jeudi 8 janvier 2015

Déjeuner























Aujourd'hui il fait beau,
quelle banalité.
La pie jacasse sa gaieté dans son pin
la colombe en roucoule.

Et moi je trempe ma tartine du matin
dans ce bain de lumière, dans ma rage de bonheur,
je mords dans ma tranche de vie
de tout mon bleu d'azur, de toute la virginité d'un air à peine né,
jusqu'au débordement, jusqu'à l'épidémie,
jusqu'au désespoir.
J'en pleure de rire
j'en ris de bonheur,
je m'enduis de joie...

je m'ennuie de toi,
le calice de mon vertige
la cerise sur mon bonheur.
Que mon virus se propage
sur tes lèvres,
hilarant exubérant,
sur tes yeux,
beaux comme l'or de ce matin.

Texte, © Joël Carayon
Photo Martin Beek , le déjeuner sur l'herbe de Manet



mercredi 7 janvier 2015

CHARLIE


Charlie assassiné pour délit de libre expression et pour avoir défendu le droit de rire de tout en démocratie. Mais je me refuse de penser que la majorité des musulmans pratique cet islam là. 
Parole d'agnostique ou d'athée.

La vie est belle


Cet arbre échoué sur notre plage avec ses branches tordues comme la misère du monde c'est pas bon pour nos enfants, cette mer sans cesse à recommencer vague après vague pas foutue de déferler sans danger, enlève moi tout ça,

il y a aussi du beurre dans tes épinards, du lait dans ton café, du malheur dans ton bonheur, enlève moi tout ça,

Il y a des gens louches, embêtants et sales avec leurs chiens jaunes ou noirs qui grognent, aboient et chient partout où je pose mon pied, avec des accents étrangers, des cheveux en crête  raides à tailler les murs, enlève moi tout ça,

des oiseaux qui bombardent nos rues de leur fiente repoussante, ce satané papy boum plein de rides et de trous de mémoire qui touche sa pension sans sourciller pendant que je galère dans mon chômage, enlève moi tout ça,

des jeunes et des smartphones qui se facebookent, se twittent, hashtaguent même en dehors du printemps, qui dansent rient boivent, se tuent et ça dérange après vingt deux heures puis y a moi qui crie je t'aime parce qu'à notre âge on entend très mal, enlève moi tout ça,

Puis il y a la vie – tiens qui bouge et nous ennuie, la vie qui bout bouillonne et fait trop de bruit, ça tonne ça détonne ça entonne tous les chants des quat'saisons.

La vie qui me dit surtout ne touche à rien car tout me va, une fleur dans un arbre mort, un enfant au bras de son grand papa, 

la vie qui pue ou qui sent bon mais ne sent pas l'alcool ni le javel, ni le parfum de chez Dior ou d'ailleurs. 

Y a la vie et c'est dangereux parce qu'elle peut nous claquer entre les doigts.
  
Texte, © Joël Carayon 
Photo : affiche du film du même nom.

 

 



mardi 6 janvier 2015

Enigme

D'abord le regard s'enthousiasme des couleurs et des volumes -or et argent en fusion, puis suit le chemin d'un ciel à vif à l'aplomb de l'eau. Vient ensuite l'énigme posée par l'immensité de ce qu'embrassent les yeux, le mystère immobile des rouges flamboyants dans la froideur de l'étain. Obsédante question de l'être. Qui voit, s’émerveille ou se tait, pense celui qui contemple l'écho, l'éclair réfléchi du miroir de l'eau vers le ciel à son image. Le vertige d'un abîme où je pose un quelque part pour échapper à la folie.

Texte et photo : © Joël Carayon

lundi 5 janvier 2015

Ouragan ou table rase

Photo : flickrhivemind.net. Inondations Montpellier 2014
 

Tout va à vau l'eau.
Et tant va l'eau à l'eau qu'à la fin elle inonde de son flot boueux les champs et les rues, déborde de son lit sinueux sur nos vies et nous noient.

Va.
Va t'en rouler ta boue ailleurs.
Ici la vie tangue
l'eau gifle
et le vent siffle.
Dans sa voix le fond du chaos.

Le ciel trop lourd de nos erreurs rampe à même le sol
heurte nos toits, accroche nos forêts,
dans les coulisses du chaos le pas des dieux qui résonne
et le souffle des anges qui couche nos vies comme des fétus de paille.

Le ciel obscurcit nos pensées,
ébranle nos certitudes.
Le déluge appelle Noé
et l'homme se rappelle de Dante...

Quand le ciel touche la terre,
qu'il se déleste de notre crasse
comprimée dans le bleu de son humeur
jusqu'à la tempête, 
l'ouragan lessive, l'ouragan soulage...

Le vent se calmera, l'eau se retirera
et l'azur allégé de nos déchets rejoindra les sommets.
Nous sans voix consternés désarmés nus, pleurerons nos morts,
demanderons pourquoi une telle clameur.

Et nous baisserons les yeux,
et nous jaugerons notre faiblesse
à l'ampleur du carnage dans le champs des batailles,
la terre des hommes immense décharge de bois disloqués, maisons éventrées,
tôles tordues, cadavres flottant dans leur misère.

Et dans ce malheur immense, je te tends la main mon frère,
pour un très court instant réconcilié avec toi-même.

Texte, © Joël Carayon