Affichage des articles dont le libellé est bonheur. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bonheur. Afficher tous les articles

lundi 7 mars 2016

Sois la bienvenue.



Il fait nuit. Trop de silence autour de son lit. Il branche sa musique. Il est seul avec la voix du chant qui scande dans sa tête quelques notes auxquelles les mots s'accrochent. Il rêve de corps, de chaleur, d'être un plus une. Il vibre dans le cri du slam. Il entend : vivre avec dans le mot la force d'une conviction.
Mais il se résigne.
- Vivre à l'heure où l'on pèse le bon contre le médiocre, le bonheur au crédit et son contraire en débit. 

Ce que dit le slam

- Et si la balance penchait coté défi?

Il écoute et se demande ce qui existe pour lui dans la lumière frêle de sa liseuse et quelle vie s'y déploie. Un fauteuil son coussin, un bureau un clic-clac, quelques livres sur une étagère, et la nuit puis son silence.Tous attendent le baiser de la princesse pour applaudir. Rien ne vient ni de son intérieur ni de son proche extérieur.

Et la voix baignée de mélodie psalmodie :

-  Souris 
Sourire. J'aimerais

- J'aimerais, expression d'un souhait mais il n'y a pas de fée entre tes murs pour l’exaucer. Pas de fée, que des comptes à rendre, quand tout se défait. Alors cherche une autre issue dans ce qui suit le terme d'une vie. Cherche une lumière, une trouée de ciel dans le fond du tunnel . Espère.

- Je veux vivre à plein. Vivre et non vivoter, boire et non siroter. vivre mais pas en vain. Je voudrais...

- Voudrais dis-tu mais déjà tu capitules. A qui demandes tu la permission ? Tu es le vaincu, où est ton vainqueur ? Pas de renonciation. Cherche, sors de ton trou, jette tes écouteurs, écoute la musique dans l'air et le vent. Respire l'embrun, tend la joue au bonheur qui te gifle, fais sauter tes verrous.

- Son visage salue la vie. Elle vient juste de naître, s'en fait déjà une fête, elle rit.

- Elle te regarde, plante ses yeux neufs dans ton œil désabusé. Elle est confiante, elle attend dévore. Tant d'appétit dans une jeune vie. Tu la vois tu la questionnes tu lui parles d'une voix qui joue sur le ton de la légèreté, elle te prend au pied de l'être, tu dois te remplir des accents de la gaieté, surjouer le bonheur, protéger sa vigueur …

- Dedans je souffre, dedans je doute, dedans je hais ma bouche qui se fend quand de mon for intérieur je le défends. Dedans à l'envers du dehors de l'autre coté du décor, sous le masque du clown ma tristesse face à elle qui ne joue pas une fausse liesse. Elle rit dans nos bras, entre dans notre ronde pas très ronde autour de ce nouveau monde . Elle, existe de nos mains, à peine blottie déjà rebondit, suit la courbure de son temps. Elle. Que pense-t-elle. Que penser d'elle. Que penser pour elle.

-Trembler parce que demain n'a pas la couleur d'un rire ? Elle, elle par qui tu accroches la lumière, devient corps constitué, histoire qui va se construire à plusieurs voix.

lundi 7 décembre 2015

Quelque chose dans l'air


Il ouvre ses yeux, et la fenêtre.
Il se lève, regarde le ciel tranquille, son bleu immobile et en dessous le tumulte des gris.

Il se dit :
- Et si c'était la dernière...

Il aime,
la rectitude des toits de tuiles,
il aime,
la géométrie rassurante de sa ville,
les maisons posées sur le bord des rues,
leurs yeux ouverts ou clos selon l'heure.
Il se dit :
- la dernière... .

Il s'immerge
dans le ronron familier des moteurs,
dans le bavardage hypnotique des foyers,
les bruits assourdis d'un jour précieusement ordinaire.

Et si c'était....

Il touche la ville des doigts,
sent sa rugosité le pénétrer,
il éprouve la dureté des trottoirs par ses pas nonchalants ou non,
glisse son épaule sur d'autres épaules
et se régale de leurs frottements légers.

...La der des der.

Il suit un parfum qui le prend par le bout de son nez,
chevauche sa fragrance ondoyante,
il dévie capturé par l'odeur d'un café,
fuit les fumées âcres échappées d'autos aérophages.

Sans cesse il se répète :
si c'était la dernière fois...dernière fois que ce jour se lève.


lundi 30 novembre 2015

Comme il faut


On disait de moi : quelle gentille fille, comme vous en avez de la chance. J'étais fière et je voyais dans les yeux de papa, de maman les néons de la récompense clignoter. C'étaient de bons parents. Maman me serrait contre elle et papa me regardait avec le tressaillement d'un amour sans bornes.

Je disais bonjour monsieur, bonjour madame,
je disais s'il vous plaît madame,
merci monsieur, bonne journée monsieur.  

Et les adultes fondaient comme glace au soleil.

J'étais polie, joliment aimable, bouche en cœur, 
douceur candide d'une innocence bien cultivée.

Je ne mettais pas mes coudes sur la table,
mangeais de tout un peu,
je levais la main haut pour porter la fourchette jusqu'à ma bouche
que je fermais pour mâcher muette.

Et les passants à mes parents :
mon dieu la belle enfant.
Mes parents étaient de bons parents.

Se laver les mains avant de passer à table,
se laver les mains quand on a touché la terre,
la poignée de la porte des toilettes,
et la main de ma grand-mère.

J'ai grandi.
 
Aujourd'hui je trie mes déchets, la poubelle orange, les papiers et les journaux,
il doit rester zéro
et tous les jours je mange bio, bio tous les jours.
Aujourd'hui papa et maman ne sont plus là pour me dire ce qui est bien.
Mais je me débrouille.

Je dis
black, blanc, beur
SDF, sans travail.

je dis bonheur la bouche en cœur,
je dis joie et amour,
je dis dieu un peu mais toujours avec ferveur,

je n'ai jamais un mot plus haut que les autres.
 
J'ai fait des études, fait mon droit, mon bon droit,
suis avocate maintenant et parle comme il se doit,
comme il se doit que je parle
quand je défends la veuve et l'orphelin,
l'opprimé et le déprimé,
le délinquant et les escrocs,
tous ceux qui ne font pas les choses comme il faut,
comme il se doit qu'on les fasse

parce que papa et maman ne leur ont pas appris comment il fallait faire comme il faut.
S'ils l'ont fait ils ne l'ont pas fait comme il fallait sinon leurs enfants ne seraient pas délinquants ou bien ils ont tout fait comme ils devaient faire mais leurs enfants n'ont pas écouté.

Ils ont choisi le chemin des quartiers,
des mauvais quartiers où l'on nique ta mère,
l'on se la joue chelou, avec des yo et yes,
où l'on parle avec l'air méchant et les gestes qui vont avec wesh wesh,
parce qu'ils sont des gens bien comme il faut dans ces quartiers comme il en connaissent,
pas plus méchants que moi
avec mes s'il vous plaît,
mes merci,
eux avec leur yo et yes dedans ces quartiers où dit-on , on ne fait plus de quartiers,
ces endroits remplis de jeunes comme il se doit quand on vit là où ils vivent….

Là,
j'en ai vu un qui faisait la honte de ses parents parce qu'il ne parlait pas comme il faut.
Et les parents étaient tout dépités, dépités d'avoir un fils pas comme il le faut
et les gens qui passaient, savaient qu'ils avaient fait tout ce qui était dans leur pouvoir pour corriger le black mouton,
et les voisins disaient pauvres parents c'est dur d'avoir un fils pas comme il faut
qui dit bonjour, bonsoir, merci au revoir,
tous ces mots des mauvais quartiers
où l'on se drogue,
où l'on se bat,
où les enfants sont dans la rue jusque très tard,
les enfants des quartiers sombres, pour ne pas dire…

cet enfant a grandi, mal tourné, tout le temps fourré dans d'autres quartiers,
son père et sa mère ne sont plus là pour se désespérer mais lui ne s'en plaint pas.
Il me dit même qu'il se porte mieux avec des mots choisis,
des mots des quartiers où j'ai grandi,
des mots qu'il a adoptés,
qu'il dit avec respect parce qu'il a appris à les aimer,
et moi qui les savais tous, les prononçaient soir et matin comme un robot
je ne les reconnaissais pas quand c'était lui qui leur donnait la vie.

Alors j'ai épousé ses mots avec la robe qu'il leur avait modelée et on s'est marié dans toutes les langues avec tous les mots bien pensants ou non, choquants ou non, avec les mots de tous les quartiers et avec bonheur aussi.

jeudi 26 novembre 2015

Quotidiens

7h : Il se réveille. Pas besoin d'alarme, son corps s'est calé sur l'horaire. Il se lève immédiatement. Il n'attend pas, il n'attend plus dans son lit…
- Pourquoi le faire quand on dort seul, que pourrait on espérer : une fée perdue ou noyée dans une mare de whisky, au mieux une compagne éphémère ? La chaleur d'un corps, une respiration ce serait bien…
Trop bien pour lui sûrement. Non, la seule chose qui respire dans cette chambre cagibi c'est lui.

7H05 : Il se douche, juste le temps de se laver, de se rincer des illusions nocturnes ou de quelque rêve coincé dans l'éveil comme une mouche prisonnière. Cinq minutes pas plus, il faut économiser l'eau. Il aime bien sa douche. Douche à l'italienne.
- Il n'est pas assez naïf néanmoins pour la dorloter comme une amie.
Il n'est pas amoureux de sa création comme de nombreux bricolos qui remplissent les heures vides par un trop plein d'agitations ingénieuses.

7H15 : Il allume la télé, programme pour enfants, s'allonge sur le canapé, se couvre d'un léger duvet, passe du mode sommeil à celui de l'éveil. Tous les matins seront pareils.
- Pourquoi, vieil automatisme du temps où sa fille était toute petite ?
Non, pas automatisme, le mot ne convient pas, il est volontairement dévalorisant parce qu'il assèche son contenu, parce qu'il fait de lui une machine à vivre plus qu'un homme qui réfléchit, aime, pleure, colère. L'automatisme est dans la répétition du geste pas dans sa teneur.
- Il allume une télé.
Non il ouvre une fenêtre sur un temps de bonheur, sur des souvenirs augmentés d'une aura de joie plus intense que vécue. Il aime les voix faussement candides d'un Titeuf – et Bérénice, ça il rajoute bien sûr, ou encore Scoobidooo .
- Il a des goûts plutôt déplacés : à son âge suivre des émissions pour enfants.
Non, il aime parce qu'il entend la vie banale des jours heureux, les petit déjeuners quand sa fille avait cinq ou six ans, qu'il était marié mais ça ce n'est pas important, il a oublié mais il n'oubliera pas sa fille, sa voix qui résonne encore dans sa mémoire, la joie, les rires, ses cheveux tout blonds à cette époque, son survêtement vert, elle, devant la télé...
Pour avoir cinq minutes de calme avant de partir sinon la télé…
il n'y tenait pas plus que ça, la maman peut-être, pas sûr. Aujourd'hui, trente années après il reste la chaleur de ce moment ranimée par quelques images intemporelles.
-Un Éden pour remplacer une vie ?
Peut- être mais il exagère, il théâtralise...
- La main sur le front, le visage qui questionne le ciel, le regard perdu, le dos tourné à son interlocuteur imaginaire qu'il repousse d'une main tendue, harassée, expression tourmentée, corps abattu.
Il n'est pas comme ça mais il en sourit et c'est déjà ça de gagné. Demain matin il y repensera et le souvenir reviendra. Ça durera un quart d'heure. C'est toujours ça de pris sur la mélancolie.

7h30 : Le moment du café. Avant il n'en buvait pas. L'habitude lui viendra avec sa femme, la mère de son enfant, grande consommatrice. Ils étaient jeunes, partaient le matin à la dernière minute, filaient à toute vitesse avec juste le temps d'avaler un express. Tout a disparu sauf la tasse qui est devenue bol puis cafetière. L'odeur revient de loin comprenez vous. Familière, enveloppante, rassurante, douloureuse également. Pas de tartines beurrées à l'époque, non pas le temps. Il mangerait mieux à midi. Aujourd'hui une cafetière quatre tasses, monument posé sur son socle de faïence rouge, attend. elle arrive directement d'Italie avec la langue qui chante à l'intérieur et l'affection de sa fille.
- Un cadeau ?
Oui. Elle vient de Rome exactement.
- Il prendra une gorgée de café, d'amour, de rêves, de souvenirs.
Son souvenir bout sur la plaque de cuisson. L'eau chauffée est contrainte de passer dans la poudre, se charge de son arôme, s'en trouve colorée. Elle circule avec un gargouillis ronchon d'une qu'on oblige, qu'on dérange dans son équilibre d'eau et elle en exprime le désagrément, fuit à travers une faiblesse du joint, s'évade, s'évapore brûlée au rouge halogène, bave coléreuse, se répand en pellicule marron. Il écoute l'habituelle complainte de la cafetière, la retire du foyer, verse le sombre nectar dans un bol jaune écaillé de noir.
-Le même depuis des années ?
Le reste d’une époque qui s'est mal terminée, un bol sans histoire sauf s'il devait se briser car tout à coup elle réapparaîtrait histoire fantomatique, brève et chaotique, violente et passionnée.
- La complainte du café.

7h40 : il se sent un peu café, les Lapins Crétins aussi derrière l'écran mais sa fille bavarde à ses côtés.
- Le train-train de l'ordinaire mi vrai, mi rêvé.
La voix de l'enfance, de toutes les enfances, la sienne, celle de sa fille, de ses sœurs et frères, de ses camarades d'antan. Enfance de campagne, enfance de nature, contre la vie des villes...
- Où l'on n'est jamais aussi seul que dans la multitude.
Silence de voisinage jamais rencontré...
- Silence de couloir, silence du soir, nocturne sans musique, pas d'échange, pas de connaissance de pallier.
Pourtant deux mètres au-dessus de lui, quelqu'un se douche, ça s'entend un peu, quelqu'un prend son petit déjeuner, peut-être du café.
- Pourtant à coté, dix centimètres au delà du mur de béton quelqu'un se lève, respire, écoute la radio ou regarde la télé. Dix ou vingt centimètres tout au plus...
- Et cela suffit pour s'ignorer les uns les autres.

8h : Il s 'habille parce qu'il le faut…
- Il ouvre ses volets roulants parce que ça se fait…
range son appartement parce qu'il n'aime ni les pièces de musée qui sentent le rigide à plein nez ni le capharnaüm qui dénonce le désordre intérieur, le laisser aller des occupants.
Il vit parce qu'il le faut, parce qu'il n'aime ni le désordre ni l'ordre impérieux. Il vit tout simplement comme il peut, les mains dans un bonheur discret avec une bonne dose de renoncement et une autre de rébellion.
- Il vit comme ça tous les matins ?
Il vit comme ça tous les matins des jours qui se déplient page après page, entre passé recomposé et présent palpable mais pas encore complètement construit. Mais...
- Mais l'autre jour…
Mais il y a aussi les week end, les petits déjeûners à deux, dans une chambre de soleil radieux…Avec de la souplesse dans l'air, des bavardages, une voix de chair, la voix d'une belle âme chère….
- Sa belle amie si chère.
Tout se mélange et cela fait une dose de légèreté à déguster dans une lampée…
- de café ?
avec le sourire s'il vous plaît
- Tous les jours ?
Non, l'autre jour… mais… non. L'autre jour il n'a pas suivi les programmes coutumiers, il n'a pas regardé la télé, sa fillette de cinq ou six années s'est tue, sa belle âme, belle amie s'est blottie contre lui. Ils avaient les pieds pris dans les mailles du quotidien mais d'un quotidien pas du tout ordinaire, un quotidien dont ils sentaient les griffes sur leur peau et les morsure sur les bras, sur les jambes, balafres vicieuses...
- Des coupures dans leur ville.

Les blessures de Paris percutent leur vie.




mardi 10 novembre 2015

Petits bonheurs


Les gens heureux sont silencieux, passent dans nos vies à pas de loup. Ils laissent au dessus de nos yeux un grand panache bleu qui traverse nos cieux. C'est la comète des gens heureux. Et tu sautes et tu lèves le bras comme l'enfant d'autrefois sur son cheval de bois.

Les gens heureux n'ont pas d'histoire, les gens heureux ne font pas d'histoires, les gens heureux ne font pas l'Histoire à coup de hache majuscule mais nous les seigneurs de guerre nous aimons mieux le roulement du tonnerre, les grands débordements de colère, les choses saignantes, aux grands attachements qui nous collent au cœur comme un caramel mou s'agglutine à nos dents.

Nous adorons le sans amour. Nous sommes si loin dans nos déserts, désirs de querelle, si loin de cette comète dont on ne voit que le bout du bout de la queue.

Les gens heureux ont une petite histoire avec une hache en minuscule. C'est pour tailler le bonheur en allumettes, en faire des boîtes que l'on donne aux petites Suédoises quand les rues sont froides, le bonheur en boîte, boîtes d'amulettes pleine de lumière, pour nos petites Suédoises que l'on appelle toutes Lucie les jours sans lumière de Suède ou d'ailleurs.

Quelle drôle d'histoire. Je préfère les grandes salves au flash d'une allumette, les grandes slaves aux petites Suédoises. Je hais le goût du miel, la tête du Prince Charmant.

Lucie aimait les allumettes qui crachent un instant de bonheur dans la flamme qui la brûle. Lucie a craqué toutes ses amulettes. Elle brûle maintenant dans une boîte de bois blanc. Lucy in the sky with diamonds, in the sky with daimons.

Et les gens heureux demeurent silencieux, ils passent toujours dans nos vies à pas de loup et nous les loups chérirons toujours l'obscurité des choses.

mardi 3 novembre 2015

La petite Suédoise

Les gens heureux sont silencieux, passent dans nos vies à pas de loup. Ils laissent au dessus de nos yeux un grand panache bleu qui traverse nos cieux. C'est la comète des gens heureux. Et tu sautes et tu lèves le bras comme l'enfant d'autrefois sur son cheval de bois.

Les gens heureux n'ont pas d'histoire, les gens heureux ne font pas d'histoires, les gens heureux ne font pas l'Histoire à coup de hache majuscule. C'est parce qu'on aime la guerre, le roulement du tonnerre, les grands débordements de colère.

Ça nous réconforte à nous les sans amour.

C'est parce qu'on aime les chose saignantes, les grands attachements qui nous collent au cœur comme un caramel mou s'agglutine à nos dents. Nous sommes si loin dans nos déserts de guerre, nos désirs de guerre, si loin de cette comète dont on ne voit que le bout du bout de la queue.

Les gens heureux ont une histoire avec une hache en minuscule. C'est pour tailler le bonheur en allumettes, en faire des boîtes que l'on donne aux petites suédoises, dans les rues froides, la nuit de notre grande fête, les rues froides des petites suédoises, le bonheur en boîte, boîtes d'amulettes pleine de lumière, pour nos petites suédoises qui s'appellent toutes Lucie, les jours sans lumière de Suède ou d'ailleurs.

Lucie aimait les allumettes qui crachent un instant de bonheur dans la flamme qui la brûle. Lucie a craqué toutes ses amulettes. Elle brûle maintenant dans une boîte de bois blanc. Lucy on the sky with diamonds.

Et les gens heureux demeurent silencieux et passent toujours dans nos vies à pas de loup.

mardi 27 octobre 2015

Paradis

http://dor24.com/histoire/pyrite-or-fous
Dis sans lieu à cent lieues je ne sais où là-bas, dis lorsque j'étais ce que je ne serai plus, dis l'or qui dort au creux de mon rêve et contre l'ordre de l'ordinaire, terre de contre temps, terre de nos regrets qui recrée à plaisir la plage de nos châteaux de sable, châteaux en Espagne défait grain par grain et refait grain à grain sur ce qui n'est plus tout à fait présent : nos vies d'avant dorées à l'or de notre mémoire et de ses grimaces, le corps et l'âme embellis, paradis de nos vies ravies qui nous ravissent ainsi ravivées. Et nous voilà tristement heureux au rappel de ce moment qui nous ment à ne plus savoir où nous pousse sa voix, mot qui nous parachève : paradis, paradis de pacotille paradis d'opéra, paradis dit perdus qui nous conjuguent
à l'imparfait.

vendredi 23 octobre 2015

Il était une fois

Photo Barabara P
Un vieil homme et son petit fils contemplent la rue qui passe sous leurs yeux. De mon temps dit le vieillard et demain papi répond l'enfant mais papi n'écoute pas. De mon temps c'était une épicerie ici. Et là, vois tu, à la place de cet immeuble qui mange notre ciel, une toute petite maison, dans cette petite maison, un petit garçon dans un short marron, marron parce que c'est moins salissant que le clair disait sa maman, et dans ce petit garçon au short marron un cœur qui bat et gambade, rit, invente des histoires, rêve à demain. De mon temps il y a bien longtemps.

Et l'enfant écoute dans son présent, voit l'immeuble et le petit garçon devant, un petit garçon de son temps. Il entend il était une fois et pense quand je serai grand, parce que son avenir l'attend plus loin, les bras ouvert, c'est du moins comme ça qu'il le voit pour l'instant mais ça ne le préoccupe pas vraiment. Il a le temps devant, papi l'a derrière. Le petit enfant flotte dans le conte de son grand-père, s'émerveille de la magie d'une vie qui sent bon le thym, le romarin, le ruisseau, les vergers et les vignes, les oiseaux et leur chants, une vie d'avant, une vie de contes et de fées, une vie de musée. Et papi regarde son petit fils avec la tendresse du passé, dans ses yeux la sagesse contrainte de celui qui sait que demain est un trou noir. 

Il écoute l'enfant qui dit : 
quand je serai grand 

et il entend : 
il sera une fois.

lundi 21 septembre 2015

Paradis

Sourires aux dents blanches jusqu'à l'aveuglement, visages sans rides, visages que l'on aime d'emblée : un père et devant sa fille. Un bonheur s'invite. Le regard vers ce point que nul ne voit, en deçà du cadre, en deçà du présent.

Derrière eux, le blanc d'un rêve, le blanc du temps, blanc de l'oubli, blanc du non lieu.

Et l'on se dit j 'aimerais, j'aurais aimé, j'aurais pu aimer et l'on se prend à vagabonder dans ce blanc, à le remplir d'un décor fait d'arbres et d'oiseaux, d'un ciel éternellement bleu et pourquoi pas la mer et pourquoi pas des voix d'enfants, pourquoi pas une comptine comme un refrain juvénile : une souris verte qui courait dans l'herbe...une petite souris pour de grands sourires et l'ogre qui croque, croque surtout les enfants malheureux, voilà pourquoi dans les photos ils sont toujours gracieux. Et l’œil derrière l'appareil à photo, l'œil qui cadre se plisse et qui rit ? L’œil d'une femme, l’œil d'une mère, l’œil aimant, l’œil aimé, celui qu'ils regardent de leur yeux photographiés, lointains, de plus en plus lointains fatigués de s'exposer année après année.

Paradis, paradis d'or que l'on adore sur son papier usé, à demi effacé. Ce paradis ne parade plus, de l'or il ne lui reste que l'âge, un or que l'on n'envie que s'il demeure sans, car tous nos paradis sont paradis perdus.

mercredi 2 septembre 2015

Un amour de quotidien



Petits plaisirs

Cet or du fond de tes yeux, or fondu au bleu d'un ciel si profond si délicieux, cette symphonie à bec et à plumes par dessus, c'est du beau, du bon, du bonheur, mais…

Cet amour, pour toujours, à jamais, pour la vie, câlins, caresses, cadeaux et tous nos débords heureux; cet amour trace son quotidien, nous emporte sur son chemin. Mais...

Mais la mélodie modelée au fil de nos baisers délie le cœur du corps qu'elle anime, mélodie s'élime, rengaine s'assèche.

Petite aigreur, petite rancœur, petite fadeur, petite humeur, petite tumeur...tu meurs petit bonheur dans le chant d'un fado, do mi fa, do mineur. Et nos gazouillis, roucoulades, reculades s'enchaînent, nous enchaînent, nous gênent, nous irritent, nous tintamarrent, marre de cette volière qui serine, ressasse, rabâche, agace, encolére, tenaille…

ça nous met hors de nous. Hors du beau du bonheur et tu ressens dans la friction de ces heures, dans leur frottement lancinant, l'usure chagrinée de ce qui perle devient lèpre. L'envers de l'endroit, mais…

Mais les petits plaisirs font nos grandes rivières qui font les grands océans qui font les grands débordements et nos petites joies s'engloutissent dans de grandes catastrophes, alors…

Alors une petite colère, une gentille dispute, un mot juste plus haut que les autres, pas trop loin, pas trop fort, ni trop bof ni trop beurk, pas trop... ni trop... juste un peu de sel, un peu d'oxyde, un peu de sable, un grain, un brin de bof, de beurk, un petit cri, petit gris gris qui nous protège de nos peurs ...

un amour de quotidien.

lundi 1 juin 2015

Eclats de rire

https://www.facebook.com/pages/Collection-de-bonheurs-et-déclats-de-rire
Quatre pintes de rire au levez ça vous sonne ça vous résonne dans les oreilles ça vous met en liesse,

Quatre pintes de rire au p'tit dèj et allez de l'ivresse au réveil et dans ce clair matin un air pareil au soleil.

Riez riez contre les lèvres de vos amis jusqu'à la contagion et surtout ne vous vaccinez pas, virez, virez, riez, rêvez en rire jusqu'à vous en faire éclater la gorge.

Riez riez viralement riez, au nez, à la barbe, au pire sous riez, déposez des collets sur vos chemins de tristesse, étranglez vos sanglots, mort aux idées noires.

Rire re rire et rire encore, jusqu'à la cime, au nirvana. Rire rire à décaper la nuit, faire briller la vie.

Rire blanc, rir'étoil' et sonner de rire, brailler jusqu'à l'étouffement, faire trembler le sort.

Texte, © Joël Carayon

samedi 25 avril 2015

Bonheur.


Bonheur.
Luë, forêt de pins © Radio France - 2013

Ma pinède, 
ses pins qui montent comme des ratures, 
son souffle de dedans, vers moi qui le recueille. 






photo : Leonardo Amaro Rodrigues


Bonheur.

Aujourd'hui je n'ai pas eu mal,
aujourd'hui je n'ai pas eu faim,
je n'ai pas été seul,
je n'ai pas eu de folies ni fait de crises.





Texte, © Joël Carayon 

lundi 6 avril 2015

P'tit gars

- Le ciel était noir devant mes yeux, trop noir. Et vivre assis sur un trottoir froid, froid de la manche, froid des passants, froid des regards qui se ferment comme des portes de prison, c'est pas vivre !
Avant j'étais maçon, artisan maçon mais ma petite entreprise, mon bébé a fait faillite. J'ai tout perdu et beaucoup de moi s'en est allé à la dérive.
De glissades en glissades, de porches en perrons, d'années en années, de petits boulots en petits boulots, la peau s'endurcit mais à l'intérieur la mémoire pleure la vie perdue. Et me voilà sur le rebord de ce pont, vagabond moribond. En dessous de moi le noir comme en dessus. Le noir de l'eau sous le pont où coule le froid de mon reflet.

Je me suis dit :

-A quoi bon , un pas tu sautes et c'est fini ! A quoi bon vivre sans personne à aimer ni à qui penser, à quoi bon si c'est juste pour mendier… et si je meurs qui me regrettera. Je laisse rien derrière moi. Allez.

J'étais prêt pour le dernier round quand ce « P'tit gars » s'est amené…

L'habitant du quartier :

- Je le vois tous les jours devant la porte de mon immeuble quand je rentre ou je sors, qu'il pleuve ou qu'il vente. Avant il était tout seul et maintenant avec son « p'tit gars » comme il dit. Ah ça l'a bien changé cette rencontre, il a tout le temps le sourire c'est à peine croyable, et toujours poli avec ça, même si les passants sont pas sympas.

Un jour je sais pas pourquoi, j'ai pris ma journée et je suis allé le voir. Je devais faire quelque chose, impérativement. Je l'ai trouvé au même endroit avec son petit carton posé devant lui : « 1 pièce ou quelque chose à manger pour tous les deux s'il vous plaît ». C'était un jour glacial. Ils se réchauffaient l'un contre l'autre, les yeux remplis d'une affection profonde et presque désespérée. Je lui ai demandé : on peut se parler ?...

Ce qu'en dit « P'tit gars » (autant qu'on puisse l'imaginer) :

- Il était là sur le rebord du pont. Dans son odeur j'ai flairé l'envie d'en finir. Alors j'ai fait ce que nous autres les errants savons faire. Je l'ai attrapé par son pantalon et l'ai tiré en arrière pour qu'il perde l'équilibre et saute, mais du bon coté de la vie. C'est ce qu'il a fait. Ses yeux m'ont dit merci, sa main m'a offert son dernier cookie. Depuis on ne se quitte plus. Deux à la rue, deux sans collier, deux pour se faire chaud au corps et au cœur. On dort l'un contre l'autre, serrés jusqu'à mêler nos souffles, mélanger nos odeurs, jusqu'à nous sentir un. Il faut bien ça, les nuits sont brutales ici...

L'habitant :
- Je lui ai demandé :"On peut se parler ?" Il m'a regardé avec dans le regard l'interrogation méfiante de celui qui sait ce que vaut autrui mais qui se donne le droit d'être agréablement surpris.

- Oui, bien sûr on peut se parler mais pourquoi. Au mieux je suis quelconque au pire dérangeant sale et même dangereux. T'as pas peur ? Tu veux peut-être redorer ton auréole de bon chrétien, t'alléger du poids d'une petite culpabilité bien gênante qui traîne sur ta conscience toute propre, bien repassée. Et ce foutu SDF en bas de chez toi ça fait sale. C'est pas beau la pauvreté, la misère hein ?

-Il m'a dit tout ça dans un léger sourire et j'ai répondu : Non, non enfin c'est pas tout à fait faux non plus je suppose mais c'est pas le vrai motif. Vous êtes là tous les deux et vous avez l'air heureux, dans vos yeux l'image d'une belle satisfaction, dans vos corps une sorte de plénitude quand moi je m'en vais le matin dans la grisaille, l'oeil morose et la bouche amère. J'ai mon petit chez moi, mes amis, une petite vie bien réglée, confortable, douce, sans surprise. Je sais où je dormirai, ce que je mangerai, je sais qui viendra me voir. Vous sans bride sur le cou avec l'inquiétude de l'heure qui vient, du soir, de la nuit, du qu'est ce qu'on va manger, quelle soupe populaire, que sais-je encore, moi habillé d'un beau collier avec sa laisse en cuir douillet. Enfin le cliché quoi ! Mais surtout l'affection, l'amour dans vos yeux. Je suis jaloux de ça.

-Bla bla bla, bla bla bla. Le clochard céleste et les poches crevées puis la liberté toute belle, nue dans nos bras d'hommes libres. J'ai pas choisi la rue. Elle m'a pris un point c'est tout, elle m'a recueilli et elle me tient avec rudesse. Elle m'enserre et c'est elle qui couche avec moi sur le trottoir, pas les étoiles. Enfin qui couchait je devrais dire. Pa'c'que ç'a bien changé quand même avec « P'tit gars ». Un jour que j'étais plus bas que les autres jours dans mes chaussettes, je me suis mis debout sur le parapet de ce pont au milieu des gens qui passent mais qui ne voient rien de la vie des autres et ne veulent rien en voir. J'ai regardé l'eau qui coule sans rien voir elle aussi, il y avait au fond mon reflet qui filait dans le courant. A quoi bon je me suis dit et j'ai failli sauter mais ce « p'tit gars » s'est mis à aboyer puis m'a attrapé par le bas du pantalon et m'a tiré vers lui du coté de la vie. Depuis on ne se quitte plus et on ne se quittera jamais. Et je sais que son désespoir ajouté à mon désespoir ça fait pas un énorme désespoir mais un peu de chaleur même quand il fait froid, un peu de bonheur même quand il fait un grand malheur dans nos vies. Et à tous les deux on est presque heureux mais presque seulement. Un bonheur dur comme du béton, cruel comme un trottoir, violent comme la rue. Un bonheur de SDF court et sans lendemain peut-être.

Je sais pas ce qui m'a pris – la conscience sûrement, l'émotion, la culpabilité, le partage qui sait : il y a aussi des motifs nobles, j'ai pris un bout de papier au fond de mon sac, cherché un stylo, un stylo à l'époque du portable... où j'ai bien pu fourrer ce bic... et y en a du barda là dedans. Pas là, pas là ni là non plus … ah c'est pas trop tôt !
J'ai écrit mon nom et mon téléphone sur le bout de papier, je l'ai plié en quatre et l'ai glissé sous le collier du « P'tit gars » en disant à son compagnon humain.

- S'il t'arrive quelque chose, je m'occuperai bien de lui, promis.


 Texte, © Joël Carayon


lundi 23 mars 2015

Au bal des cloches

J'avais la tête ouverte aux quatre vents. Elle y est entrée d'un coup d'ailes et ma maison s'est mise à chanter. J'avais un seul toit au dessus de moi changeant avec le temps. Elle m'a offert sa lumière et j'ai troqué mes étoiles contre son amour. Au soir qui tombe je fermais mes ouvertures, chauffais mon crâne à grande lampée de pinard. Pinard, ah Docteur Pinard. Je me soignais par de larges gorgées d'un acide au goût de vin. Elle m'a nourri de son lait au sein d'albâtre. Je me remplissais d'une épaisseur d'alcool, comme d'autres se calfeutrent chez eux au BBC - à chacun son isolation, elle m'a couvert de sa peau de ciel bleu. J'avalais et je parlais avec mes amis de la beuverie, hommes à tête de chien, perruches au corps de femme, cheveux raidis par la crasse, fardées au noir de leur vie. Elle m'a parlé une langue aux lèvres remplies de miel. Chez nous on boit, on vomit on pisse au même endroit, peu importe tout ça va à l'égout. J'avais la tête à douze degré remplie à exploser, il m'en fallait encore jusqu'à être éponge, sentir le vin et la bière par toutes les pores de ma vilaine peau. Elle a bu ma déprime refermé tous mes lieux de dégoût. On s'est mariés. J'étais heureux comme un prince sur mon nuage bien au-dessus de la rue avec mon ange dans les yeux et sur le cœur. Une éternité de bonheur, cinq années. Faut dire que je suis un autre homme quand j'ai pas bu. Son premier cadeau une belle voiture et dedans son homme au travail s'en allant, fier comme un soleil. Mon premier cadeau le salaire de mon bonheur.

Puis le nuage a faibli. Mon ange aussi. Elle s'est fait un sang d'encre trop longtemps, pour la vie, pour moi, pour ses enfants. L'encre est restée dans son sang. Au début juste une petite dose bleue sur fond rouge, toute petite écriture sous sa peau d'ivoire. Le soir, je rentrais pour la laver, lui faire à manger parce qu 'elle pouvait pas, pour mettre une chanson qu'elle entendait pas parce qu'elle dormait et je l'écoutais pour elle, pour allumer un feu de cheminée qu'elle aimait plus parce qu'elle pouvait plus supporter la chaleur vivante des flammes sur le bois rougeoyant, brûlures rouges et bleues comme son sang. Je l'aimais. Je l'aimais tout le temps. Je l'aimais au quotidien. Je l'aimais quand je lui racontais le ciel au bleu de ses yeux, sur ma vie pour toujours. Je l'aimais dans son sourire attristé. Je la veillais, je caressais sa peau dans son sommeil avec la lune comme compagne et confidente. Peu à peu l'encre a bu tout le sang et le bleu de ses yeux s'est noyé dans ses veines. Alors la rue est revenue de petits verres en petits verres dans notre foyer, au centre de ma vue, la rue et sa veine aux couleurs de sa vie. Elle s'éloignait toujours plus, fréquentait un monde sans moi avec du froid tout autour je crois, revenait de moins en moins de son sommeil. Puis elle n'est jamais plus revenue. Mon ange non plus. Au début un tout petit cancer, une toute petite leucémie, soyeuse et douce qu'elle a chérie, juste un petit animal ronronnant dans son sang qu'elle a nourri et qui boira toute sa vie. Elle est partie et moi un peu avec elle. Maintenant je bois du bleu qui n'est pas de ciel, un sang qui n'est pas le sien. 

Texte, © Joël Carayon 

jeudi 8 janvier 2015

Déjeuner























Aujourd'hui il fait beau,
quelle banalité.
La pie jacasse sa gaieté dans son pin
la colombe en roucoule.

Et moi je trempe ma tartine du matin
dans ce bain de lumière, dans ma rage de bonheur,
je mords dans ma tranche de vie
de tout mon bleu d'azur, de toute la virginité d'un air à peine né,
jusqu'au débordement, jusqu'à l'épidémie,
jusqu'au désespoir.
J'en pleure de rire
j'en ris de bonheur,
je m'enduis de joie...

je m'ennuie de toi,
le calice de mon vertige
la cerise sur mon bonheur.
Que mon virus se propage
sur tes lèvres,
hilarant exubérant,
sur tes yeux,
beaux comme l'or de ce matin.

Texte, © Joël Carayon
Photo Martin Beek , le déjeuner sur l'herbe de Manet