mardi 10 juillet 2018

Profession de foi!

Rigolare, rigolare,
rigoler jusqu’à l’hilarité,
être fou de rire comme fou de Dieu,
rouge d’un tremblement zygomatique irrépressible,

rigoler à rendre gorge,
déployer son cri comme un orage
par dessus les nuages,
gonfler le jabot jusqu’à son éclatement,
exploser, canonner d’un rire Berta,
rire viralement,
ha ha ha, cycloniquement !


Rigolare, rigolare,
rire à s’en faire péter la panse,
éclater, éclabousser le monde de ses tripes,
parce qu’il faut y mettre toutes ses tripes,
attester de sa foi dans le rire,
y aller frontalement,
jusqu’à la transe, jusqu’à l’au delà !

Se vider de toute les tristesses,
rire d’un rire gargantuesque,
être prêtre, missionnaire,
être en sainteté, sing-hilarité, sainte hilarité.

Sainte Hilarité riez pour nous, pauvres égarés,
pardonnez-nous nos vies moroses et nos tristesses,
ne nous laissez pas aller jusqu’à l’affliction
mais délivrez nous de l’ennui !

Allez jusqu’à la joie !
Ne pas craindre la crise de foi
ni la gueule des lendemains qui déchantent
mais rire d’un rire qui déjante !

vendredi 6 juillet 2018

Elle a le cœur gros.Trop gros. Alourdi de tous ceux qu’il porte dans son ventricule droit et son ventricule gauche, ceux qui ne vivent plus qu’à l’aune de ses battements, ceux dont le corps s’en est allé, ceux que la vie a lâché, lassée de soutenir ce qui s’effondrait en eux, en leur intérieur encombrés de pleurs, son cœur gros de leurs souvenirs. 
 
Elle doit s’alléger de leur rumeur, expulser ces squatteurs, son cœur est pour elle, elle seule, elle a tant de choses à découvrir, tant de bonheur à battre à la chamade, fort, fort, ne garder que la légèreté de leurs sourires, et les encouragements à vivre !

jeudi 8 juin 2017

Nouveau monde

Là- bas vers l’orient
(Photo Xanthe- Sorbet (flickr) )
de nouveaux maîtres se lèvent.
Dans leur regard l’audace de la jeunesse,
demain leur fait de grandes promesses.

Ils campent sur leurs frontières face à face,
crient « nous sommes les nouveaux impétrants »
sur un océan qui n’a plus rien de pacifique,
refoulent vers l’ouest un monde qui s’incline.

Dans l’air, l’eau, sur la terre aussi,
des forces inconnues s’organisent
en troupes de cyclones, de raz de marais, de tsunami.
La menace vient des pôles, gonfle dans la fonte de leur glace.

Moi, à cheval sur les deux époques,
des guerres du passé je garde la trace ;
de l’aube nouvelle, je scrute la levée
au travers d’un regard à peine né.

Impuissant je me tais.
Je ne serai pas écouté, je sais.
Alors je contemple l’enfant et suis inquiet,
je me nourris de sa vitalité, et suis désespéré.

Son jour s’éclaire d’une lumière brisée
traversée d’infra rouge et d’ultra violet
soleil rasant la terre à toute vitesse,
ombres qui s’allongent, démesurées.

Lou je ne suis qu’un témoin désarmé
un grand-père sans sagesse
touché par ton innocente hardiesse.

Ton rire fuse par dessus mes années
et je vis par procuration, craintif et confiant
porté par la force de ton optimisme naissant.

Dans le silence et la fraîcheur de mon âge,
tout prés d’une fin dont j’aperçois la nuit,
grâce à toi, j’ai l’affront d’espérer.













lundi 24 avril 2017

On a piraté le bleu



http://lapiotefee.vefblog.net/17.html
On a piraté le bleu. Une rose, une langue bleues. Une rose est rouge ou malade, malade de la maladie bleue. Elle se porte mal, trop mal dans la couleur du ciel. Et puis la langue est rouge comme le sang parce qu’elle vit. Bleuie elle s’altère, défraîchit, appelle le soin.

Qui a détourné le sang, qui se moque du rouge. Qui est ce virus qui infiltre la fleur et la langue. Qui a mis la main sur la couleur, se promène dans nos media en bleu marine quand le mistral assombrit la méditerranée quand se mélangent le rouge et l’azur dans une eau qui n’a jamais demandé cela. Qui sillonne ce pays en escorte bleue de Prusse.

Je voudrais qu’on réserve le bleu pour le ciel ou la mer, ce serait très bien pour nos artères, ce serait très bien parce qu’on sait où ça nous mène le sang bleu avec des frissons dans le dos et pas seulement, avec un drôle de goût sur la langue qui n’a rien d’un pigment, avec d’étranges chansons et des bruits de bottes dans la roseraie.

mercredi 15 mars 2017

Vénus



I

Source Wikipédia
Elle est simplement vêtue de sa texture d’albâtre, me dit dans sa tenue ce qu’il en est d’un corps et de sa beauté. Je l’admire ainsi posée sur son socle, immobile, le geste simple. La main pudique cache ce sein que d’autres ne voudront pas voir, par son geste signale sa féminité au visiteur de musée. On passe devant elle, on s’arrête, on se penche, on admire son hellenité. Quel coup de ciseau, bravo! L’innocence de la vertu, avez-vous remarqué ? Le guide explique, le touriste se nourrit, photographie, s’esbaudit. Tout de même ces grecs ! On discute art, on discute histoire de l’art, classicisme, références, on vante le génie de Polyclète. On discute canons, on discute modèle. On discute pierre, couleurs, toiles, lumière, contre-jour, grâce, on discute abstraction, modelé, modèle, expression d’un artiste, vision esthétique, habileté, originalité. On habille la belle d’ornements choisis, d’une technicité raffinée. On s’en met plein les yeux. La norme du dévêtu s’offre à nous sans choquer. On n’est jamais nu tant qu’on est habillé des conventions de notre âge.

II

Je te montre de moi l’usure des ans, son trajet écrit à même la peau, d’abord vierge de toute écriture développé riant et plein d’espoir dira-t-on – mais que sait l’enfant à naître de l’épaisseur du temps ? Ce corps lisse et potelé que mes parents ont rêvé a cheminé porté par leur regard, beau comme un dieu et peu à peu désenchanté quand la chair d’abord enthousiasmée butte contre l’acidité de la déconvenue. Une vie s’écrit bon an mal an entre sourire et tristesse, entre grisaille et couleur.

Je te montre de moi ce qu’il reste d’une certaine dignité sans fard avec ses plis et replis sur eux mêmes appuyés. Disgrâce, incongruité, murmures-tu parce que cette humanité-là ne s’affiche pas. A peine ose-t-on la signaler d’un mouvement discret, du menton par exemple. Tu as vu comme il a vieilli ? Vieilli. Quel vilain mot ! Oser ainsi afficher ce que l’homme contemporain fuit, l’incarnation d’une peur qu’on refoule. Dois-je m’exiler dans ces lieux reculés où l’on nous concentre, peintures pitoyables, témoins effrayants de votre futur. Je suis l’image que l’on cache, je suis le terme que l’on tait.

Dans ta moue à peine voilée, tu me montres l’aversion que je t’inspire : entre vie et mort ce non lieu où tu me repousses, mon âge médicalisé, prothèsé. Ma vie ainsi soutenue a perdu jusqu’à l’honneur d’être sage qu’on consulte. Tu me montres de moi ce que je ne suis plus, visage plein de vigueur, peau tendue vers son futur, confiant, désirable, autorisé à aimer, se montrer, se dénuder sur pellicule ou plage de sable, à s’exposer dans une écriture convenable.

III

Mais ce moi devient présentable n’est-ce-pas, quand il est mis en scène, en portrait, fixé sur papier glacé, de plain-pied, le regard riant ou perdu. Moi acteur, à mon corps défendant, d’une sénescence commentée, graphiquement admirée à travers le regard des Beaux Arts qui ont su si bien me déshabiller. Moi, senior au ventre qui bedonne, aux seins qui pendouillent jusqu’à rejoindre le nombril, aux mains, aux lèvres, au regard mis en gros plans pour le labeur des heures, je trouve grâce à tes yeux émerveillés. Le vieux se fait expression d’art, humanité dessinée, noblesse d’une sagesse peinte, filmée, enfermée, emprisonnée, encadrée, dévitalisée.

Mais ferme les yeux et suis moi. Un jardin aux allées de gravier, une fontaine avec sur son promontoire une Vénus sensuelle. Le bruit suave de l’eau. Autour, des bancs, des enfants qui jouent. Puis elle et moi assis. Ma main sur sa joue fripée, mes lèvres sur ses lèvres plissées, dans ce parc, notre amour ridé sur bancs publics. Mon dieu et devant des enfants! Nous voilà devenus la part obscure du désir : informes d’homme, innommables vieux.



Et tu me montres de moi la gêne que t’inspirent nos élans. Une tendresse chenue passe encore, mais se toucher, se caresser, faire ces choses empreintes de sexe, d’orgasmes, de halètements, à nos âges ! Tu nous a surpris, oui, comme si nous étions voleurs. Voleurs de désir. Car tu vois seulement la crudité d’un appel que notre chair flétrie ne peut sublimer, là où nous ne voyons qu’envie d’être l’un à l’autre attachés, libérés du décompte de nos heures.