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lundi 19 janvier 2015

Espoir


Des notes gouttes à gouttes, partition de ce matin, matin d'hiver. Pluie de gris et de chagrin.

Des notes gouttes à gouttes s'engrossent puis tombent de feuilles en feuilles.

Entre elles le silence, le silence du froid, du froid immobile. 
 
Des notes gouttes à gouttes s'égouttent.

La pluie grève l'espoir, l'espoir notes après notes perle de nos vies et la vie que le désir déserte s'affaiblit gouttes après gouttes.

Et la boucle s'enroule petite coquille vide, colimaçonne dans son gris ni de jour ni de nuit.

La vie étale s'affale sur son étal de nuages fades,

goutte à goutte pluie de gris et d'argent ruisselle en ce matin, matin d'hiver,
mélodie de cristal humide où nos yeux se vident de leur plainte,

Notes et gouttes unies dans la profondeur d'une symphonie où je me perds,
un très bref moment livré au respir d'une infinie profondeur d'où j'entends battre, lointain et sourd, le rythme de toute chose.

La lumière en jets épars gagne sur l'ombre et la grisaille, l'argent du deuil embelli de l'or d'un jour meilleur.

vendredi 5 décembre 2014

La trêve des confiseurs

La trêve des confiseurs.
« Aux approches de Noël, par une sorte d'accord entre les parlementaires, on ne soulève pas de questions irritantes, qui, troublant l'esprit public, nuiraient aux affaires. Et même, afin de mieux vivre en paix, on se sépare, on se donne des vacances. Donc, point d'aigres propos et pendant cette accalmie, les marchands de sucreries, de gâteaux, de friandises, font, tout doucement, leur petit commerce. Les confiseurs jubilent, profitant de la suspension des hostilités à la Chambre, et cette tranquillité dont ils bénéficient s'est appelée la trêve des confiseurs » — T. Pavot, L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, questions et réponses, communications diverses à l'usage de tous, littérateurs et gens du monde, artistes, bibliophiles, archéologues, généalogistes, etc. Volume 38, 20 septembre 1898. (article Wikipedia.)

Je cherche au juste quoi ou plutôt je ne cherche plus quoi ? Les lumières de la fête, les cadeaux qui vont avec. Le parcours classique et son spectacle d'amertume. Surtout pas de vagues, c'est la trêve des confiseurs. Noël se passe et l'an nouveau dans la foulée. La ville et ses lumières, le monde dans ses rues, les costumes de fête qu'on ne remettra plus et les paroles qui fusent dans l'air. Noël et son reflet sur le miroir trempé des places.

Petite voix de l'intérieur :
-Voyons c'est la fête, réjouis toi, même la bande de SDF agglutinée avec ses chiens, entre dans l'avent d'une voix plus joyeuse.
Grosse voix : 
-La bouteille de vin ou de bière en avant, s'anéantir pour ne pas l'être.
Petite voix :
-Ne sois pas rabat-joie, mon vieux. Regarde autour de toi, les fées qui tanguent sous ce ciel bleuté de gris, les vagues de la mer dans la ville. La lumière des LED ? Pointillisme, impressionnisme. Le marché de Noël et ses petits chalets en sapin doré? La maison des lutins. L'odeur du vin chaud. Les gens qui rient.
Grosse voix :
-Comédie du bonheur, « Comedia de l'Arte ». Polichinelle barbu blanc avec une hotte devant et une autre derrière. On mime le bonheur comme dans nos séries chéries.
Ne soyons pas tristes, profitons des prix et des promo. Des rites et des jouets ! Une fois l'an voyons ceux que nous ne reverrons qu'à la prochaine « nouvelle année ».
Allez champagne, musique, guitare si vous voulez. Puisqu'il faut s'amuser.Aujourd'hui pas de retenue, par la magie de la fête je transforme mes râleries, mon air bougon, ma phrase laconique en bonhomme jovial au rire sonore, dispensateur d'un bonheur bien pensant.
Je pense trente ans, je pense anniversaire. Joyeux anniversaire. J'entends sa joie. Je sens son baiser de Noël, mon cadeau ! 
 
Je pense confiseur. 
Photo Anne Arnould















Texte, © Joël Carayon 

jeudi 16 octobre 2014

Oasis


Là-bas devant nos pas gonflés
par nos souhaits les plus secrets,
là-bas laborieusement retenue,
serrée contre nos rêves,
désespérément bâtie d'un espoir fragile,

faites qu'elle existe.

Là-bas, dans sa posture sauvage
l'écriture d'un vertige,
l'envers de nos blessures

faites qu'elle existe. 
 
Pied à pied défendue,
portée haut dans nos voix.
Dans nos paroles en creux, 
 
faites qu'elle existe
 
et faites qu'elle survive
au travail du doute,
à nos passages répétés,
nos longues tergiversations.

Faites qu'elle survive,
faites, faites
que ma prière ne se perde
dans un silence sans bornes.

Faites ...

à quoi bon supplier le vide.

©  texte propriété Joel Carayon

jeudi 11 septembre 2014

Héros anonyme

Monsieur B nous a quittés.
C'est écrit sur le tableau mural à l'entrée de l'immeuble. Il ne me parlera plus de sa carrière militaire ni de sa clarinette et de son orchestre de jazz, au temps où il était jeune. Je ne sourirai plus captivé par la danse de sa langue qui profite du bavardage pour montrer son bout rose à la commissure des lèvres.

Je ne verrai plus mon vieux voisin ni son épouse, petite femme brune les yeux étincelant de vie. Elle est tombée un jour et ne s'est plus tout à fait relevée. Les pompiers sont venus. Monsieur B était plein d'une grande inquiétude. Sa bosse avait légèrement grandi ce jour là. La bosse dans le dos où il rangeait ses ailes d'ange, je suppose. Et je suppose aussi qu'elles avaient très envie de se dégourdir un peu les plumes, de battre l'air et même de gagner le Royaume des Anges.
Le royaume, qu'est ce que je dis, moi ! Le Royaume comme si le Royaume des Cieux existait, non bien sûr ! La République des Cieux, la République des Anges bien sûr, cela va de soi !

Ce jour là, je me souviens, le vieux monsieur courait – si l'on veut, dans tous les sens. Il ne savait plus à quel saint se vouer le pauvre ange quand sa petite brunette assise par terre en attendant les pompiers, regardait autour d'elle le royaume des hommes avec l'étonnement de quelqu'un qui n'est plus tout à fait d'ici. Elle est partie sur un lit blanc, dans la voiture rouge des pompiers emportant avec elle la main et un gros morceau du cœur de son vieux mari.

Elle est revenue un beau jour sur son lit blanc, comme une étrangère et mon vieux voisin s'occupait d'elle autant que ses jambes, ses bras, sa tête et tout le reste pouvaient le faire à l'âge que tous partageaient. Soir et matin, il montait les escaliers vers le paradis et s'arrêtait un peu avant sûrement. Il les descendait aussi. C'était un peu l'enfer pour lui. Son épouse restait chez eux entre ciel et terre en attendant de choisir. A-t-elle choisi assez vite ? C'était urgent et difficile : laisser son mari et toute une vie à deux ici bas ou bien partir pour un ailleurs de brume. A-t-elle choisi à temps ? Mon vieux voisin a usé tout le reste de sa vie dans les escaliers. Ses ailes d'ange se sont enfin déployées et il les a accompagnées dans la République des Anges où il séjourne maintenant parmi les héros anonymes.



mercredi 10 septembre 2014

bluesy bleu


















Elle m'a dit des paroles sombres.
Je n'ai rien dit.

Et ce matin ce ciel qu'un soleil d'été tiédit se voile d'une rouille au goût de limaille.
Vite il me faut vider mon jour des mots de gris, vomir l'acide d'une nuit passée dans le bruit du sac et du ressac de ce liquide si amer. Ces maux qui m'habillent d'une encre trop noire pour mes yeux.

mercredi 20 août 2014

Paradis perdu

Crépuscule de rouge sang sur mer que la nuit borde au loin.
Août, mélodie de l'eau.

Et moi,
les yeux tristement arrimés aux rivages ensoleillés.

vendredi 8 août 2014

Tournez, tournez

photo : marion-valentine.fr/
Tournez tournez, derviches tournez, jusqu'à la quintessence du désespoir jusqu'au dégoût ultime de l'âme. Tournez, derviche-tournez, les bras ouverts au vent du sâma, tournez jusqu'à l'apesanteur, jusqu'à la lumière vive.
Puis tendre la main vers l'éblouissant et conduire l'éclat jusqu'à la matière qui s'en nourrit. 

©  texte propriété Joel Carayon
 

jeudi 7 août 2014

brisures

Une image ça se casse
et les lambeaux de soi
se tordent prisonniers
de leur bouts de verre.

Une image ça se casse
et le roman de nos chutes
dans le temps s'enrichit
de nouvelles textures.

Une image ça se casse
mais ça ne se répare pas ?
Rassemblés les bris de soi
sont bouts collés dont on voit la cicatrice.

L'artiste aussi bon chirurgien qu'il soit
n'en gommera pas toutes les aspérités
et sous la peau tirée, lissée
courent les écrits du passé.

Tu devras apprendre
à te faire une beauté
de ces encres qui dessinent
des textes douloureux. 

©  texte propriété Joel Carayon
 

Brisures

Une image ça se casse
et les lambeaux de soi
se tordent prisonniers
de leur bouts de verre.

Une image ça se casse
et le roman de nos chutes
dans le temps s'enrichit
de nouvelles textures.

Une image ça se casse
mais ça ne se répare pas ?
Rassemblés les bris de soi
sont bouts collés dont on voit la cicatrice.

L'artiste aussi bon chirurgien qu'il soit
n'en gommera pas toutes les marques
et sous la peau tirée, lissée
courent les écrits du passé.

Tu devras apprendre
à te faire une beauté
de ces encres qui dessinent
des textes douloureux. 

©  texte propriété Joel Carayon
 

mercredi 2 juillet 2014

Clowneries

Rue des ombres,
Passe en Gris
Et promène sa nostalgie 

Chancelante, ruisselante  
De spleen en fine bruine.


Passant Silencieux
Dit sa prose sans voir les cieux.
Tête rentrée dans sa tristesse
Promène sa détresse dans les rues mornes,
Sans vergogne.

Mais derrière les yeux du Passant Grisailleux
Dansent des lèvres qui soupirent
Ouvertes sur un large sourire.
Son bonheur est à l’intérieur.

mardi 1 juillet 2014

Voix

Mes voix en notes prononcées
dans le silence de mon esprit se forment,  
paroles de mes larmes secrètes
se posent à la surface de mon regard,
une à une glissent, embrument mes pensées.

Il fait gris aujourd'hui, gris de la confusion.


Mes voix chantent et je ne vois plus clair.

Mais je connais ces rivages
où l'on entend les sanglots de leurs eaux
qui implorent un ciel pleurnichard,
le supplient de déchirer ce voile entre elles,
et le soleil.

Mes voix en notes prononcées,
faites vous cri de colère
ou filles d'un nouveau souffle !

Et même,
vous devriez chasser de mon visage
les baisers dont il se nourrit,
emporter toutes les essences que je chéris,

soufflez soufflez belles ménagères,
balayez au delà des mers cette brume ;
au goût amer !

©  texte propriété Joel Carayon

mardi 27 mai 2014

Le royaume d'Orphée

http://pedagogie.ac-toulouse.fr
Cet empire par dessus mon âge, brillant dans son miroir des couleurs de l'été, où je me plais à contempler jusqu'aux larmes la joie provocante de l'enfant sans tourment. Dans le prisme des jours, mon pays de l'été, mon butin de soleil où brillent mille feux des années reculées, et mon œil d'aujourd'hui à son verre collé. Mon royaume avec l'éclat de l'innocence, son reflet mouillé des larmes versées pour les rêves brisés. La nostalgie de ces belles journées, colorée aux rouges de leurs coquelicots, que la brise tiède pénètre de son chant, ma nostalgie, comme une lame brillante tranche le coquelicot. Enfant ne te retourne pas. La nostalgie brûle l'or des enfants.
©  texte propriété Joel Carayon

vendredi 17 janvier 2014

Hivernation



Vois l’immobilité de ce matin où mon ciel poussif se hisse au-dessus des toits, griffé par ces râteaux censés capturer une forme de vie qui nous égaie. Face à toi la proue guerrière sur sa vague d’argent s’avance entre ciel et terre. Promontoire sans regard obture l’horizon de sa massive indolence. Puis le soleil gagne,  éclaire mon paysage d’un mouvement de lumière, timide déchire un temps le voile de gris. J’attends, dans un demi-sommeil l’embellie qui sèchera mon carré d’espoir de ses pluies nocturnes. Mais ce bel ilot de bleu disparaît englouti. 

©  texte et photo propriété Joel Carayon