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lundi 24 avril 2017

On a piraté le bleu



http://lapiotefee.vefblog.net/17.html
On a piraté le bleu. Une rose, une langue bleues. Une rose est rouge ou malade, malade de la maladie bleue. Elle se porte mal, trop mal dans la couleur du ciel. Et puis la langue est rouge comme le sang parce qu’elle vit. Bleuie elle s’altère, défraîchit, appelle le soin.

Qui a détourné le sang, qui se moque du rouge. Qui est ce virus qui infiltre la fleur et la langue. Qui a mis la main sur la couleur, se promène dans nos media en bleu marine quand le mistral assombrit la méditerranée quand se mélangent le rouge et l’azur dans une eau qui n’a jamais demandé cela. Qui sillonne ce pays en escorte bleue de Prusse.

Je voudrais qu’on réserve le bleu pour le ciel ou la mer, ce serait très bien pour nos artères, ce serait très bien parce qu’on sait où ça nous mène le sang bleu avec des frissons dans le dos et pas seulement, avec un drôle de goût sur la langue qui n’a rien d’un pigment, avec d’étranges chansons et des bruits de bottes dans la roseraie.

lundi 7 décembre 2015

Quelque chose dans l'air


Il ouvre ses yeux, et la fenêtre.
Il se lève, regarde le ciel tranquille, son bleu immobile et en dessous le tumulte des gris.

Il se dit :
- Et si c'était la dernière...

Il aime,
la rectitude des toits de tuiles,
il aime,
la géométrie rassurante de sa ville,
les maisons posées sur le bord des rues,
leurs yeux ouverts ou clos selon l'heure.
Il se dit :
- la dernière... .

Il s'immerge
dans le ronron familier des moteurs,
dans le bavardage hypnotique des foyers,
les bruits assourdis d'un jour précieusement ordinaire.

Et si c'était....

Il touche la ville des doigts,
sent sa rugosité le pénétrer,
il éprouve la dureté des trottoirs par ses pas nonchalants ou non,
glisse son épaule sur d'autres épaules
et se régale de leurs frottements légers.

...La der des der.

Il suit un parfum qui le prend par le bout de son nez,
chevauche sa fragrance ondoyante,
il dévie capturé par l'odeur d'un café,
fuit les fumées âcres échappées d'autos aérophages.

Sans cesse il se répète :
si c'était la dernière fois...dernière fois que ce jour se lève.


jeudi 29 octobre 2015

Face à face

photo letra calma
Un visage devant toi, une peur qui l'anime
et s'il n'y avait pas de double mine,
saurais tu dire ce que tu es.

Face contre face
ce reflet sombre dans ton regard blanc.
Blanc contre noir.
Qui est l'un et qui est l'autre.
L'autre ?
Cela ne peut pas être toi mais lui
parce qu'il est de nuit,
simplement étrange.

Et les sons qu'il émet,
langue contre langue,
sont perfides bien sûr
pour toi blanche colombe
que sa différence blesse.

Œil pour œil
vos regards croisent leur fer
mais forcément
la couleur d'une des deux mains
cache le crime qui la noircit.

mardi 2 juin 2015

Fatalement

Je ne m'appelle pas Ulysse mais je viens de pays voisins animé du désir profond de trouver une nouvelle terre pour les miens. Je navigue sur les mêmes routes que lui à quelques siècles d'intervalles. Il cherchait sa Pénélope et son Ithaque moi je quitte ce que j'aimais, ma ville, ma musique, mes parents poussé par l'avancée des sanguinaires et si je traverse le flot de tous les dangers derrière mes guides que la vie humaine indiffère c'est pour m'arrêter auprès de toi vieille Europe que tu le veuilles ou non. Tu n'as pas plus le choix que moi.

Que la mer nous porte ou nous engloutisse nous viendrons. Et si tu nous repousses nous repasserons. Nous naviguons dans les cales et sur les ponts de vieux cercueils en métal rouillés nous sommes des centaines à chaque traversée dans les yeux la crainte et l'espoir. Fatalement nous venons dans vos villes dans vos rues sur vos yeux posés comme des mendiants fatalement nous nous déversons de vagues en vagues, écume blanche et rouge à la fois, fatalement nous nous mélangerons à vous fatalement, fatalement.

mardi 12 mai 2015

Voisinages

Le radeau de la Méduse, © Photo RMN-Grand Palais - D. Arnaudet
Il faut avoir peur, peur de tout. Peur de sa propre peur. Et j'ai peur de ma peur.
 
Je suis peureux comme d'autres sont heureux mais je ne suis heureux qu'avec mes frères peureux.
J'ai peur, peur... peur...de, sans rien au bout qui désigne ma peur, rien derrière le de, peur de ? Eux. Peur d'eux, j'ai peur d'eux ! C'est mieux, beaucoup mieux.

J'ai peur d'eux !
D'eux d'où d'ailleurs?
J'ai peur d'eux qui sont d'ailleurs!

Mon ventre mes tripes, j'ai la peur au ventre, viscérale. J'ai mal aux tripes, mal à cause, à cause de ? A cause d'eux ! A cause d'eux d'ailleurs qui traversent nos flots sur le corps noyé de leurs aînés.

J'ai peur d'eux qui rôdent derrière mon ciel bleu, qui triment de l'autre côté de mon miroir bleu, côte à côte de chaque coté. Et là bas sur l'autre face leurs voiles noires, et dedans l'envers de nos vies.

Ils rôdent sur l'autre bord de ma mer bleue aux îles d'or ensoleillées. Ils cherchent un passage pour leur rêve, une faille dans ma vigilance, une once d'apitoiement, le véhicule d'une larme, l'usage d'une faiblesse.

Eux et nous, face à face, double face.

Texte, © Joël Carayon 


mercredi 6 mai 2015

Voisinades


Un deux trois n'allons plus au bois
quatre cinq six, loup y es tu, que fais tu ?
Cessez vos rires charmants enfants
Les loups ouh sont entrés dans nos vies.

Un deux trois ils sont passés par là,
quatre cinq six repassent par ici.
Ils courent ils courent
et remplissent nos rues.

Ils sont là teint mat et cheveux noirs
dans leur bouche un miel qui cache mal leur fiel.

Et puis leurs voiles et puis leurs voix 
dans la légende de nos siècles,
voix trouées de bombes,
dix onz' douz' et nos corps, brisés dans les tombes.

Un deux trois eux qui connivencent
quatre cinq six eux qui manigancent
sept huit neuf qui peste, et choléra
et bourrent et bour et ratatam.

Tremblez charmants enfants, ils viennent par la mer
pavée des corps noyés de leurs frères aînés.

Eux l'étrange miroir nous déformant si mal.

Texte, © Joël Carayon 

mardi 21 octobre 2014

Voisinages





Pas sûr.
Non, sûr de rien!
On ne peut être sûr de rien.
Aujourd'hui ni demain... et que sera demain?

La mort la misère,
l'épidémie la contagion,
la contamination, la cont...le contact. Ne pas avoir de contact. 
Ne plus toucher la main de mon voisin. Se laver les mains, se laver l'esprit. 
Et ne pas toucher le monde. 
Ou alors avec des gants … Mettre un masque? 
Ne pas toucher le monde de ses mains nues.

Bizarre,
tout est bizarre.
Pas catholique mon voisin ni blanc comme neige.
D'ailleurs... serait-il d'ailleurs? 
 
Menace,
qui me menace?
Mon voisin, l'air de rien avec ses mains sales, ses idées étranges, son visage, 
sa couleur, son sang.
Menaçant voisin avec dans ses bagages, virus, chômage, cotisations, dette, crise, crises, vol, viol. Voile, voilé.

Attention !
Contact, Ne pas toucher.

ATTENTION. 
 
Fermer les portes et les frontières
Fermer les yeux. sur la misère, la mort, l'épidémie.
Leur misère, leur épidémie! Trouble misère, trouble fête, trouble voisin.
Troubles, terreur, terrorisme.
Mon voisin, sombre voisin.
Sa langue qui racle, dit des choses que je ne comprends pas. 
Dit du mal, maudit.
Maudit voisin!
Blind suspicions de David Goehring

©  texte propriété Joel Carayon