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vendredi 20 novembre 2015

Fluctuat

Solidaire.

Je suis sol, sol sans terre sans territoire, sol en terre sans frontière.

Je suis terre, terre des hommes, terre fraternelle, seuil pour tous les sans seuil.

Je suis sol à seuil et sans frontière, porte ouverte, main tendue et fraternelle.

Je suis sol et terre, sol et seuil, seuil et porte, porte voix, porte parole.

Je suis sol que les balles ballottent, qu'on assaille, qu'on mitraille, détourne, récupère

sol de combat, qu'on replie, qu'on emprisonne,

sol d'exil qui refoule, qu'on repousse, qu'on libère,

sol acculé contre les mers, adossé à la fin des terres,

mais sol toujours,

toujours sous vos pas, vos paroles,

sol qui vous porte et ne se dérobera pas.



Et puis je voudrais être un sol qui donne le ton, ne sonne pas le glas,

ton sol, ton soleil

parce que je vois de la grisaille sur ta bouche, de la mitraille sur tes yeux,

du repli dans tes mots, du silence dans ton cœur,

être ton sol haut en couleur,

sol qui ballotte mais toujours te porte.



























Je suis sol et terre terre sans frontière, je suis seuil ouvert à tous les pas,

vendredi 13 novembre 2015

Cela pourrait être...

photo : Les poèmes d'Argyne
Cela pourrait être une fenêtre par où on regarde le monde s'agiter à l'extérieur de soi, bien confortablement installé devant ce hublot pour contempler les sauts, soubresauts des trois bateaux que la mer secoue jusqu'au débordement. Un regard de spectateur sur la folie de l'eau, impassible de tranquillité, le spectacle de trois voiliers qui luttent pour se maintenir à flots. D'ici juste un tableau, un mouvement des eaux, quelques voiles qui se déchirent et s'il n'y avait pas ce hublot. S'il n'y avait pas ce silence douillet et chaud entre toi qui observe et ce drame de la mer, s'il n'y avait pas la certitude innocente que rien de ce qui se passe de l'autre coté ne pourra t'atteindre parce que rien ne peut troubler la quiétude de ton point de vue... tu te laisses distraire par l'esthétique de la scène, le ballet des bateaux entre vie et mort, le rythme des vagues. Le ciel troué d'éclairs sûrement. Et si tu t'offrais une bière tout en suivant le drame comme au cinéma. La bière, le fauteuil, le doux ronron d'un feu de cheminée et la rumeur du vent si lointaine. Un peu de musique. Un autre univers.

Mais voilà, le verre cède sous la pression du dehors et l'horreur s'invite dans ta bulle, une douche froide un sursaut de tes sens, le réveil brutal et soudain la violence de l'eau, la rudesse du vent, la détresse des hommes dans cette vague qui te submerge et t'entraîne dans son destin. La nature a horreur du vide dit-on et la mer noie tes privilèges, une gifle d'écume et de rage t'entraîne, la tourmente aspirée se déverse de ton coté des choses sans que tu sois préparé. Deux mondes mis en communication et le bateau coule coté tranquille, coté plage, coté spectateur, au passage t'inonde, te repousse plus loin sur le sable, s'engouffre dans ta vie et tu entends dans ta peur des cris d'hommes, des hurlements de femmes, des pleurs d'enfants qui se mêlent à ta détresse passagère, l'effroi et le froid et le craquement lugubre d'une coque qui se disloque et l'odeur de la mort se répand dans ta chambre, des corps étranges, des cris d'étrangers. Le dedans et le dehors s'équilibrent. Leur trop plein de terreur se vide dans ton trop plein de quiétude et tu te félicites de n'être qu'une victime collatérale, victime mais vivant. Alors tu te mets en colère et tu hurles : mais vous êtes fous, retournez d'où vous venez, on ne vous a pas invité, regardez ce que vous avez fait, le désordre que vous avez semé, les dégâts,les troubles. J'en suis tout retourné. Partez.

jeudi 29 octobre 2015

Face à face

photo letra calma
Un visage devant toi, une peur qui l'anime
et s'il n'y avait pas de double mine,
saurais tu dire ce que tu es.

Face contre face
ce reflet sombre dans ton regard blanc.
Blanc contre noir.
Qui est l'un et qui est l'autre.
L'autre ?
Cela ne peut pas être toi mais lui
parce qu'il est de nuit,
simplement étrange.

Et les sons qu'il émet,
langue contre langue,
sont perfides bien sûr
pour toi blanche colombe
que sa différence blesse.

Œil pour œil
vos regards croisent leur fer
mais forcément
la couleur d'une des deux mains
cache le crime qui la noircit.

mercredi 28 octobre 2015

Homme en fuite

Haletant, je cours les yeux vissés sur l’arrière et la route s’inquiète de la précarité de ma course.
Derrière. Les voix claquent comme des balles. Tout près. Derrière, un goût de sang partout qui les rend fous.
Le cœur panique devant l’ardeur des traqueurs. Terreur !
Mes jambes ont pris le risque de me ralentir. De toute façon, le feu brûle le peu d’air que mes poumons essoufflés libèrent. Enfer !

Eux :
- Voleur ! Violeur ! Assassin !
A mort piégeur d’âmes, à mort ! Pour les crimes que nous avons commis ou non et qui cognent à nos tempes, à grands coups de haine. Libère nous de la honte. Rend- nous pour un instant le costume des braves gens. Porte notre noirceur et nous blanchis.

Moi :
- Hier Je marchais solitaire sur des chemins loin des hordes sauvages et rumeurs urbaines. Je cultivais mes images et mes mots sous le couvert de mes rêves, à l’écart des rings et des masses exaltées par le spectacle des rivalités, des combats acharnés!
Je passais affublé de mes ritournelles. Mais j’ai dû chanter trop fort, trouer leur plainte. Ils m’ont vu. Ils ont flairé le colporteur d’un étrange langage. Celui -qui-sent-le-bizarre. Le descendant de tous les mal faiseurs. Porteur des virus d’une peste nouvelle, réplique des grandes épidémies galopant dans tous les moyens âges. Il faut éradiquer les mécréants! 
 
Et je fuis haletant, le destin sur mes traces
- un horizon barré par des circonstances aggravantes –
Vers plus loin que quatre barreaux.
Le vacarme de mon cœur contre mes tempes.
Je fuis.
Avec au tréfonds de ma mémoire, l’image obsédante d’un ancien entendu… 
 
Mais lui, était resté droit face à nous. Il avait endossé nos humeurs bileuses et nos relents cholériques. IL croyait en nous disait-il. IL avait versé son sang pour nous et nous nous y étendrions !
Moi je voudrais vivre ! Hors de vos routes ! Vous n’aimez pas sans doute. Aller de mon pas en compagnie du doute. Quelques fois vous rejoindre dans vos auberges. Ou vous accompagner le long de vos berges, comme familier de votre cité.
Vous me diriez combien vos enfants ont changé. Je raconterais les idées que j’ai chassées au fil de traces à peine marquées. J’envierais votre bonheur douillet et vous ma liberté de voyager.
Stop !
Derrière, la peur nourrit la meute de toute sa hargne ! Qui voudrait qu’on m’épargne ?

lundi 28 septembre 2015

Ouvrez moi

Ouvre moi, ouvrez moi la porte. J'entends votre souffle derrière ce bois clos qui me cache à vos yeux. Vous avez peur je sais mais je ne suis pas un voleur, juste un homme qui rêve de plein sommeil, de maison d'eau pure et de lumière, juste un homme et les siens sur votre seuil. Je sais nous sommes trop nombreux et nos cheveux trop bruns, notre peau trop brune, notre accent trop lointain.

Ouvrez moi, ouvrez moi vos bras je ne viens pas chasser vos pauvres...juste une porte entre ouverte, un sourire sur vos lèvres, juste un coin pour vivre, juste le temps de vous montrer ce que je sais faire, juste un peu d'air qui ne sente pas la mort, juste un peu d'une liberté tant espérée.

Ça coûte si peu une once de bonheur, un pas léger.

Ouvrez, ouvrez moi votre cœur je ne suis pas voleur, une heure le temps de souffler, de poser mes douleurs. Je rêve d'une vie vierge de tout ombre, d'une échoppe où vous viendriez madame sans arrière pensée. Vous me diriez bonjour, vous ne changeriez pas de trottoir quand vous me croiseriez, mes pas se fondraient dans les vôtres madame et vous n'auriez pas peur.

Ouvrez, ouvre moi la porte, ouvrez moi sans crainte j'ai dans mes mains de la chaleur à vous donner ; ma force de travail, mon courage à partager, ce que je ne peux pas dire, que l'horreur enfante, ce que j'extirpe de ma chair, que je porte au bout de mes doigts, dans les failles obscures de ma mémoire, en offrande pour vous : l'énergie que je tire de mes souffrances.

Ouvrez moi, ouvrez moi la porte, je ne suis qu'un homme après tout, comme vous, comme vous peut-être demain...

mercredi 23 septembre 2015

Politiquement correct

Ne dis pas
Ne dis pas chat pour chat
Ne dis pas
ne dis pas trop tard,
ne dis pas impossible
ne dis pas noir
ne dis pas contagion, épidémie
ne dis pas ne dis surtout pas demain
ne dis pas on n'y peut rien
ne dis pas immigrés, ne dis pas raciste.
Ces mots sont malades mais tu ne le vois pas et tu insistes lourdement.

-Ces gens qui sont dans l'eau ?
Des baigneurs, des surfeurs...
-Qui nagent tout habillés, apparaissent disparaissent, apparaissent, qu'on ne voit plus du tout ?
Des amuseurs c'est tout...


- Ces gens qui passent les frontières en masse ?
- Randonneurs, voyageurs hors des sentiers battus.
- Et ces barbelés ces murs entre eux et nous ?
- Labyrinthes, parcours de santé...

Ces mots sont malades et tu répètes, répètes, tu rabâches : pollution, réduction, contention, migrations...
ré-vo-lu-tion...

ces mots sont malades,
il faut les écarter, les mettre, en quarantaine, en camp de réfugiés ou bien les repousser,
il faut cacher ces maux que je ne saurais voir.

Distrayez moi, parlez moi d'amour dites moi des choses sirupeuses des choses qui collent à mes doigts...sentent bon la rose sur son fumier...
soit : on n'engraisse pas les cochons à l'eau claire soit, mais je ne veux pas voir le lisier qui me nourrit.

Sécurité, surveillance, malveillance,
montez le son je ne veux pas entendre,
de la musique dans tous les rayons,
acheter, acheter pour combler le vide entre les mots,
parler, parler logorrhée, log-errer, débiter,
mais surtout évacuer le silence où l'on pense,
expulser nos idées,
exposer nos rires forcés,

les mots sont malades de nos peurs.

Sauvez moi en douceur, ne faites pas mon malheur,
laissez moi vivre dans ma matrice,
mes bulles de savon,
mes petits plats amoureusement bichonnés,
mes jardins potagers
ou mes comment-dois-je-faire,
mes astuces mes tours de main.

Demain sera bien assez tôt,
demain arrive bien vite,
demain arrive trop vite,
vivons dans le présent, l'instant qui nous est programmé.

-Du calme monsieur, du calme madame, l'amour est dans nos prés , dans la rosée préservée, dans ce prochain qui ne m'est pas tout à fait familier, mon voisin de palier, ce jeune et sa musique... et si ce n'est pas de l'amour ce sera de la rage...
il faut choisir.

Tous droits réservés JCarayon.
Photos JPSorgue

vendredi 18 septembre 2015

Et pourtant

La mer, la mer si calme, si douce la mer, si paisible et pourtant...
et pourtant tu te souviens...
les vagues, les plaintes, les grincements de la coque du bateau...
la crainte, la peur sur les visages, et pourtant.
Ici la mer déroule son eau sur des visages tranquilles.
Et pourtant la traversée avec les grondements bavant d'écumes et le vent et les voix des marins, les hurlements sur le pont.
Ici nous sommes enfin de l'autre côté.
Oui de l'autre côté des choses,
du bon côté.
Et pourtant hier nos regards tendus, nos yeux braqués sur le rêve et sa destination, la mort autour.
Et là sur la plage, un corps...
un homme...
comme nous?
Un homme comme nous, et différent pourtant . Il dort, vraiment, il dort.
Je n'aime plus voir ces corps immobiles ni ces bois qui flottent, passifs.
Ce corps est un homme d'ici. Tout à l'heure il va s'animer, il se lèvera puis s'en ira sans doute, l'esprit libre de nos frayeurs.
Plus jamais je ne saurai distinguer le sommeil et la mort.
Tu devrais sourire... pense au pays, aux nôtres sur l'autre rivage. Nous sommes leurs yeux, nous sommes leur espoir.
Et pourtant nous voilà libérés d'une peur mais une autre loge dans sa vacance...
dans les regards d'ici où je lis la bonté ou la méfiance.

mardi 2 juin 2015

Fatalement

Je ne m'appelle pas Ulysse mais je viens de pays voisins animé du désir profond de trouver une nouvelle terre pour les miens. Je navigue sur les mêmes routes que lui à quelques siècles d'intervalles. Il cherchait sa Pénélope et son Ithaque moi je quitte ce que j'aimais, ma ville, ma musique, mes parents poussé par l'avancée des sanguinaires et si je traverse le flot de tous les dangers derrière mes guides que la vie humaine indiffère c'est pour m'arrêter auprès de toi vieille Europe que tu le veuilles ou non. Tu n'as pas plus le choix que moi.

Que la mer nous porte ou nous engloutisse nous viendrons. Et si tu nous repousses nous repasserons. Nous naviguons dans les cales et sur les ponts de vieux cercueils en métal rouillés nous sommes des centaines à chaque traversée dans les yeux la crainte et l'espoir. Fatalement nous venons dans vos villes dans vos rues sur vos yeux posés comme des mendiants fatalement nous nous déversons de vagues en vagues, écume blanche et rouge à la fois, fatalement nous nous mélangerons à vous fatalement, fatalement.