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jeudi 29 octobre 2015

Face à face

photo letra calma
Un visage devant toi, une peur qui l'anime
et s'il n'y avait pas de double mine,
saurais tu dire ce que tu es.

Face contre face
ce reflet sombre dans ton regard blanc.
Blanc contre noir.
Qui est l'un et qui est l'autre.
L'autre ?
Cela ne peut pas être toi mais lui
parce qu'il est de nuit,
simplement étrange.

Et les sons qu'il émet,
langue contre langue,
sont perfides bien sûr
pour toi blanche colombe
que sa différence blesse.

Œil pour œil
vos regards croisent leur fer
mais forcément
la couleur d'une des deux mains
cache le crime qui la noircit.

mercredi 28 octobre 2015

Homme en fuite

Haletant, je cours les yeux vissés sur l’arrière et la route s’inquiète de la précarité de ma course.
Derrière. Les voix claquent comme des balles. Tout près. Derrière, un goût de sang partout qui les rend fous.
Le cœur panique devant l’ardeur des traqueurs. Terreur !
Mes jambes ont pris le risque de me ralentir. De toute façon, le feu brûle le peu d’air que mes poumons essoufflés libèrent. Enfer !

Eux :
- Voleur ! Violeur ! Assassin !
A mort piégeur d’âmes, à mort ! Pour les crimes que nous avons commis ou non et qui cognent à nos tempes, à grands coups de haine. Libère nous de la honte. Rend- nous pour un instant le costume des braves gens. Porte notre noirceur et nous blanchis.

Moi :
- Hier Je marchais solitaire sur des chemins loin des hordes sauvages et rumeurs urbaines. Je cultivais mes images et mes mots sous le couvert de mes rêves, à l’écart des rings et des masses exaltées par le spectacle des rivalités, des combats acharnés!
Je passais affublé de mes ritournelles. Mais j’ai dû chanter trop fort, trouer leur plainte. Ils m’ont vu. Ils ont flairé le colporteur d’un étrange langage. Celui -qui-sent-le-bizarre. Le descendant de tous les mal faiseurs. Porteur des virus d’une peste nouvelle, réplique des grandes épidémies galopant dans tous les moyens âges. Il faut éradiquer les mécréants! 
 
Et je fuis haletant, le destin sur mes traces
- un horizon barré par des circonstances aggravantes –
Vers plus loin que quatre barreaux.
Le vacarme de mon cœur contre mes tempes.
Je fuis.
Avec au tréfonds de ma mémoire, l’image obsédante d’un ancien entendu… 
 
Mais lui, était resté droit face à nous. Il avait endossé nos humeurs bileuses et nos relents cholériques. IL croyait en nous disait-il. IL avait versé son sang pour nous et nous nous y étendrions !
Moi je voudrais vivre ! Hors de vos routes ! Vous n’aimez pas sans doute. Aller de mon pas en compagnie du doute. Quelques fois vous rejoindre dans vos auberges. Ou vous accompagner le long de vos berges, comme familier de votre cité.
Vous me diriez combien vos enfants ont changé. Je raconterais les idées que j’ai chassées au fil de traces à peine marquées. J’envierais votre bonheur douillet et vous ma liberté de voyager.
Stop !
Derrière, la peur nourrit la meute de toute sa hargne ! Qui voudrait qu’on m’épargne ?

mardi 2 juin 2015

Fatalement

Je ne m'appelle pas Ulysse mais je viens de pays voisins animé du désir profond de trouver une nouvelle terre pour les miens. Je navigue sur les mêmes routes que lui à quelques siècles d'intervalles. Il cherchait sa Pénélope et son Ithaque moi je quitte ce que j'aimais, ma ville, ma musique, mes parents poussé par l'avancée des sanguinaires et si je traverse le flot de tous les dangers derrière mes guides que la vie humaine indiffère c'est pour m'arrêter auprès de toi vieille Europe que tu le veuilles ou non. Tu n'as pas plus le choix que moi.

Que la mer nous porte ou nous engloutisse nous viendrons. Et si tu nous repousses nous repasserons. Nous naviguons dans les cales et sur les ponts de vieux cercueils en métal rouillés nous sommes des centaines à chaque traversée dans les yeux la crainte et l'espoir. Fatalement nous venons dans vos villes dans vos rues sur vos yeux posés comme des mendiants fatalement nous nous déversons de vagues en vagues, écume blanche et rouge à la fois, fatalement nous nous mélangerons à vous fatalement, fatalement.

mercredi 6 mai 2015

Voisinades


Un deux trois n'allons plus au bois
quatre cinq six, loup y es tu, que fais tu ?
Cessez vos rires charmants enfants
Les loups ouh sont entrés dans nos vies.

Un deux trois ils sont passés par là,
quatre cinq six repassent par ici.
Ils courent ils courent
et remplissent nos rues.

Ils sont là teint mat et cheveux noirs
dans leur bouche un miel qui cache mal leur fiel.

Et puis leurs voiles et puis leurs voix 
dans la légende de nos siècles,
voix trouées de bombes,
dix onz' douz' et nos corps, brisés dans les tombes.

Un deux trois eux qui connivencent
quatre cinq six eux qui manigancent
sept huit neuf qui peste, et choléra
et bourrent et bour et ratatam.

Tremblez charmants enfants, ils viennent par la mer
pavée des corps noyés de leurs frères aînés.

Eux l'étrange miroir nous déformant si mal.

Texte, © Joël Carayon 

mardi 21 octobre 2014

Voisinages





Pas sûr.
Non, sûr de rien!
On ne peut être sûr de rien.
Aujourd'hui ni demain... et que sera demain?

La mort la misère,
l'épidémie la contagion,
la contamination, la cont...le contact. Ne pas avoir de contact. 
Ne plus toucher la main de mon voisin. Se laver les mains, se laver l'esprit. 
Et ne pas toucher le monde. 
Ou alors avec des gants … Mettre un masque? 
Ne pas toucher le monde de ses mains nues.

Bizarre,
tout est bizarre.
Pas catholique mon voisin ni blanc comme neige.
D'ailleurs... serait-il d'ailleurs? 
 
Menace,
qui me menace?
Mon voisin, l'air de rien avec ses mains sales, ses idées étranges, son visage, 
sa couleur, son sang.
Menaçant voisin avec dans ses bagages, virus, chômage, cotisations, dette, crise, crises, vol, viol. Voile, voilé.

Attention !
Contact, Ne pas toucher.

ATTENTION. 
 
Fermer les portes et les frontières
Fermer les yeux. sur la misère, la mort, l'épidémie.
Leur misère, leur épidémie! Trouble misère, trouble fête, trouble voisin.
Troubles, terreur, terrorisme.
Mon voisin, sombre voisin.
Sa langue qui racle, dit des choses que je ne comprends pas. 
Dit du mal, maudit.
Maudit voisin!
Blind suspicions de David Goehring

©  texte propriété Joel Carayon