Tu me dis plaintif ce que le piano chante
des mots sourds qui ne se prononcent pas
une mélodie qui ne parle pas mais qui se joue

se joue de moi qui ne comprends pas.

Tu me dis plaintif ce que le piano chante
un peu de fard qui coule sur ta joue.
Ce que pleure un piano s'effleure touche à touche
ce que dit un violon se frotte sur ses cordes,

des soupirs qui ne sont pas de toi
D'un corps qui te réchauffera,
vivant violon vibrant sur ton épaule à se rompre
sa mélodie de bois et de boyau.


dimanche 14 décembre 2014

Cigale et fourmi

Elle me parlait sous je lui répondais en vers.
Elle me parlait pierres, Pinel, Duflot,
je lui répondais Jacques, Boris ou Queneau.
Elle me parlait fourmi je lui parlais cigale.

Elle avait peur que je m'envole et me serrait fort contre ses pierres
mais la poésie donne des ailes
et nous planions entre deux airs sur notre montgolfière.
et nous jetions les pierres et les vers par dessus la nacelle
parce que la vue d'en haut était bien plus belle, le soleil bien plus rond.

Et puis on éteignit la lumière
et le reste n'est pas dit dans la chanson.















Texte, © Joël Carayon
Photo je sais plus allez voir sur Flickr mot clé montgolfière

samedi 6 décembre 2014

Mama Rose

Un petit clin d’œil à Archie Shepp.

Té lam tété lom, té lam tété lom
Un chant dans la rumeur.
Chœur d’azur entouré
des ombres du passé.
Mama Rose, mama


Té lam tété lom, télam tétélom
Ta voix sur un silence
appelle à la délivrance
Mama Rose, mama


Un chant
Cantique de toutes les révoltes
Télam tété lom
Cri de mère
Brise larmes
Ou doux comme un baiser
Mama’s Road, mama


Mains ouvertes
mains offertes
aimantes et rudes.
Mama Rose, mama.

 
…


mercredi 22 octobre 2014

Ombre découpée dans un carré de soleil…

Ombre découpée dans un carré de soleil à contre-jour. Double inconsistant d’un corps brillant de lumière. Les yeux qui passent dans son champ sont capturés. Et là tout bascule.
L’ombre s’approche et le corps se dessine. Les avant- cœurs dansent leur vie de charme au rythme des jambes. Ils appellent le regard de leur mécanique ondulatoire. Appel convaincant. Au-dessus - si tes yeux arrivent à se détacher- un visage avec le sourire dans un coin des lèvres pour dire ce que la bouche tait.
L’ombre marche – sur un trottoir ?- poussée par un été généreux dans sa robe de jeunesse.
Tes yeux voudraient bien la toucher du bout des cils, glisser discrètement sur sa peau. Tes yeux secoués par une déferlante qui s’enroule puis se déroule comme une danseuse espagnole. Avec tout au fond, le claquement des talons qui éclaboussent la rue.
Ils voudraient bien que deux mains les prolongent, enveloppent le corps puis doucement se posent sur ses hanches. Mais les mains voudraient bien d’une bouche avec deux lèvres pour jouer leur partition dans la chanson, d’une peau qui dise oui de toute sa chair et son esprit aussi.
Là-bas. Le regard se pose sur les hanches. Les bras renversent délicatement le corps sur les cuisses, le serre un peu contre la poitrine. Les doigts affleurent la peau. La voix vibre de toutes ses cordes et le chant sonne d’arpèges langoureux.
Lui pose la mélodie et elle la joue de tout son être de bois. Leurs yeux ne voient qu’un fond d’ombre où sourd une cascade d’effervescence. Ils étancheront leur soif musicale à l’âme de cette eau. Puis elle se figera dans sa posture de guitare. Il l’étendra dans sa couche recouverte de velours rouge et ils s’effaceront dans l’ombre épaisse de la scène.
Fin de concert. A demain.

©  texte propriété Joel Carayon

jeudi 2 octobre 2014

Bienvenito


Un refrain se balance sous des cocotiers.
La ville.
Immeubles fiers et joyeux derrière leur façade décrépite.
Bienvenue Social Club.

Moteurs, marteaux piqueurs et la chanson El Campesino.
Les rues pleines des saveurs de la lumière avec les mâles qui regardent les femmes qui cherchent les mâles.
La musique glisse nostalgique se faufile sous les chemises tout près de la chair et les corps palpitent .
Piano et harmonie acidulés pudiquement se racontent rue des hommes au regard et cheveux noirs.

Les cœurs enflammés d'une gaieté blessée tournent et dansent.
Il y a des roulements dans la langue, du San dans leur foi.
La musique chante la rue sale, les façades noircies.
Des voix des rires des pleurs d'enfants.
Accords d'une vie hors America.

Il sont vieux.
Ils chantent, avec leur vie devant le micro.
Noirs et costumes blancs.
Joies gaieté guitare et blocus.
Trompettes et salsa.
Les filles se déhanchent, roulent leur fesse.
Elles savent qu'avec la musique monte l'ivresse.
Et leurs épaules se trémoussent, jouent sous des chevelures noires.
Gaieté. Gaieté sensuelle.

Les voix éraillées par le rhum ou élimées par le tabac
humblement se racontent du haut des balcons.
Et la rue les pleurs des enfants, les cris en arrière des chants,
les verres qui tintent,
les moteurs qui ronflent familièrement.
Le rhum.

Meringué, Cha Cha ou Salsa.
Le pianiste rit de ses noires et de ses blanches.
Des voix en échos résonnent dans les airs du vieux piano.
Benvenito Santiago de Cuba.
Sa figure et sa peau fatiguée.

Les clameurs du Son.
Vieille Buick au chrome piqué,
sans roues, abandonnée.
Murs de vert-pomme, chemise en accord.
Fenêtres arrondies au verre de rouge et bleu alternés.

Pincement léger d'une contre basse qui chantonne.
Applaudissements estompés.

Hasta la vista, hasta la vista Cuba .

Filles à marier.
Œillade à l'Americano. 

©  texte propriété Joel Carayon
 

vendredi 5 septembre 2014

Musique de l'été

II

Journée langoureusement affalée dans l'ombre diaphane de quelques rares végétaux. Torpeur. Clichés de vacanciers. Musique largement dévêtue, la mer dans son décolleté et sa trace saline comme une caresse déposée à l'échancrure. Un œil alangui s'y promène glisse au delà, dans la pénombre chaude. Une coulée de brise fraîche anime un sourire d'aise. Lèvres humectées de rouge. Saveur de corps qui s'abandonnent aux délices de sable et d'eau. Dans vos souffles, les voix maritimes et pénétrantes. Peau gorgée de soleil offerte au farniente, peau gourmande de promesses. Rires.

©  texte propriété Joel Carayon
Roger Toulouse 1937 photo Renaud Camus

 

mercredi 20 août 2014

Tempeau

http://blog.typogabor.com

Images, rêve Musique.
Un cœur qui pulse et palpite et danse
Poussé par le tempo.
Action !

samedi 12 juillet 2014

Tango tangue



Roger Excoffon 


Elle se prépare.
Puis joue sa vie sur deux ou quatre temps.
Glisse l’âme de la danse
aux corps qu’elle anime.

mardi 20 mai 2014

Chansongs

Amarcord (Fellini)
Elles s'enroulent puis se déroulent, régulièrement se déploient les unes après les autres, sonnent sur nos cordes, vibrent sur nos anches. Elles se balancent et frappent sur nos peaux, s'épanchent en échos. Elles roulent régulières, sur nos paupières emportent nos rêves, ouvrent nos horizons, s'invitent dans nos vies, y coulent en rires légers, se moquent de nos maladresses, découvrent nos faiblesses ou lèchent nos plaies. Bavardes, elles nous étourdissent de leurs refrains sans fin, nous bousculent nous enroulent, nous déroulent en longues mélodies, s'animent sur nos corps, se posent sur nos épaules, ondulent contre nos tailles, vibrent entre nos mains, résonnent dans l'épaisseur de nos chairs. Graves, elles s'appuient sur nos vies, s'attardent dans leurs mélancolies, remontent de nos mémoires, émoussées pour s'être trop longtemps arrêtées auprès de nos guerres. Elles recouvrent nos âges de leurs plaintes et frissonnent sur des accents passés, entonnent des refrains diaphanes puis meurent étouffées par leurs propres cendres, dans leurs yeux l'ombre des pas qui ne seront plus dansés. Chaque saison les renouvelle, tisse sur ces chants de nouvelles arabesques où nous jetterons nos filets, enfiévrés de pêches miraculeuses dans des océans de reflets.

©  texte propriété Joel Carayon

vendredi 28 février 2014

Des fruits étranges




http://songbook1.wordpress.com

Ligne noire et baie vermeille
Bouche rouge sur plaie sombre,
Pardon.
Ce chant
– Baie de pourpre en châsse noire –
Coulé d’un silence brûlant
A beau lever en sa chaleur ronde,
L’âcre du sang
– Baie noire de flamme ardente –

jeudi 19 décembre 2013

musicalement

dailygeekshow.com
La musique se déroule de vagues en vagues, se déverse en nappe vaporeuse. Doucement elle efface les traces les cicatrices et gomme de ma mémoire toutes saillies douloureuses. Puis elle s'immerge au cœur de l'être, plonge aux abysses de l'existence, ranime les vieilleries calcifiées dans quelque réseau neuronal. J'aime quand elle circule en moi tendrement comme une caresse sensuelle, quand elle coule discrètement sur ma peau, qu’elle lève des souvenirs, valse sur des rêves puis s'envole et disparaît.
Je pars avec elle qui m'enlève des clameurs terrestres. Elle m'élève et dans notre vol je plane sur des souffles montant de pianos cristallins. Puis de là-haut elle plonge en piquée, rase les tumeurs humaines rassemblées en plaintes prolifères. Elle rage hurle, vrille ses chants en pointes acérées - bataille et sang rythment les combats d'ici- bas. Collée sur la peau de quelques tambours elle assaille larsène distord les corps musicaux, mitraille pilonne.
De la guerre elle garde la furie, de l'amour son port de femme. Elle s'éclaire ou s'assombrit pareille aux humeurs des hommes. Incolore ou fade s'évapore dans de vaines odeurs mercatiques, rit quand il faut rire. Electrique et séditieuse s’échappe des conventions, dévoile la noirceur ou le bonheur.


Tu ne me laisseras jamais indifférent.

©  texte propriété Joel Carayon

mercredi 18 décembre 2013

I want you.


Ma mémoire s’ouvre comme un  juke box
Et les souvenirs attachés
- Chevaux libérés de leur box
Courent désordonnés.
Peu importe l’heure ou l’année
Dans les replis de mon esprit ils sont rangés.

vendredi 13 décembre 2013

Conversations en automne.

Quand Madame cymbale et trinque sur le zinc
Noires et blanches accrochent
Manteaux et sacoches
Circulent en accent poli
Jasent à petits flots mondains
De vives voix en verres pleins,
Et Messieurs en salon de cuir
Rient en saccades bien choisies.


vendredi 29 novembre 2013

Musique



Mère
De tous nos rêves
Jaillit  de la pierre
Inonde les hommes
Enflamme les corps
Apaise nos fièvres.

mercredi 27 novembre 2013

Mama Rose


Té lam tété lom, té lam tété lom
Un chant dans la rumeur.
Chœur d’azur entouré
Des ombres du passé.
Mama Rose, mama