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mercredi 20 avril 2016

Un jour comme les autres

Je mets un livre audio en ligne pour quelques temps.
Chaque texte poétique fait référence à un événement de société actuel

avec des résonances dans le temps comme
un pavé dans la mare.

Cliquez sur le lien ci dessous et choisissez le fichier "Un jour comme les autres".

PS :dites moi ce que vous en pensez. Merci

Un jour comme les autres

mardi 12 janvier 2016

Fantasme


Les enfants de l'âme sont des esprits athées loin des églises ou des chapelles – cela dépend de la richesse des paroisses. Les enfants de la république ne sont plus des anges, la pureté de leur conviction est mesurable, elle est égale au solde de leur pouvoir, à la puissance que leur donnent les images et les mots. Leur foi n'a plus rien d'une sainteté laïque elle est à vendre, à injecter dans les veines. Ils ne croient plus à rien, baignent dans une consanguinité calculée, ne connaissent de nous que les déflagrations électorales, nous voient du haut de leur bulle confortable comme une matière nécessaire, des agglomérats statistiques avec une espérance de vie qui n'excède pas la durée d'un mandat. Les enfants de la République habillent leur mensonge des couleurs de la météo. Et nous gens ordinaires, chair d'électorat, entendons ce que nous soufflent nos rancœurs intimes et cet intérêt personnel que l'on dit bien pensé. Satisfaits ou remboursés mais bien plus souvent insatisfaits que remboursés.

Il faudra faire appel aux techniciens du sol, laver le parquet de nos assemblées à grandes eaux, désinfecter les esprits, changer nos modes de calcul. Gens ordinaires prenez vous par la main et bâtissez de votre propre chef le monde de demain dans l'humanité retrouvée de rapports d'homme à homme.



lundi 11 janvier 2016

Tauromachie

C'est mal dans ma tête comme dans un tambour. Que dis-je, des tambours, bours du Bronx. Ils bourrent mes synapses de bruits qui courent, courent de neurones en neurones. Panique et mon cerveau au bord du burn out. Mon mal se déplace, je le traque, mon mal qui enfle et contracte mes pensées dans un champ d'une gravité si intense qu'elles s'agglutinent les unes aux autres jusqu'à former un noyau dur comme des principes.

L'expert :
- Principe du trou noir. L'idée tourne sur elle même si vite qu'elle aspire toutes celles qu'elle rencontre dans sa danse de derviche. Elle les compacte, les condense jusqu'à la tumeur maligne, sa masse devient si lourde, son espace d'influence si large qu'elle emprisonne toute tentative lumineuse dans son carcan de logique sombre. Là où elle gravite, il n'y a plus d'espoir. Le monde s'enferme dans son propre vertige.

Mon noyau est donc tumeur, meurtri dans son humeur , cancer au front, au front de mes idées au front de ma passion, au seuil de ma nation. Mon cancer, mon quasar absorbe et convertit tout embryon de dissidence au rythme de mes peurs.

Le partisan:
- Les sordides en clique claquent leur langue dans des baisers pervers.

J'ai embrassé leurs lèvres, j'ai vu, je sens ce mal qui me comprime dans son étau. Front contre front, prendre ce taureau par ses cornes, front contre front : je suis toréador dans l'arène.

Le partisan :
-Mais dans les gradins un public conquis à la cause du bovin hurle : « à mort le toréador, à mort ».

César, où est César, où est sa couronne de lauriers, où est sa paix romaine ? Grâce César, grâce .

Le cri de la foule :
-Le taureau, le taureau, le taureau !

Le taureau est dans l’arène sous les bravos de la foule, le sable sous mes pas, moi en habit des Lumières, lui trop de cornes sur son front pour qu'y vienne une pensée simple, moi bien trop de pensées sombres pour que s'y loge la moindre simplicité.

L'expert :
- La psychologie du taureau se loge dans le front. Effilée elle est faite pour enfiler, encorner, étriper, éventrer, éventer du toréador.

Et ce soleil... qui me soumet, me force à m'agenouiller face à cet appareil de combat. Ce soleil sur mon front qui m'aveugle, complice de la bête noire de robe et noire pour s'interposer entre mes lumières et moi.

Le partisan:
- Un taureau, en robe sombre et crinière blonde qui ruissellerait d'une force bestiale, un taureau avec cette ondulation de la croupe dont je ne reconnais pas la virilité ?

C'est bien lui qui meugle dans des registres de voix bien trop hauts… avec des yeux bleus… des griffes affûtées sur les chairs qu'on lui tend ?

Le partisan :
-lui ou elle…

L'expert :
- Blonde femelle de la famille des panthères qui feule sur le sable des aficionados, exhorte les mains à tourner leur pouce vers le bas.

Qu'importe. Agiter ma cape, agiter mes idées, les jeter enflammées contre la bête, les agiter pour qu'elle voit le rouge de leur tenue, rouge que le rouge ou le noir contre son front de lionne.

L'expert :
- Le toréador adore les rêves fous avant la corrida et le front bas s'en retourne au combat armé de son rêve de victoire. Il terrassera la bête. D'un coup d'épée au front. Ce front qu'on ne voudrait pas national, retrouvera alors sa place en haut de notre tête et nous pourrons y reloger nos pensées.

lundi 7 décembre 2015

Quelque chose dans l'air


Il ouvre ses yeux, et la fenêtre.
Il se lève, regarde le ciel tranquille, son bleu immobile et en dessous le tumulte des gris.

Il se dit :
- Et si c'était la dernière...

Il aime,
la rectitude des toits de tuiles,
il aime,
la géométrie rassurante de sa ville,
les maisons posées sur le bord des rues,
leurs yeux ouverts ou clos selon l'heure.
Il se dit :
- la dernière... .

Il s'immerge
dans le ronron familier des moteurs,
dans le bavardage hypnotique des foyers,
les bruits assourdis d'un jour précieusement ordinaire.

Et si c'était....

Il touche la ville des doigts,
sent sa rugosité le pénétrer,
il éprouve la dureté des trottoirs par ses pas nonchalants ou non,
glisse son épaule sur d'autres épaules
et se régale de leurs frottements légers.

...La der des der.

Il suit un parfum qui le prend par le bout de son nez,
chevauche sa fragrance ondoyante,
il dévie capturé par l'odeur d'un café,
fuit les fumées âcres échappées d'autos aérophages.

Sans cesse il se répète :
si c'était la dernière fois...dernière fois que ce jour se lève.


mercredi 25 novembre 2015

Maraîchage électoral


Achetez ou vendez du citoyen comme des tomates. Bouffez de la république comme du chocolat. Cultivez en plants media, tutorisez les vieilles plantes fragiles, caressez dans le sens des feuilles, semez la peur en champs électoraux, choisissez vos porte- greffes dans les terroirs les plus glauques, plantez français.

Gesticulez, moulinez dans le vent, éventez vos engagements, passez la brosse à reluire, bouc-émettez, élevez vos promesses en batterie. Essaimez. Traitez à la bouillie, repiquez, répliquez.

Montrez du doigt, attisez l'ego, tordez les mots, torturez les idées, déformez, réformez sur papier, blablater, serrez des mains, embrassez du bout des lèvres, tournez la veste, allez, venez, dansez la danse de la mouche autour du coche, héler, crier, interpeller , copiner, ergoter, cocoricoter.

Faire du vent, répandre des bruits, ruminer la rumeur, s'amnistier, troubler l'eau comme la chaux, mentir, cacher, se couper du monde, vase clore, clôturer le champ de ses interventions, chloroformer, chlorer, tri-chlorer, tri-colorer, mettre dans le secret, mettre au secret.

Nager en eau trouble, dans le sens du courant, filer, se faux filer, falsifier, récupérer, détourner, achever le mourant, dénoncer, renoncer, danser la danse de saint Gui, buzzer, big buzzer, beugler, bluffer, jouer les cow-boys, cow-boycoter, sourire, fomenter, conspirer, conspuer-embrasser-embraser , rhéto-rhétorire-rhétoriquer, réthoniquer.

Bouffer de la politique comme on s'envoie un burger, vite fait, sans goût, sans état d'âme. Attention à la surcharge, attention à l'excès, attention au laxisme, attention à la république des bananiers, attention trop c'est trop, beaucoup trop le chaland va vomir.

mercredi 23 septembre 2015

Politiquement correct

Ne dis pas
Ne dis pas chat pour chat
Ne dis pas
ne dis pas trop tard,
ne dis pas impossible
ne dis pas noir
ne dis pas contagion, épidémie
ne dis pas ne dis surtout pas demain
ne dis pas on n'y peut rien
ne dis pas immigrés, ne dis pas raciste.
Ces mots sont malades mais tu ne le vois pas et tu insistes lourdement.

-Ces gens qui sont dans l'eau ?
Des baigneurs, des surfeurs...
-Qui nagent tout habillés, apparaissent disparaissent, apparaissent, qu'on ne voit plus du tout ?
Des amuseurs c'est tout...


- Ces gens qui passent les frontières en masse ?
- Randonneurs, voyageurs hors des sentiers battus.
- Et ces barbelés ces murs entre eux et nous ?
- Labyrinthes, parcours de santé...

Ces mots sont malades et tu répètes, répètes, tu rabâches : pollution, réduction, contention, migrations...
ré-vo-lu-tion...

ces mots sont malades,
il faut les écarter, les mettre, en quarantaine, en camp de réfugiés ou bien les repousser,
il faut cacher ces maux que je ne saurais voir.

Distrayez moi, parlez moi d'amour dites moi des choses sirupeuses des choses qui collent à mes doigts...sentent bon la rose sur son fumier...
soit : on n'engraisse pas les cochons à l'eau claire soit, mais je ne veux pas voir le lisier qui me nourrit.

Sécurité, surveillance, malveillance,
montez le son je ne veux pas entendre,
de la musique dans tous les rayons,
acheter, acheter pour combler le vide entre les mots,
parler, parler logorrhée, log-errer, débiter,
mais surtout évacuer le silence où l'on pense,
expulser nos idées,
exposer nos rires forcés,

les mots sont malades de nos peurs.

Sauvez moi en douceur, ne faites pas mon malheur,
laissez moi vivre dans ma matrice,
mes bulles de savon,
mes petits plats amoureusement bichonnés,
mes jardins potagers
ou mes comment-dois-je-faire,
mes astuces mes tours de main.

Demain sera bien assez tôt,
demain arrive bien vite,
demain arrive trop vite,
vivons dans le présent, l'instant qui nous est programmé.

-Du calme monsieur, du calme madame, l'amour est dans nos prés , dans la rosée préservée, dans ce prochain qui ne m'est pas tout à fait familier, mon voisin de palier, ce jeune et sa musique... et si ce n'est pas de l'amour ce sera de la rage...
il faut choisir.

Tous droits réservés JCarayon.
Photos JPSorgue

lundi 27 juillet 2015

Cause, because

Qu'est qu'il dit à la radio ?...
Madinin-art.net
Qu'es' i dit dans le poste ?...
Cause ?...
Cause du peuple ? ...
La cause du peuple ? ...
Bin quoi le peuple, 
qu'es' il a fait encore le peuple ? ...

Aaah... la cause du peuple !
Défendre le peuple,
la révolution,
les ouvriers,
éradiquer la pauvreté !

Bin oui tiens !
Cause
la cause du peuple...
Cause toujours, oui !

Texte, © Joël Carayon

vendredi 20 mars 2015

Total Paradisiac


Total Paradisiac

Je suis aux Bermudes, je mets des bermudas. Bermudes, belles boîtes à lettres sans facteurs ni trompettes. Bermudes bermuda, da da da da, Ber mudes Ber mudes ber, berne le fisc, guide le fric.

Filez filiales, filles de l'air, filez aux Bermudes où l'on siège à couvert.

Nous ne sommes de nulle part, nous vendons achetons mais nous n'existons pas, fins limiers impossible de nous dépister.

Filez filiales filles de mon portefeuille, ni vues ni reconnues, filez au Triangle des Bermudes.

Un imparable voyage pour disparus improbables, passagers de papiers ou jeux d'écritures que la mer engloutit dans le secret de ses coffres.

Filez, filles de l'air loin des jeux de plages, mes filiales que l'on escamote onshore par la magie d'un tour, tour de passe passe.

Moi je paradis-fiscale sous l'ombrage des cocotiers.

Et mes filles chéries dévorent offshore du brut, du raffiné. 

Texte, © Joël Carayon 

jeudi 8 janvier 2015

Charlie

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”. Voltaire.


Ils t'ont assassiné Charlie parce que tu parlais et dessinais envers et contre toute menace et ça ils n'aiment pas. A leur décharge il faut dire que tu étais lourdement armé avec ta plume et ton crayon trempés dans l'ironie et la liberté d'expression. Ça fait un grand trou dans ton journal et dans mon présent, avec de la colère autour, des envies de vengeance peut-être.

Alors je prends mon petit stylo bricolé maison et je leur tire dessus de toute mon encre noire, la plus noire possible parce que je suis en deuil. Je les mitraille avec mes mots d'homme ordinaire mais libre.

Je ne me soumettrai pas et je ne céderai pas à la peur. Je ne ferai pas l'amalgame, je ne prendrai pas le chemin facile et confortable du racisme et de la violence. Charlie, je n'ai pas le droit de te décevoir pour ce que tu m'as donné avec tes dessins, ta verve au vitriol, la plus redoutable des bombes apparemment.

Tu m'as accompagné, tu m'as rassuré quand je me sentais bien marginal avec mes idées de gauche, mon désir d'humanité et de partage, ma révolte devant l'injustice. C'était réconfortant quand ça chauffait trop fort sous mon capot de prof. Tu dessinais l'endroit de ma révolte. Aujourd'hui je suis orphelin de conviction et je pleure.

Charlie je ne te laisserai pas tomber. Avec toi c'est ma liberté qu'on assassine. 

 

mercredi 7 janvier 2015

CHARLIE


Charlie assassiné pour délit de libre expression et pour avoir défendu le droit de rire de tout en démocratie. Mais je me refuse de penser que la majorité des musulmans pratique cet islam là. 
Parole d'agnostique ou d'athée.

jeudi 25 septembre 2014

Quelque chose comme un homme

La lame faite pour trancher par le fil de son acier trempé.
La lame froide avec une main ferme pour la guider, un bras déterminé pour animer la main qui tient la lame qui tient la vie sous son fil d'acier trempé.

Vie chaude qui voudrait crier.

La vie sous la gorge d'un homme étranger qui marchait dans les montagnes de ce pays où vit la lame d'acier rougie au sang de cet étranger qui aimait ce pays où vivent le bras, le torse, les jambes, le corps tout entier engagé dans un mouvement où le fil d'acier froid, va trancher le cou de cet homme qui aimait ce pays, marchait dans les montagnes avec des amis qui vivent ici.

Cet homme avec une femme, des enfants, petits enfants peut-être, qui-lui, pouvait pleurer, rêver, rire, aimer.

Vivre.

Tranché.
Dans un mouvement de haine ?

Par un corps sans tête sans pensées d'homme qui ne peut aimer rire pleurer, sans père ni mère enfants ni femme.

Une ombre gorgée de sang.

Ce soir quelque chose comme un homme a volé la vie d'un homme.

©  texte propriété Joel Carayon

jeudi 18 septembre 2014

Lessive d'automne

Il y a en ce moment un livre qui fait ou a fait couler beaucoup d'encre, chez moi on dirait : c'est un épisode Cévenol.

Il y en a qui lavent leur linge sale en machine, regardent par le hublot tourner tous leurs ragots. Il y en a qui invitent père, mère, frères et sœurs dans de grandes lessives familiales et regardent de bouche en bouche tourner leur dégoût.

Les plus malins font d'une lessive deux coups, étalent leur linge en nos places publiques sur de longues pages écrites puis regardent tourner leurs affaires sonnantes et trébuchantes sur nos lave-cerveaux.

Qu'on le dise ou qu'on le taise, cela nous plaît de contempler les dessous d'une lingerie...pas très fine, malmenée dans nos machines.
C'est beau !
Aussi beau qu'une belle femme qu'on dénude sur d'autres hublots ?

©  texte propriété Joel Carayon