lundi 24 avril 2017

On a piraté le bleu



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On a piraté le bleu. Une rose, une langue bleues. Une rose est rouge ou malade, malade de la maladie bleue. Elle se porte mal, trop mal dans la couleur du ciel. Et puis la langue est rouge comme le sang parce qu’elle vit. Bleuie elle s’altère, défraîchit, appelle le soin.

Qui a détourné le sang, qui se moque du rouge. Qui est ce virus qui infiltre la fleur et la langue. Qui a mis la main sur la couleur, se promène dans nos media en bleu marine quand le mistral assombrit la méditerranée quand se mélangent le rouge et l’azur dans une eau qui n’a jamais demandé cela. Qui sillonne ce pays en escorte bleue de Prusse.

Je voudrais qu’on réserve le bleu pour le ciel ou la mer, ce serait très bien pour nos artères, ce serait très bien parce qu’on sait où ça nous mène le sang bleu avec des frissons dans le dos et pas seulement, avec un drôle de goût sur la langue qui n’a rien d’un pigment, avec d’étranges chansons et des bruits de bottes dans la roseraie.

dimanche 12 mars 2017

Duel

Il fait beau. Je respire à pleins poumons la fraîcheur d'un jour nouveau né. Il est tôt. Il est ce point d'orgue où la nuit touche le jour. Vous savez, cet instant de trêve où l'on achève son rêve, où le noctambule rencontre l'insomniaque, où la ville abandonne sa tenue de fête et n'a pas encore revêtu ses habits diurnes. Elle est nue. J'aime la surprendre quand elle est sans fard. C'est un moment précieux et si fugitif. Alors je l'enferme délicatement dans l'album de mes souvenirs.

Je marche les mains dans les poches. Je suis américain, français, canadien ou maghrébin ou brésilien. Peu importe. Quand on marche, on met les mains dans les poches, machinalement, parce qu'on a tous des mains. On dévore des yeux ce qu'on aime parce qu'on a tous des yeux et qu'on aime tous quelqu'un ou quelque chose, une aube, un souvenir, une mère, un père. On aime la brise légère qui passe son souffle dans nos cheveux, parce qu'on a tous des cheveux qu'ils soient blonds ou noirs, crépus ou plats, abondants ou rares. On aime sa famille parce qu'on est frère, sœur, ami, femme de quelqu'un qui est comme soi, je veux dire avec deux pieds qui nous soutiennent, un cœur qui bat, parce qu'on est homme, homme de la ville sûrement, de la campagne plus rarement, homme du nord au sud, homme respectable me semble-t-il, semblable à des millions d'autres qui se lèvent en ce moment, se penchent à leur fenêtre, se mettent sur leur balcon ou dans la rue, sur un chemin, aspirent l'air avec plénitude, également, pareillement. J'aime l'odeur du goudron mouillé après le passage des éboueurs, j'aime le cris des martinets dans le ciel lavé des excès nocturnes. je me ballade le nez en l'air, l'oreille aux aguets, j'hume l'odeur du pain chaud, j'écoute les premiers moteurs encore endormis, je souris aux passants qui passent sans me voir avec sur la joue et dans les yeux la marque du sommeil. Tout à l'heure je préparerai le café pour ma petite chérie et quelques tartines. On déjeunera au lit comme deux jeunes mariés. Je suis heureux, enfin presque je suis chômeur et ça me gâte la vie. Je fais un peu de black, faut bien vivre et ma chérie fait des ménages. Les gens du dehors ne nous aiment pas trop. InshAllah.

Je roule dans la rue au volant de ma voiture. J'ai mis ma tenue de policier sur la peau, avec à la ceinture une arme qui me rassure. Je patrouille et j'ai un peu la trouille, je surveille un quartier de New York, de Paris ou de Londres, de Bombay ou de … peu importe. Un de ces quartiers qu'un policier n'aime pas fréquenter avec des ombres plus sombres qu'ailleurs, des mains et des corps pas tout à fait blancs, vous voyez ? Je ne suis pas tranquille. Je suis impatient. Dans une heure ou deux je rentre au commissariat et je poserai mes habits bleus. Je vois déjà ma femme et mes enfants qui déjeunent. Je les embrasse. Ils sont heureux de me voir. Alors pas de bavures hein, tout se passera bien, il le faut. Je suis un policier comme les autres que certains détestent, un policier plus exposé dans ce quartier avec des gens armés peut être et que je n'aime pas, c'est comme ça. Je dois assurer la sécurité de mes semblables mais eux, sont-ils mes semblables ? Ils sont des personnes à risques. Mon métier est de les contrôler. Il sont voleurs, dealers ou tueurs en puissance, en pleine puissance, ils ne sont pas contents de me voir. Celui là marche les mains dans ses poches, que cache-t-il, sur quoi ses mains se referment elles à l'intérieur ? Il est armé, c'est sûr, à cette heure il rentre chez lui, peut-être a-t-il rendez vous ? Il doit être dealer ou bien ... il a la tête de l'emploi comme moi, son costume le dénonce, mais moi je le quitterai dans une heure ou deux, lui a la noirceur dans l'âme. Potentiellement dangereux, il est potentiellement dangereux. 

Il faudrait que je le contrôle mais dans une heure ou deux… ma femme me sourit, mes enfants sont déjà éveillés, j'ai trente sept ans et je veux vivre heureux, je mesure 1m 90, je suis en forme, quand j'aurai dormi un peu, je ferai mon footing dans le parc de mon quartier… avec mon pistolet sous mon jogging parce qu'on ne sait jamais… pour l'instant je suis ici et j'observe un suspect au volant de ma voiture de police.

Il me suit, il va m'arrêter, me demander mes papiers, je devrais peut être lever les mains, écarter mes jambes, il me fouillera pour s'assurer que je ne suis pas armé. Avec ma gueule de métèque, dans une cité pleine de métèques et à cette heure ci, entre chiens et loups… je suis le chien, errant. Je ne suis plus tranquille et le jour naissant prend des airs menaçants. Il m'arrêtera nécessairement. Il est policier et je suis suspect… il a peur, peur de moi et moi de lui… il est sur le qui vive et moi aussi… il a une arme et j'ai les mains dans mes poches. L'air se trouble. Dans ma tête ou dans la sienne un film, un western, un duel au revolver, le shérif et le vaurien. J'ai vu ça quand j'étais gamin, ça me plaisait bien. Là, maintenant c'est différent. Deux hommes face à face comme ce matin, dans la rue, se regardent les yeux dans les yeux, la main sur la gâchette, l'un d'eux tire plus vite que l'autre, le shérif bien entendu, l'autre s'écroule, c'est bien fait pour lui. Le Bien triomphe toujours du Mal. 

Ce matin dans cette ville, un policier est passé, il a longé un trottoir, dévisagé un homme qui marchait les mains dans les poches. Ils avaient très peur l'un de l'autre. Mais ce matin le policier ne s'est pas arrêté et l'homme sur le trottoir n'a pas enlevé les mains de ses poches.

mardi 11 octobre 2016

Nos mémoires dilatées














Photo de Pip Jaramillo


Nos pieds sur le trottoir claquent et comptent les pas.
Au dessus nos compteurs, chrono-maîtres insomniaques, défalquent nos heures
du crédit de nos vies. 
Sans heurts.

Et nos mains serrées l’une dans l’autre se soutiennent et se souviennent.

Silence.
Silence des hommes.
D’ailleurs il n’y a personne ;
que le vent du Nord vers le sud
et nos talons qui frappent le béton
au rythme de nos saisons.

Je t’aime.
Mais je me tais.
Nous avançons bien droits, nos yeux rivés sur ce point utopié.
Tu sais, ce rêve qui battait dans nos confidences nocturnes,
sans que rien ne nous insurge.

Hier ;
quand nos étreintes se moquaient des années,
discrètement se prenaient pour l’éternité.

Demain nous serons là-bas,
sur ce trait de lumière qui danse sous nos cieux.

Heureux et fiers,
si fiers,
indemnes,
oui, parce que nous aurons duré sans accroc,
sans age,
sans accrochage,
sages images,
lissés,
lavés de toute aspérité.

Toi, ma chérie brune aux yeux trempés d’émeraude
et moi riche de tes caresses de l’aube à l’aube.

C’est écrit dans nos nuits,
c’est écrit dans nos vies,
et forts de nos certitudes
sans efforts,
nous cheminons dans nos habitudes ;
bouche contre bouche,
goulus,
nos espoirs scellés dans un baiser ;
c’est écrit dans notre monde,
ce territoire de nos corps partagés.

Du temps où notre hier était encore projet
et notre présent,
présence sans incidence,
sans consistance,
sans insistance.

Nous, jeunes aimants passés de l’or de notre jeunesse,
à l’âge de l’or dans nos noces,
de l’ivresse des grands espaces sous nos yeux qui les embrassent,
à l’angoisse d’une géographie trop étroite pour nos mémoires dilatées.

mercredi 17 août 2016

c'est quoi qui brûle



L'autoroute en flammes et le feu aux fesses, la rage incendiaire et la vie dans l'cirage,
les canadairs au détour d'un virage, nos étreintes d'un autre âge.

C'est quoi, quoi qui brûle ?

La course folle dans les rues, les sirènes dans la ville, des tiges noires érigées qui noircissent la garrigue,

C'est quoi, quoi qui brûle ?

La joie des hommes en plein envol, la candeur d'un p'tit bonheur, chaud devant, chaud chaud, l'amour brûle et meurt sous la jupe de ma nuit.

C'est quoi, quoi qui crame ?

L'info à la une, Pierrot sous la lune, le fond de nos âmes, le chemin des Dames

C'est quoi qui... quoi qui…


Quoi, quoi, le torchon entre toi et moi, ma prière et son dieu… le silence des cieux.

C'est quoi qui crame quoi

La foi incandescente ; demain, dans nos rêves.

Quoi qui clame et meurt ?

La troupe et ses soldats, le feu dans nos veines, la paix happée.

C'est quoi, quoi nos âmes ?

Des scories, des médailles et des jeux, du pain et son cirque, des cracheurs de flammes, deux grammes et demi d'alcool ou d'éther, un éclair, un jeu dans nos yeux, le moins d'une machine, un drapeau que l'on échine ?

C'est quoi, quoi nos âmes

mon amour sous la braise,
tes seins que je baise
La fureur de nos adieux
ces riens entre nous deux
qu'un flot silencieux,
et la terre et son ciel
et nos voix et leur fiel ?

Quoi?








samedi 13 août 2016

Majeur

Je laisserai en arrière, de la poussière sur mon manteau, quelques larmes passagères dans la mémoire des proches, je laisserai un silence une pause, quelques balbutiements de poésie, je cohabiterai avec le désert.

Je disparaîtrai au dessert, entre la crème et la cerise sur le gâteau, parce qu'il faut bien faire mystérieux, quand on devient gâteux, je mettrai une fausse panthère et des griffes, monsieur, monsieur qui côtoyez ma mère dites lui que je pense à elle, monsieur monsieur qui côtoyez mon père dites lui… je laisserai en arrière mon majeur en l'air, face au monde des hommes.