mercredi 15 juin 2016

Maudit poète

Ferai mieux de fermer la fabrique à gamberge, finis les culs secs à la table d'un Rimbaud ou Verlaine, je bois et je trinque mais reste malvoyant, du maudit j'endosse la veste mais reste avec ou sans absinthe le poète myope mal-disant.

Ferai mieux d'aller à la pêche, troquer le mot contre une canne, taquiner le poisson quand le vers me boude, d'ailleurs douze pieds sur l'hameçon n'aguichent plus la truite, l'amateur des rives sauvages s'en va rimer ailleurs, trempe son fil dans d'autres cours qui n'ont plus cours, ces musées où des mots sont mis en momies, épinglés en ribambelles immobiles, mots grenouilles à disséquer en laboratoires de littératures chloro-déformants, dont le jeune apprenant ne retiendra que le cadavre écartelé et vidé de son sang.

Je veux de la chair qui bouge sous mes doigts, agite mes méninges, secoue l'encre de mon stylo, se bat et s'échappe quand je voudrais la maintenir dans mes cages, la montrer dans mon zoo. Je souris quand elle s'enfuit car sa vie est plus forte que ma phrase nécrophage.

La vie bordel s'absente de mon poème et c'est tant mieux car le chasseur de papillons garde l'espoir de la traquer encore, d'étudier son territoire, de lui voler quelques grâces avant qu'elle ne s'évanouisse à nouveau.

Je suis geôlier, je suis pêcheur, voyeur, montreur mais je ne suis pas un tueur.