mercredi 23 avril 2014

Mon doux foyer poivré

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Des montagnes barrent un ciel comme une prison. Au sol des pierres. Dans l'air une lumière fade, un silence clair ou pesant selon le moment. Un village blotti au creux de sa prison. Dedans quelques voix qui résonnent occasionnellement. A la nuit tombée, une enseigne maladroitement bleutée de néons hollywoodiens. Un regard qui vient du dehors, hors de l'enseigne, du village, de la prison, de la montagne. Un regard conduit par des yeux noisettes, posé sur un visage qu'une certitude éclaire de sa fermeté. Un sourire, des yeux avec une longue chevelure brune, armés d'une détermination farouche. Étrangère. Une femme jeune, petit bagage à main- il fait nuit arrive à pieds dans cette montagne, ce village, cette prison avec l'enseigne aux néons qui brûlent la nuit, avec ces hommes. Hostiles. Elle arrive devant son école, sourit à la porte fermée. Pourquoi tu ne m'ouvres pas tes battants, pourquoi tu ne m'entoures pas de tes bras chaleureusement, généreusement ? Je viens pour tes enfants. Pour eux j'ai laissé mes frères et un père qui voulaient me marier. Je viens envers et contre tous. En femme libre !... Une femme jeune et seule dans un village qui la repousse devant une auberge aux néons pompeusement hollywoodiens. Dedans des hommes bâtis dans le silence de cette enseigne, de ce village, cette montagne qui les protègent comme une mère trop possessive. Moi qui l'ai vu , je peux te dire qu'elle était belle cette insoumise rehaussée de la noirceur des seigneurs mâles.
©  texte propriété Joel Carayon