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mardi 27 octobre 2015

Paradis

http://dor24.com/histoire/pyrite-or-fous
Dis sans lieu à cent lieues je ne sais où là-bas, dis lorsque j'étais ce que je ne serai plus, dis l'or qui dort au creux de mon rêve et contre l'ordre de l'ordinaire, terre de contre temps, terre de nos regrets qui recrée à plaisir la plage de nos châteaux de sable, châteaux en Espagne défait grain par grain et refait grain à grain sur ce qui n'est plus tout à fait présent : nos vies d'avant dorées à l'or de notre mémoire et de ses grimaces, le corps et l'âme embellis, paradis de nos vies ravies qui nous ravissent ainsi ravivées. Et nous voilà tristement heureux au rappel de ce moment qui nous ment à ne plus savoir où nous pousse sa voix, mot qui nous parachève : paradis, paradis de pacotille paradis d'opéra, paradis dit perdus qui nous conjuguent
à l'imparfait.

vendredi 23 octobre 2015

Il était une fois

Photo Barabara P
Un vieil homme et son petit fils contemplent la rue qui passe sous leurs yeux. De mon temps dit le vieillard et demain papi répond l'enfant mais papi n'écoute pas. De mon temps c'était une épicerie ici. Et là, vois tu, à la place de cet immeuble qui mange notre ciel, une toute petite maison, dans cette petite maison, un petit garçon dans un short marron, marron parce que c'est moins salissant que le clair disait sa maman, et dans ce petit garçon au short marron un cœur qui bat et gambade, rit, invente des histoires, rêve à demain. De mon temps il y a bien longtemps.

Et l'enfant écoute dans son présent, voit l'immeuble et le petit garçon devant, un petit garçon de son temps. Il entend il était une fois et pense quand je serai grand, parce que son avenir l'attend plus loin, les bras ouvert, c'est du moins comme ça qu'il le voit pour l'instant mais ça ne le préoccupe pas vraiment. Il a le temps devant, papi l'a derrière. Le petit enfant flotte dans le conte de son grand-père, s'émerveille de la magie d'une vie qui sent bon le thym, le romarin, le ruisseau, les vergers et les vignes, les oiseaux et leur chants, une vie d'avant, une vie de contes et de fées, une vie de musée. Et papi regarde son petit fils avec la tendresse du passé, dans ses yeux la sagesse contrainte de celui qui sait que demain est un trou noir. 

Il écoute l'enfant qui dit : 
quand je serai grand 

et il entend : 
il sera une fois.

lundi 21 septembre 2015

Paradis

Sourires aux dents blanches jusqu'à l'aveuglement, visages sans rides, visages que l'on aime d'emblée : un père et devant sa fille. Un bonheur s'invite. Le regard vers ce point que nul ne voit, en deçà du cadre, en deçà du présent.

Derrière eux, le blanc d'un rêve, le blanc du temps, blanc de l'oubli, blanc du non lieu.

Et l'on se dit j 'aimerais, j'aurais aimé, j'aurais pu aimer et l'on se prend à vagabonder dans ce blanc, à le remplir d'un décor fait d'arbres et d'oiseaux, d'un ciel éternellement bleu et pourquoi pas la mer et pourquoi pas des voix d'enfants, pourquoi pas une comptine comme un refrain juvénile : une souris verte qui courait dans l'herbe...une petite souris pour de grands sourires et l'ogre qui croque, croque surtout les enfants malheureux, voilà pourquoi dans les photos ils sont toujours gracieux. Et l’œil derrière l'appareil à photo, l'œil qui cadre se plisse et qui rit ? L’œil d'une femme, l’œil d'une mère, l’œil aimant, l’œil aimé, celui qu'ils regardent de leur yeux photographiés, lointains, de plus en plus lointains fatigués de s'exposer année après année.

Paradis, paradis d'or que l'on adore sur son papier usé, à demi effacé. Ce paradis ne parade plus, de l'or il ne lui reste que l'âge, un or que l'on n'envie que s'il demeure sans, car tous nos paradis sont paradis perdus.