jeudi 4 décembre 2014

Crépuscule

je navigue vers toi, les voiles gonflées d’un ultime espoir
rêve secrètement lové aux confins de l’esprit
Avec au centre du regard cette lumière intérieure,
au fond de la gorge ce cri retenu d’une symphonie sans orchestre.


Et la route se referme sur moi.


Quelles ailes pour s’arracher d’un monde à l’agonie?
Quels enthousiasmes pour de nouveaux marins.
Quelle sagesse pour l’enfant à naitre ?


Je tends mes mains polies par l’âge vers toi
ma lumière si vive !
Avec aux doigts, l’amour que je te porte,
les mots que je ne saurai jamais dire,
les larmes que je verserai
lorsque le temps sera venu.
Au doigt aussi,
l’offrande d’une mélodie enfin composée. 




















Texte, © Joël Carayon 

Je parle tout seul

Je parle tout seul.



Quand on me surprenait dans ce dialogue avec moi même, étrange pour le passant dont l'oreille traîne dans les parages, j'avais honte et je rentrais ma voix dans mes pensées. Maintenant je me suis aperçu des avantages de l'avancée dans l'âge, je parle à haute voix, pour elle et pour moi-même également, tout seul ou pas. Je « répapi » comme dirait Mô-mon-amie-celle-que-j'aime-et-qui-me-sourit, ce qui signifie : « il radote, c'est l'âge ». Mes proches ironisent, me taquinent avec plus ou moins d'affection, ça dépend de leur âge.



Moi je continue à parler tout seul, de plus en plus d'ailleurs et sans aucune retenue maintenant. Le nombre important des années que j'accumule m'y autorise. J'ai des excuses. Je parle tout seul et j'aime entendre ma voix résonner en mon fort intérieur, lorsqu'elle remplit ma gorge de ses sons jusqu'en haut de mes poumons. Je suis en vie. Je pleure, je ris, je ricane sur mes cordes vocales. Je vibre en contrebas de cette petite clochette suspendue au milieu du palais qui doit s'agiter violemment quand je crie ou que je suis en colère et qu'on appelle d'un joli nom je trouve, luette, petite grappe suspendue que je rince abondamment du jus d'un raisin fermenté appelé vin (rouge de préférence et du cru local bien entendu).

Je disais, j'aime m'entendre parler tout seul au fond de moi-même d'une voix qui remplit discrètement l'air de la pièce mais vit peureusement cachée dans cette caisse de chair que je lui loue bien volontiers, ma « cage thoracique ». Cage ne me plaît pas. Elle n'est pas prisonnière du tout et s'envole quand elle le veut, libre comme l'air que je respire, et qui l'anime aussi il faut bien le dire.

Nous cohabitons en bonne harmonie. Elle vit en moi, se nourrit de moi. Ma voix, ma ? Je ne sais pas. Suis-je son propriétaire ? Si je pense « cette voix », si je lui laisse faire sa vie, elle s'attache. Que pourrait-elle faire sans moi, sa corporéité. Comment pourrait-elle s'épanouir. Elle m'appartient comme je lui appartiens. Deux en un corps. Ma voix claire ou rauque avec ou sans la rudesse du froid, la rouille d'hiver, le passage d'alcool, de colère, de l'amour ou de l'âge sur ses cordes... 


Suite


Elle n 'a pas toujours bien porté mes paroles. Jeune voix coincée entre l'enfant et l'adulte, hésitante dans ses intonations. Entre exclamations enthousiastes et interrogations inquiètes il fallait qu'elle se place. Le pouvait-elle. Moment délicat où la fenêtre est étroite et se faire entendre si difficile. 

Deux mondes se séparent, l'appel irrésistible des sons d'une ère nouvelle, ses mots et la musique d'un rock tout jeune qui se cherchent avec elle.. Ouverture sur un avenir radieux et déjà les blessures qui l'éraillent. Cohabitation incertaine. Voix du jeune âge, voix de lycée. Dans son logement, mon larynx, déjà les entailles d'un passé que le présent ravive. 

Premiers voyages en terre d'adolescence où elle et moi nous nous sommes mêlés à d'autres voix contemporaines. Premières fêtes aussi belles qu'un jour de Noël. Musique d'un accordéon déjà usé ignorant encore qu'il allait en mourir. 

Les premières intonations féminines et leur corps qui nous attirent, première danse, première taille que l'on serre, le parfum, la chevelure épaisse où l'on se niche le temps d'une chanson. 

Gestes maladroits et ma voix n'est pas là pour porter les mots qu'il faut, je ne les connais pas. Qui me les aurait appris ? Peu importe. Premier, premier premier un seul mot pour tout dire. 

Musique et filles, le rock, la pop, les filles, toujours les filles, les études un peu. Ma voix s'est affirmée doucement, a trouvé son timbre et le corps qui l'abrite se stabilise. 

Un jour elle a parlé, et nous avons accosté la voix et le corps de femme. Paroles terribles, mots qui marquent au fer rouge, ma voix brûle crie en sa demeure mais mon corps ne portera pas cette parole venue de ses entrailles...
 

mercredi 3 décembre 2014

Mon globe de cristal

Univers quel trou noir dans ton globe en cristal.
J'y vois la guerre mais pas la paix, trop fade pour intéresser.
J'y vois monnaie, argent sacré, démesure en toute chose.

Et je vois amour peut-être. Mais s'il vous plaît pas de celui qui dégouline sous les yeux les lèvres habillées d'un rose sirupeux, sucré, alambiqué jusqu'à l’écœurement.

Univers, universel comme la beauté du monde s'il n'y avait pas les hommes pour tout gâcher.
Universel comme la mer parce que l'homme n'y est pour rien, comme le soleil qui n'est pas à nous. Et tant mieux.

Universelle la bêtise des hommes qui regarde la beauté du monde et crie : « elle est à moi, j'en fais ce que je veux ».

Dans mon globe, je vois les pleurs...ça marche bien, les pleurs, ça remplit la vie puis c'est si beau à regarder quand ça coule sous l’œil d'une jolie fille, juste pour la beauté des larmes.
Les larmes, les larmes d'un enfant donnent envie de s'insurger contre les parents ou contre l'univers justement, celui des hommes uniquement.

La bêtise, la cruauté, l'amour gnan gnan c'est énervant, ça agace, ça donne envie d'être grain de sable en engrenage, minuscule poussière qui griffe l’œil des imbéciles ou virus en numérique et bloquer toute les machines du monde, pour la beauté du geste, pour faire rire aux larmes l'enfant en pleurs de tout à l'heure. Ça soulagerait je pense de l'universelle indifférence..

Dans mon globe de cristal il y a aussi le silence sacré d'une aurore entre bleu de nuit et rouge du jour pas encore four. Le silence solennel de la main qui caresse le visage où l’œil se fond dans l’œil de la main qui caresse le visage, avec toute la gravité et la légèreté d'une promesse muette qui circule entre deux regards face à face sur ce globe de cristal.

Suspension

…
…
…

Et alors , ça vient ?
…

Bin, dis donc, tu parles d'un poète
…
Eh oh Du poète, elle est où ta… poésie ?
En suspension.
C'est ça la Poésie Moderne, trois petits points et puis s'en va ?
…
Eh le pouet pouet ! T'as perdu la voix ?
Elle est en suspension.
Allez, fais nous rêver.
…
Tu sais pas ? Et pleurer, tu sais faire ?
…
Allez, je sais pas moi… parle moi d'amour… dis moi des choses tendres… dis moi que tu souffres loin de ses yeux
…
Parle moi du temps qui part et ne revient pas…
…
De l'errance alors, de ton malheur de poète. Fais moi des pouèt pouèteries.
…
Tu sais même pas faire, je parie. Ou alors t'es muet, tu sais pas de quoi parler, tu sais pas écrire peut-être. C'est ça, tu fais des points parce que tu sais pas écrire ! T'es pas poète, tu fais le poète.
Elle est en suspension
Quoi, la poésie en suspension, le poète en lévitation au dessus du monde, la poésie, la Grande Poésie au-dessus du monde ?
…
Et pourquoi tu l'écris pas, pourquoi tu le dis pas, pourquoi ?
Je suis en grève.
… 

mardi 2 décembre 2014

Gitane

Ses yeux dans le jeu du flamenco,
ses yeux banderilles bleues,
bleus d'un ciel de flammes,
bleus de nuit gitane
où je plonge hypnotisé,
ses yeux face à mes yeux
qui soutiennent leur bleu,
bleu du courroux, se détournent
dans le mouvement de ses bras
et repoussent l'intrus.














Texte, © Joël Carayon