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jeudi 11 février 2016

Fraternité



Il est là dans son état d'homme. Belle, elle donne et lui reçoit, elle bonne et lui mendiant, dans son image l'amour et lui dans son reflet le manque, cruel dénuement de la main qui frissonne et compassion gracieuse dans le mouvement du bras, son prolongement dans le regard, dans la naissance d'un sourire de haut en bas, de celle qui marche vers celui qui est assis et qui lève les yeux vers le bras, le regard puis le sourire. Il prend la compassion et son expression, dit merci de sa bouche qui s'étire, elle prend ses yeux qui brillent d'un surplus d'humidité, elle prend le symbole des lèvres, elle prend le désarroi, l'inclination légère de sa tête, le soulagement passager frère de son geste.
Mimétisme. Cosmologie profonde où le miroir répond au miroir et de leur reflet réciproque naît la reconnaissance. J'existe voit-il, je suis homme voit-elle. Un éclair d'humanité dans l'évanescence de l'instant. Une éternité si le lien s'accomplit dans l'authenticité du sentiment.

vendredi 3 juillet 2015

Lifting


Nos rides visages de l'âge 
écrivent le relief de nos paysages.
Gommer la trace, des pleurs uniquement.
Polir les marques, assécher l'encre
et s'habiller d'un supplément d'âme.

 















Texte, © Joël Carayon

lundi 19 janvier 2015

Espoir


Des notes gouttes à gouttes, partition de ce matin, matin d'hiver. Pluie de gris et de chagrin.

Des notes gouttes à gouttes s'engrossent puis tombent de feuilles en feuilles.

Entre elles le silence, le silence du froid, du froid immobile. 
 
Des notes gouttes à gouttes s'égouttent.

La pluie grève l'espoir, l'espoir notes après notes perle de nos vies et la vie que le désir déserte s'affaiblit gouttes après gouttes.

Et la boucle s'enroule petite coquille vide, colimaçonne dans son gris ni de jour ni de nuit.

La vie étale s'affale sur son étal de nuages fades,

goutte à goutte pluie de gris et d'argent ruisselle en ce matin, matin d'hiver,
mélodie de cristal humide où nos yeux se vident de leur plainte,

Notes et gouttes unies dans la profondeur d'une symphonie où je me perds,
un très bref moment livré au respir d'une infinie profondeur d'où j'entends battre, lointain et sourd, le rythme de toute chose.

La lumière en jets épars gagne sur l'ombre et la grisaille, l'argent du deuil embelli de l'or d'un jour meilleur.

mardi 6 janvier 2015

Enigme

D'abord le regard s'enthousiasme des couleurs et des volumes -or et argent en fusion, puis suit le chemin d'un ciel à vif à l'aplomb de l'eau. Vient ensuite l'énigme posée par l'immensité de ce qu'embrassent les yeux, le mystère immobile des rouges flamboyants dans la froideur de l'étain. Obsédante question de l'être. Qui voit, s’émerveille ou se tait, pense celui qui contemple l'écho, l'éclair réfléchi du miroir de l'eau vers le ciel à son image. Le vertige d'un abîme où je pose un quelque part pour échapper à la folie.

Texte et photo : © Joël Carayon

jeudi 11 décembre 2014

Ombre et lumière

Le soleil et ses ombres légères
tracent un paysage tranquille
qui lentement se déplace
poussé par l'heure
et le mouvement de la terre.

Je bois à sa lumière et sa chaleur
au bourdonnement familier
où se tisse la soie d'une chrysalide.
Un papillon naîtra.
Il vivra ballotté au vent de 
 l'été.















Texte, © Joël Carayon





samedi 22 novembre 2014

Jeu de fous


Je, te, tu, toi, je te tutoie et toi tu me tu, toi ? tu m'aimes moi-même ton je qui dis tu quand je te vois dans mon toi en face de moi, tu te mimes toi même en face de moi moi qui t'aimes toi de l'autre coté de moi ? Je me moi en vous qui me mimez en face de moi, je me noie en moi qui vous aime tous autant que vous êtes la face de moi en face de vous, vous et moi, toujours coté face, vous et moi quel émoi. Quel est ce moi dont tu ne vois que la face et dont je ne vois que ma face ? Tu te moi et moi je te tu, tu te tu toi ?

Étape suivante :

il se lui ? Il se lui lui le le d'un autre que moi qui se dit tu en face de lui ? Le même tu que moi il aime le même tu que moi ce lui qui se dit tu en face de lui le le ? Tu l'aimes lui le même tu que moi en face de toi et moi je t'aimerais le il en face de toi qui me dit je quand je me tourne vers toi ? Question d'empathie, donc pas en moi le il qui se dit tu en face de lui quand je me dis tu en face de moi...et toi alors qui es tu ?
Et merde !

http://bokeh.fr/expo-photo/effet-miroir/dp/79/ Aliece















Texte, © Joël Carayon

mercredi 19 novembre 2014

Utopie

La promesse d'une terre brune
qui sépare l'espoir du désespoir.
L'épaisseur de son trait qui borde l'infini.
De la matière dans le nuage,
de la consistance sur la vague,
de l'humain sur le silence...
Toute chose qui nous libère.








©  texte et photo propriété Joel Carayon

samedi 15 novembre 2014

Masques

Aux tempes, sur le cou, qui bat, un chant. Une parole...perdue, nos fortunes... dilapidées, nos vies... jetées. Nos airs de matador contre la tristesse d'une résignation, le déni d'une défaite inavouable. A l'heure des bilans, les regrets, nos mémoires éparses; le temps qui efface les traces.
Glorieux, confiant, voix sûre, je déclame l'épopée d'un ancien moi qui danse des rondes éphémères, avec des rires, des prouesses, des pirouettes, de la peur et de l'amour, par des phrases, des silences, des regards humides...je le chante, ou je me tais sur son passé...Je bâtis, un homme, une vie, une histoire, un conte. Partout l'illusion ma boussole.
Je bâtis, un corps, ses mouvements, ses rencontres, je vole par dessus des mondes. Mes faux semblants .
Mais dans cette peau qui n'est pas tout à fait moi, je ne serai heureux que par procuration.

Texte, © Joël Carayon

vendredi 7 novembre 2014

De vous à toi

Tu veux, veux de moi, vous que je voudrais toi ?
Je te vouvoie, toi ma voix, vous le timbre où je tressaille, voix où je défaille,
vous qui n'êtes pas encore tout à fait toi,
voix caressée à fleur de peau,
vous ma chair de poule,
votre voix où je frissonne.

Toi déjà toi dans mon regard
et moi qui suis toujours vous pour vous,
vous que je désire
et dont mes yeux trahissent le vœu,
j'avoue.

Et vous, jouez avec moi et son bégaiement,
entre le vous qui ment
et ce toi qui trébuche sur son vouvoiement,
toi que je veux avec empressement...

Toi qui es tu maintenant et depuis longtemps,
tu dans le prolongement de ce vous que le temps tutoie de son indifférence,
tu que je ravive pour repousser ce vous qui se rapproche de nous,
dangereusement compromet le souffle et le murmure,
le chuchotement de nos voix si proches à présent,
ce nous qui ne fait qu'un je qui nous perdrait
si nous n'y prenions garde.
©  texte propriété Joel Carayon

jeudi 30 octobre 2014

Mon toi, ton moi

Toi mon visage et moi ton âge, toi mes rides et moi ton souffle,
toi mes pensées sombres ou gaies, moi tes souvenirs,
toi mon image moi ton cri,
toi mon rire et moi ton corps qui se courbe, toi mes cheveux d'argent,
moi ta tendresse, toi ma caresse,
toi du coin de l’œil et moi à la dérobée,
toi moi nus, mis à nus,
toi ma fragilité, moi ton passager,
moi qui t'aime et toi ? Toi qui m'aimes et moi ?
Mes yeux dans ton regard, mon illusion inquiète,
toi moi et toi et moi...ne diront jamais nous .

©  texte propriété Joel Carayon

samedi 25 octobre 2014

Terre d’asile



Laisse l’enfant bâtir ses souvenirs
Comme châteaux en Espagne
Loin de notre rancœur, de nos crépuscules.


A la noirceur tombée,
Quand ne reste au palais qu’une acerbe fadeur,
Homme il retournera vers ses images en friche
Pour puiser à même leur candeur oubliée
La vigueur d’un espoir.

Patsy Van Roost, Ici un souvenir, 2013
©  texte propriété Joel Carayon

mercredi 22 octobre 2014

Ombre découpée dans un carré de soleil…

Ombre découpée dans un carré de soleil à contre-jour. Double inconsistant d’un corps brillant de lumière. Les yeux qui passent dans son champ sont capturés. Et là tout bascule.
L’ombre s’approche et le corps se dessine. Les avant- cœurs dansent leur vie de charme au rythme des jambes. Ils appellent le regard de leur mécanique ondulatoire. Appel convaincant. Au-dessus - si tes yeux arrivent à se détacher- un visage avec le sourire dans un coin des lèvres pour dire ce que la bouche tait.
L’ombre marche – sur un trottoir ?- poussée par un été généreux dans sa robe de jeunesse.
Tes yeux voudraient bien la toucher du bout des cils, glisser discrètement sur sa peau. Tes yeux secoués par une déferlante qui s’enroule puis se déroule comme une danseuse espagnole. Avec tout au fond, le claquement des talons qui éclaboussent la rue.
Ils voudraient bien que deux mains les prolongent, enveloppent le corps puis doucement se posent sur ses hanches. Mais les mains voudraient bien d’une bouche avec deux lèvres pour jouer leur partition dans la chanson, d’une peau qui dise oui de toute sa chair et son esprit aussi.
Là-bas. Le regard se pose sur les hanches. Les bras renversent délicatement le corps sur les cuisses, le serre un peu contre la poitrine. Les doigts affleurent la peau. La voix vibre de toutes ses cordes et le chant sonne d’arpèges langoureux.
Lui pose la mélodie et elle la joue de tout son être de bois. Leurs yeux ne voient qu’un fond d’ombre où sourd une cascade d’effervescence. Ils étancheront leur soif musicale à l’âme de cette eau. Puis elle se figera dans sa posture de guitare. Il l’étendra dans sa couche recouverte de velours rouge et ils s’effaceront dans l’ombre épaisse de la scène.
Fin de concert. A demain.

©  texte propriété Joel Carayon

vendredi 17 octobre 2014

Vieux

Un vieux ça baise?
Ça aime un vieux,
ça se tient par la main, un vieux,
ça s'embrasse dans la rue avec dans les yeux toute la jeunesse du monde?



Ça aime la peau d'autres vieux,
ça titube en marchant sans avoir bu,
ça se dénude et ça montre ses ventres qui tombent en cascades rebondissantes de plis en plis?

Ça serre sa vieillesse contre d'autres vieillesses ?

Ça sent la mort, ça pue,
et ça ose vivre encore ?

C'est dégoûtant, un vieux !
C'est dégoûtant !

jeudi 16 octobre 2014

Oasis


Là-bas devant nos pas gonflés
par nos souhaits les plus secrets,
là-bas laborieusement retenue,
serrée contre nos rêves,
désespérément bâtie d'un espoir fragile,

faites qu'elle existe.

Là-bas, dans sa posture sauvage
l'écriture d'un vertige,
l'envers de nos blessures

faites qu'elle existe. 
 
Pied à pied défendue,
portée haut dans nos voix.
Dans nos paroles en creux, 
 
faites qu'elle existe
 
et faites qu'elle survive
au travail du doute,
à nos passages répétés,
nos longues tergiversations.

Faites qu'elle survive,
faites, faites
que ma prière ne se perde
dans un silence sans bornes.

Faites ...

à quoi bon supplier le vide.

©  texte propriété Joel Carayon

mardi 23 septembre 2014

La mer et ses miroirs (extrait)

Calme elle respire, caresse nos pensées, soulève sur sa vague bleue des visages et des paysages. Et la ribambelle des souvenirs entre deux eaux nage offrant au soleil ses reflets d'argent. Bientôt les voix se mêlent à son clapotis, bientôt sa respiration liquide discrètement, imperceptiblement accueillera le souffle régulier des vies, là-bas. A sa surface onctueuse, au soir qui apaise, l'orange pénétrant d'un soleil à son couchant dévoile la profondeur et le mystère de sa nudité juste un instant avant de s'immerger. Elle, faite de brume et de songe trouble l'histoire de nos doubles multiples où je me plais à nager entre les mondes.

©  texte propriété Joel Carayon

samedi 13 septembre 2014

A corps perdus



Je m'étale sur ma plage fidèle à mes galets et dans la lumière crue, les silhouettes habituelles toujours aussi trans, trans-sexuelles, transformées. De belles hommes en tenue d'Eve, de beaux femmes en costume d'Adam. Beaux mecs à cul arrondis bronzés de haut en bas sans une tâche de blanc sur la peau, le blanc pur n'est pas très mode. Sous le grand lampadaire ils palabrent, avec la mer à côté qui les écoute à peine et continue son gazouillis habituel de vagues en vagues.

Offert à la cuisson de juillet je les vois sous mon bras, moi qui bronze hétéro côté pile-côté face, l'amateur versus les pros. Y a pas photo. Ils déambulent dans les coulisses de la plage derrière le rideau des tamaris maigrelets. En creux leurs corps sur les herbes couchées. La ronde dans l'indifférence feinte. Mais bel homme, ton regard trop longtemps fixé sur la ligne bleue de l'horizon te dénonce, tu scrutes, tu cherches l'âme seule, ta compagne. C'est le marché dans l'arrière boutique. Sur le plateau au ras de l'eau le mannequin s'expose, se laisse toucher du bout des cils. La pose soignée, le soucis du détail. Pas un poil sur ces peaux noircies. La mode est au lisse. Statues de bronze aux muscles travaillés en salle.

J'aime bien les observer. Le plus souvent par petits groupes ou seul aussi, ça arrive. Et puis cette touche gracile dans le mouvement, ce coté délicat même quand ils débordent de muscles. Leurs affaires bien rangées dans le petit sac à dos ou un sac tenu à la main, toujours esthétique pas le machin plastique du supermarché du coin, faute de goût impardonnable, voyons. Leurs gestes de tendresse : la main qui effleure , le regard soutenu, la proximité des corps dans l'eau. Ça me surprend toujours un peu et je me sens souvent légèrement mal à l'aise, très légèrement, pas plus allons. Mais je ne dis rien, je reste parfaitement digne, le regard nimbé d'un zeste de détachement : Voyons, je suis très ouvert mon cher. Je les trouve plutôt sympas, discrets la plupart du temps – ici du moins.

Mais il y a aussi ceux qui tapinent sous l'aqueduc millénaire, se plantent sous le réverbère, s'affichent à vendre, à louer quelques minutes, une heure, pour la nuit. Agencés manière de dire : admire la caisse, regarde les cuisses. Elles sont pas belles mes cuisses et mon teint de tante ? Et qui sait, ta tristesse planquée sous le rimmel, qui coule après la fête . Avec ta belle perruque blonde, tes longues bottes de sept lieues. A vendre, à louer, une heure ou deux. Avec sous le fard une plainte camouflée.

Je te vois dans mes phares quand je rentre au foyer. Sous ton lampadaire. Transformé. Tu dis rien, tu restes planté sur ton bout de trottoir, figé, juste des yeux que la lumière dure accroche au passage. Tu es heureux, autant ou moins que ta copine femme hétéro sur le trottoir d'en face ? Qui s'arrête pour te demander combien ? Dame Nature tu les as trompés, t'as truqué la marchandise ? Ces hommes, ces femmes tripotés, trafiqués, bricolés chez le chirurgien qui compte, encaisse. Le malheur des uns contre le bonheur des autres. Plasticien es-tu musicien des corps ou artiste du portefeuille ?

©  texte propriété Joel Carayon


mercredi 20 août 2014

Paradis perdu

Crépuscule de rouge sang sur mer que la nuit borde au loin.
Août, mélodie de l'eau.

Et moi,
les yeux tristement arrimés aux rivages ensoleillés.

mercredi 13 août 2014

ombre et lumière

Un pont noyé de lumière, son ombre par dessus la rivière,
deux ponts où nous passerons ombre ou lumière...


©  texte et photopropriété Joel Carayon

Narcissus

Serge Regiani http://alligatographe.blogspot.fr/2009/08/le-doulos.html
Mon miroir s'est brisé. Sept années de malheur !
Ces morceaux de moi égaré cherchent leur unité
au passé composé...

Sept,
sept ans ?
Sept ans de bonheur !

Moi chaque jour recomposé !
Puzzle d'un ego maigrelet où je ris de me voir si beau dans mon infini variété.

Mon miroir a sept ans, sept ans d'un bonheur partagé entre tous mes états.
Mon ego multiple, ouvert en queue de paon parade dans tous ses éclats.

Mon miroir a sept ans,
sept années d'un malheur dont je ne me plains pas !

©  texte propriété Joel Carayon

mardi 12 août 2014

Al-Andalous

Entre l'errance gitane où sonnent les guitares altières, résonnent les voix brûlées de soleil et l'oud où s'enroule la mélopée de l'orient, se déroule le chemin des caravanes ; la terre des partages mélange les voix profondes, s'ouvre aux chants multiples, réconcilie les frères aux croyances rivales. Ami ne la recherche pas, elle s'offre aux visions du voyageur qu'une longue marche accable, dans le frisson de son air que la chaleur dilate. On la raconte elle ne se vit pas.

©  texte propriété Joel Carayon